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Date de sortie : 15/01/2017

Style : Electro sombre

Pays : Italie


Note : 11/20
Aborym
“Shifting.Negative”

L’évolution est une dynamique dont la plupart des artistes aiment se réclamer car elle porte en elle toute une série de valeurs positives : liberté, maturité, fraîcheur, originalité,… Mais la réalité diffère hélas bien souvent des prétentions, car bien rares sont les groupes dont la discographie présente un vrai caractère évolutif. Qu’on l’apprécie ou non, on ne peut nier à Aborym au moins cette qualité-là. Car depuis leurs débuts à l’aube des années ’90, les Italiens n’ont jamais fait du surplace. S’inscrivant initialement dans un héritage black metal relativement classique, ils ont ensuite consacré l’essentiel de leur carrière à explorer l’hybridation entre metal extrême et univers indus, ambiant et électro, le premier culminant sur With No Human Intervention (2003, avec Attila Csihar au micro), le second sur Generator (2006) et le troisième sur Dirty, publié en 2013. Dirty nous ayant semblé fermer un chapitre avec une maîtrise impressionnante, nous avions hâte de savoir quel chemin Aborym allait emprunter par la suite. Fidèle à ses convictions, Fabban (leader historique et seul au chant depuis 2010) a décidé de jeter le groupe dans une nouvelle direction… mais pour la première fois on a beaucoup de mal à y adhérer.

Shifting.Negative est un tournant majeur dans la carrière des Transalpins puisque ce disque les voit basculer résolument dans l’électro. Si l’identité du groupe reposait auparavant sur l’équilibre entre guitares et machines, ces dernières ont désormais pris le pouvoir. Il faut ainsi attendre la troisième plage, « Decadence in a Nutshell », pour voir les guitares faire leur apparition. Certes, quelques morceaux illustrent le talent de métissage bien connu d’Aborym, surtout dans la seconde moitié de l’album : « For a Better Past », à l’ambiance sombre et dérangeante, « Tragedies for Sale » ou « Going Places ». Mais l’essentiel n’est pas là, car l’impression qui domine très largement est celle d’avoir affaire à un disque électro. Le problème d'Aborym n'est pas tant son penchant pour la musique électronique, qui fait partie de son ADN, mais d’avoir perdu son identité. Ainsi, comment nier sur ce disque la proximité avec Nine Inch Nails, qu’il convient de qualifier de « pompage » tant l’univers d’Aborym ressemble parfois comme deux gouttes d’eau à celui de Trent Reznor ?! Ensuite, l’envie des Italiens de concilier plein de styles différents se traduit par une démarche fondamentalement expérimentale qui ne convainc guère. « Decadence in a Nutshell », « 10050 Cielo Drive », « Slipping Through the Cracks » ou « Big H » sont quelques exemples de travail imposant sur les sons, mais où le brassage des genres ressemble à un foutoir peu agréable aux oreilles (les soli sur fond de beats électro : aïe !). Ajoutons que le chant de Fabban n’est pas à la hauteur d'une entreprise aussi ambitieuse, et vous obtenez, s’il fallait le résumer de façon acerbe, un ersatz frelaté de NIN…

Ce jugement sévère doit néanmoins être nuancé. Car si Aborym nous semble avoir largement sacrifié sa personnalité, il demeure un artisan doué. Il faut ainsi répéter que le travail sonore est brillant de maîtrise. Nul doute que Marc Urselli du studio East Side Sound, pointure qui a bossé avec Lou Reed, Nick Cave, Eric Clapton, Peter Frampton, John Zorn parmi bien d’autres, et qui est accessoirement originaire du même coin des Pouilles qu'Aborym, est en grande partie responsable de la réussite technique de Shifting.Negative, puisqu’il a mixé et masterisé l’album. Pour faire justice à Fabban et sa bande, soulignons également quelques moments où ils apparaissent particulièrement inspirés par leur réorientation stylistique. « Precarious », foncièrement électro, séduit ainsi par son caractère low key et son énergie étirée au profit de l’atmosphère. « Going Places » est un bon exemple de mariage réussi entre beats électroniques et guitares lourdes et triturées dans tous les sens (même si elles demeurent marginales), un constat confirmé par « You Can’t Handle the Truth », sur lequel Aborym pousse le bouchon encore plus loin et aboutit à une forme réellement neuve.

Shifting.Negative n’en demeure pas moins une surprise amère et l’album le moins réussi de ses géniteurs. Ou comment un désir permanent d’évoluer peut finir par se retourner contre soi… Bien courageux sera celui qui prétendra désormais savoir quel tournant Aborym négociera sur sa prochaine réalisation…


Tracklist :

1. Unpleasantness

2. Precarious

3. Decadence in a Nutshell

4. 10050 Cielo Drive

5. Slipping Through the Cracks

6. You Can't Handle the Truth

7. For a Better Past

8. Tragedies for Sale

9. Going Places

10. Big H



À ÉCOUTER EN PRIORITÉ : "Precarious", "You Can't Handle the Truth"

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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