;






Date de sortie : 23/08/2013

Style : Thrash Metal

Pays : Canada


Note : 11/20
Annihilator
“Feast”

Il est parfois difficile de comprendre Annihilator. Un peu comme ces jeunes prodiges du foot dont la carrière est souvent sur le point d’exploser, mais qui restent jusqu’à la fin de simples espoirs sans lendemain. Le groupe canadien, c’est un peu ça. Il a tout pour être un combo thrash de tout premier ordre mais, après un début de carrière sur les chapeaux de roues, il n’est parvenu qu’occasionnellement à atteindre les sommets. Cette situation n’a pas de cause unique, c’est plutôt d’un ensemble de détails qu’il s’agit : instabilité de line-up, second degré déforçant le propos du groupe, productions stériles, compositions sans caractère, etc. Tous ces éléments (rarement présents simultanément) ont pollué bon nombre d’albums d’Annihilator. Plus grave : la qualité en dents de scie est devenue un vrai problème endémique depuis le départ de Joe Comeau (chant) en 2003 et son remplacement par Dave Padden. 

Depuis Schizo Deluxe (2005) jusqu’au petit dernier Feast dont il sera question ici, les albums d’Annihilator produisent sur moi le même effet : à chaque fois, une poignée de riffs et de morceaux donnent l’espoir que l’album sera une tuerie, mais une fois celui-ci fini, je reste avec le sentiment que le groupe est, une fois de plus, passé à côté de son sujet. Un constat d’autant plus décevant que le groupe est éminemment sympathique. Feast, donc, renoue avec ce « schéma » tristement familier. Ainsi, l’art du riff permet rapidement de s’enthousiasmer sur certains morceaux (« Deadlock », « No Way Out », « Fight the World »,…). Rien à dire, Jeff Waters n’a rien perdu de sa superbe sur ce disque, et on peut même dire que l’inventivité des six-cordes est plus poussée sur ce disque que sur ses prédécesseurs directs. Toujours en matière de guitares, on se réjouit également du son qui leur a été conféré, proche de celui d’un Carnival Diablos (2001). Et on ne peut que saluer, une fois encore, les soli du maître canadien, toujours monstrueux. Bref, les guitares sont à la fête, que ce soit dans les orgies punitives de thrash ou dans les quelques moments mid-tempo. En d’autres circonstances, cette excellente base aurait pu donner lieu à un grand disque.

Mais rien à faire, Annihilator semble attiré par les fautes de goût comme un aimant. Premier sujet qui fâche, le son de batterie. Pour la énième fois Jeff Waters s’est mis en tête de conférer à cet instrument un son épouvantablement clinique et désagréable à l’oreille (cymbales, où êtes-vous ?). S’il n’est pas capable de bien faire sonner cette fichue batterie, pourquoi s’échiner à l’enregistrer et à la mixer lui-même ? Ensuite, il y a les gros ratés qui brisent complètement le rythme de l’album. Il y en a deux à signaler sur Feast (sur neuf titres, c'est déjà pas mal). Tout d’abord, la ballade mièvre au possible « Perfect Angel Eyes ». Un titre apparemment écrit au départ par Waters pour sa compagne. Dans un contexte personnel, je ne doute pas que cette chanson a charmé la demoiselle, mais sur ce disque, quel choix pour le moins déplacé… Un peu plus tôt, c’est « Wrapped » qui gâche la fête. L’invité Danko Jones nous y gratifie d’un chant complètement nul (oui, vraiment) et d’un refrain franchement à chier : grosse déception !

Et on en arrive seulement à présent au grief principal que j’adresse à ce disque : eh oui, il s’agit une fois de plus du chant. Il faut être objectif : Dave Padden est sans doute le plus versatile des chanteurs d’Annihilator (qui en a eu beaucoup !), mais il traîne deux handicaps. Le premier lui est imputable : sa voix manque cruellement de personnalité, surtout en chant crié. Le responsable du second me semble être (même si je ne puis l’affirmer avec certitude) Jeff Waters : les mélodies et le placement du chant. Mon dieu qu’ils sont plats et peu imaginatifs ! Combien de fois ne doit-on pas se coltiner ce chant ultra-rythmique, mécanique et sans saveur (« Smear Campaign », « Deadlock », « Demon Code »,… ou même la seconde partie du conclusif « One Falls, Two Rise », dont l’ambiance est pourtant plus riche) ? On en revient à ce que j'évoquais plus haut : à chaque fois, ou presque, c’est la douche froide après l'enthousiasme initial. Lorsque les riffs incendiaires de Waters ouvrent le bal, on se dit qu’on va passer un bon moment, et puis le chant entre en scène… et on débande immédiatement. A l’instar du son de batterie, ce placement du chant est d’une banalité et d’une froideur annihilant instantanément le plaisir que nous promettait le morceau. Il est vraiment impossible de faire abstraction de ce défaut, et on est en droit de se demander comment diable le groupe n’est pas capable de s’en apercevoir ?! Surtout que, je le répète, je suis convaincu que Padden a largement le talent de nous offrir un chant d’un autre calibre. Tu parles d’un gâchis…

J’ai longtemps soutenu Annihilator mais après tant de réalisations plombées par les mêmes défauts pourtant aisément corrigibles, je ne parviens plus à cautionner ce qu’il fait. Malgré tous les efforts produits par les guitares, ce disque est pataud, froid et, surtout, parfaitement oubliable. Le plus grave, c’est que le groupe semble se contenter à présent d’albums de cette trempe… Voilà qui est inadmissible lorsqu’on possède un talent comme le sien ! En tant que fan de longue date, j’avoue subjectivement ma déception et mon amertume. Le capital sympathie d’Annihilator ne lui permet plus, désormais, de se racheter. Quand un disque est lourd, froid et ennuyeux comme l’est Feast, on n’a d’autre choix que de le ranger dans un coin où il prendra la poussière et passer au suivant… Par pitié, Jeff, réveille-toi !
 
 
Tracklist :
 
1. Deadlock
2. No Way out
3. Smear Campaign
4. No Surrender
5. Wrapped
6. Perfect Angel Eyes
7. Demon Code
8. Fight the World
9. One Falls, Two Rise

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
RETOUR
+ DE LIVE REPORTS

16-06-2016
  TREMONTI + MAN THE MIGHTY + CROBOT
Theater (Heerlen, NL)

30-05-2016
  KORN / BEYOND THE BLACK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

20-02-2016
  SYMPHONY X / MYRATH / MELTED SPACE
Biebob (Vosselaar, BE)

14-02-2016
  DAGOBA / LIGHTMARE
L'Entrepôt (Arlon, BE)

 

30-12-2015
  MONARCH / BIRUSHANAH / ORNA
Magasin 4 (Bruxelles, BE)

17-11-2015
  SLAYER / ANTHRAX / KVELERTAK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

11-11-2015
  VREID / KEEP OF KALESSIN
Kultur Fabrik (Esch-sur-Alzette, LU)