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Date de sortie : 03/02/2014

Style : Black/Death Metal

Pays : Pologne


Note : 18/20
Behemoth
“The Satanist”

Dans la plupart des cas, on écoute une œuvre musicale sans qu’elle nécessite un sous-texte, une quelconque explication. On l’écoute, et on la juge sur ses qualités intrinsèques. Ensuite, il y a ces œuvres qu’on comprend mieux, qu’on juge mieux, lorsqu’on connaît leur histoire. L’histoire de ce dixième opus de Behemoth fait partie de ceux-là. C’est d’abord celle d’une victoire sur la mort : en août 2010, on diagnostique chez Adam « Nergal » Darski une leucémie qui a déjà atteint un stade critique. La situation étant grave, une transplantation de la moelle épinière est urgente. La petite amie de Nergal de l’époque, la chanteuse pop polonaise Doda (qui est par ailleurs une bombe sexuelle, mais je m’égare), se propose comme donneuse mais les examens médicaux révèlent qu’elle ne peut être candidate. Le sort s’acharne, le temps presse. Nergal reçoit beaucoup de soutien de ses fans, mais aussi des lettres menaçantes de catholiques : « tu vas bientôt rencontrer le vrai Dieu, tu vas brûler en enfer » (sic)… Et effectivement, même s’il aura finalement la vie sauve grâce à une transplantation réussie suivie de longs mois de récupération, Nergal a côtoyé la Mort de près. Cette expérience constitue, à n’en pas douter, la grille de lecture principale de The Satanist, un disque d’une intensité incroyable. Un disque empli de conviction, de passion, de rage de vivre… et de rage, tout court.

Ce disque de la résurrection, Nergal et ses acolytes l’ont voulu à 100% authentique. Comment en pouvait-il être autrement ? Même si on ne souhaite à personne de faire l’expérience des épreuves qu’a traversées Nergal, force est de reconnaître que leur effet sur la musique de Behemoth fut bénéfique. The Satanist s’éloigne du death certes original, mais très carré, technique et bien produit des albums précédents du combo, pour se concentrer davantage sur un esprit. Le mixage signé Daniel Bergstrand est magistral car il capte l’essence de la démarche des Polonais : une batterie moins démonstrative, une production moins clinique. Tout n’est pas fignolé au détail près – l’exécution demeure énorme, entendons-nous – et le disque y gagne en caractère et en impact. Bref, la machine bien huilée qui tourne sur The Apostasy et Evangelion a fait place à une œuvre plus organique, plus humaine. Une œuvre qui sent les tripes et la sueur. Cela ne serait rien, toutefois, si la cohésion n’était pas parfaite. Il se dégage de The Satanist un sentiment d’unité extrêmement puissant. L’écriture est forte, l’engagement total, et surtout la vision et l’envie sont au rendez-vous à chaque instant (jusqu’à la couverture de l’album, superbe).

Si les deux paragraphes précédents n’étaient pas assez clairs sur l’impression que m’a laissée ce disque, ne passons plus par quatre chemins : il m’a mis une claque dont je me souviendrai longtemps. Le titre d’ouverture, « Blow Your Trumpets Gabriel », déjà découvert sur l’EP du même nom publié début décembre dernier, justifie presque à lui seul l’adhésion à ce disque. Voilà à mon humble avis un des meilleurs titres de Behemoth à ce jour ! Les Polonais trompent complètement les attentes en livrant non pas un morceau qui part à 400 km/h, mais au contraire un mid-tempo lourd et menaçant, soudain déchiré par une accélération malsaine et chaotique, dans laquelle se mêlent chœurs et orchestrations, avant un finale proprement extraordinaire, d’une solennité noire traduisant un sentiment de finitude grâce à une utilisation intelligente des cuivres. Pour ne rien gâcher, la voix de Nergal est glaireuse et expressive comme jamais. Du grand art qui fait froid dans le dos !

Ce qui suit ce chef-d’œuvre est heureusement du même tonneau (à quelques rares exceptions près). Behemoth renoue avec une sauvagerie et une urgence dont seule la maîtrise parfaite différencie ce disque des premières œuvres du groupe. Les Polonais embrassent le « old school » et l’amènent ailleurs : tout est furieux mais rien n’est gratuit, l’intensité véhiculée est tellement authentique qu’il est impossible de ne pas se laisser entraîner dans ce maelström infernal. « Messe Noire », « Amen », le bien-nommé « Furor Divinus »… autant de titres qui envoient sévère, impitoyables, construits sur des bases en réalité assez conventionnelles mais, pour une raison inexplicable, ça ne sonne ni attendu, ni conventionnel. Mieux encore : le retour à la sauvagerie punitive ne s’est pas fait au détriment de l’écriture et de la musicalité. En témoignent la présence bien dosée de cuivres (« Ora Pro Nobis Lucifer »), de chœurs, de soli (« Messe Noire »), de mélodies, le travail sur le chant, etc. Behemoth n’a pas ménagé ses efforts pour servir son propos et diversifier sa musique, ce qui ne gâche rien. Pourtant, le pari était risqué et les Polonais pourraient décontenancer leurs fans les plus récents, car The Satanist emprunte une voie bien à lui. Le morceau-titre en est un bel exemple, car il s’agit d’une vraie nouveauté pour le groupe. Musicalement assez simple, ce mid-tempo (un rythme qui sied décidément bien à Behemoth !) sans agression et assez « rock » dans l’esprit (oui !) laisse le rôle principal à un chant toujours aussi véhément mais volontiers musical, avant un finale une nouvelle fois très énervé. Un vrai vent de fraîcheur ! Autre obstacle éventuel : l’accent est nettement moins mis sur l’accroche (« In the Absence ov Light » se démarque ainsi par un enchaînement d’un départ très brutal à une longue parenthèse acoustique avec samples, avant une fin rallongée qui ne manque ni d’allure ni de noirceur). Ce parti pris ne convaincra peut-être pas tout le monde, mais il a le mérite de préserver jalousement le message du groupe, qui prend ici régulièrement des accents incantatoires.

A ce tableau particulièrement flatteur, seule la fin moins réussie vient apporter un très léger bémol. « Ben Sahar » peine à convaincre sur la longueur malgré de très bons moments, mais c’est surtout le conclusif « O Father O Satan O Sun! » qui m’a laissé sur ma faim. Imaginé comme « épique » et particulièrement incantatoire, le titre tourne en rond avant une conclusion sous forme d’adresse qui n’échappe pas à un certain ridicule. Le groupe y joue un peu trop pour lui-même pour élever ce titre ambitieux au niveau qu’il méritait – car l’idée était excellente. Il est toujours dommage de terminer sur une note faible, surtout dans le cas d’un album par ailleurs si puissant. Cela ne nous empêchera pas d’encenser Behemoth pour avoir livré une œuvre aussi intransigeante et courageuse. Un disque « total » au message fort, qui nous fait apprécier tout le poids de l’engagement des musiciens et le rôle crucial que celui-ci peut jouer dans la réussite d’une œuvre, et dieu sait si un tel dévouement est devenu rarissime de nos jours. Tu parles d'un retour !
 
 
 
Tracklist :
 
1. Blow Your Trumpets Gabriel
2. Furor Divinus
3. Messe Noire
4. Ora Pro Nobis Lucifer
5. Amen
6. The Satanist
7. Ben Sahar
8. In the Absence ov Light
9. O Father O Satan O Sun!

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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