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Date de sortie : 14/10/2016

Style : Black Metal

Pays : Norvège


Note : 15/20
Darkthrone
“Arctic Thunder”

Sans avoir l’air d’y toucher, le duo de Darkthrone est bourré d’humour. Après avoir balancé quatre opus (de F.O.A.D. à The Underground Resistance) qui, à mes yeux du moins, sont tellement ratés qu’ils sont à prendre au second degré (c’est assurément le cas du chant heavy metal de Fenriz), voilà que ce groupe pour le moins iconoclaste et pas calotin pour un sou a décidé de nous jouer le traditionnel miracle de Noël ! Après trois années de silence, les Norvégiens ont en effet décidé, un peu par hasard semble-t-il (!), de remettre le couvert en abandonnant enfin les prestations « décalées » qui avaient ruiné leurs efforts précédents. Les bonnes résolutions qu’ils ont adoptées sont archi-simples : attribution du chant au seul Nocturno Culto et quelques efforts pour retrouver les riffs cradingues jouissifs. Autrement dit, Darkthrone a décidé de se respecter lui-même, sa musique et son public en ne bazardant plus ses compositions dans un étrange élan de nihilisme. Le résultat, c’est « Tundra Leech », le meilleur morceau du combo infernal depuis l’album The Cult Is Alive (qui affiche tout de même dix ans au compteur, ça vous donne une idée de la traversée du désert). Un titre poisseux, old school et aux relents black ‘n roll, à base d’un riff saignant et d’un chant sale au possible craché par le seul et unique vocaliste de ce groupe (avec un timbre pareil, pourquoi diable confier le micro à quelqu’un d’autre ?!). « Tundra Leech » n’a rien de révolutionnaire, c’est même tout le contraire : une déclaration fière et têtue d’une forme de réaction musicale. Et pourtant, ce petit glaviot qui sert d'apéritif à Arctic Thunder atteint un double objectif. D’une part, il prouve que l’abandon du black metal « pur » est une voie viable sur le long terme en retrouvant le pouvoir de conviction du fameux The Cult Is Alive. D’autre part, il réaffirme un certain statut : chaque année, des dizaines de groupes tentent l’exercice d’un metal organique, sale et méchant sans jamais approcher de ce que livre ici Darkthrone. Et cela, pour une raison très simple : le duo scandinave possède une authenticité, une « aura » qui dépasse les mots pour s’imposer comme une évidence naturelle, indiscutable.

Si le niveau de cet effort initial de Fenriz et Nocturno Culto ne sera pas maintenu tout du long (on y reviendra), on constate avec soulagement que le reste de l’album se défend pas mal. « Burial Bliss » est un bond dans le temps, avec tempo black metal old school et riffs archétypiques. Là encore, on ne peut que constater le naturel avec lequel Darkthrone ressort les tables de loi du genre… puisqu’il a jadis contribué à les inventer. Le chant dégueulasse (dans le bon sens du terme) fait beaucoup pour donner vie à cette musique, c’est un pur plaisir régressif comme le groupe aime à les distribuer, mais ce plaisir est enfin partagé, après toutes ces années de délires égoïstes et vains. Ceux qui, à ce stade de l’écoute, seraient tentés de reprocher au combo un recyclage facile d’une forme familière, ravaleront leur langue de vipère avec « Boreal Fiends », titre singulier, lent et dépouillé, à vocation ambiante, qui prouve définitivement que les Norvégiens se sont cette fois retroussés les manches. Après une éructation heavy metal de Fenriz qui provoque un instant d’effroi (ça sera heureusement la seule intervention du batteur derrière le micro), le duo part carrément dans un break sludge/doom avant de prendre un virage heavy metal, comprenant un solo surprenant de Nocturno Culto, tout cela le plus naturellement du monde. Rien à dire, la façon dont le groupe injecte soudain un héritage classique et « propre » dans sa mélasse amplifiée est fascinante ! Quant à « Inbred Vermin », il se détache lui aussi grâce à de bons riffs (une constate sur ce disque) et à cette patine organique et glaireuse typique du groupe culte. La dernière section, un peu trop longue mais réussie, n’est pas sans faire penser à Satyricon…

Alors d’accord, comme je l’ai écrit plus haut, comme souvent le tableau n’est pas complètement rose, la faute à une seconde moitié d’album poussive. Si « Throw Me Through the Marshes » rachète partiellement l’ennui grâce à quelques accélérations black ‘n roll bien senties, « Arctic Thunder » et « The Wyoming Distance » ne vont strictement nulle part, signant une chute libre de l’inspiration. Des compos ennuyeuses et dépourvues de direction qui prouvent que, malgré l’embellie significative, Darkthrone n’a pas encore retrouvé la pleine mesure de ses moyens… nonobstant le fait que rares sont les œuvres du duo norvégien à être totalement dépourvues de déchet. Dans cette seconde moitié d’album insipide, il convient toutefois de sauver « Deep Lake Trespass », qui voit le groupe introduire un peu de mélodie dans sa tambouille sans rien perdre ni en authenticité ni en grain. Les riffs, entre accroche et côté déglingué, possèdent ce charme étrange qui brouille la frontière entre Arctic Thunder et Sarke, « l’autre » projet de Nocturno Culto, même si le groupe de cœur de ce dernier conservera toujours une longueur d’avance en matière de dynamique et d’incarnation.

En définitive, dans le genre « authentique et sans chichi », ce disque se pose comme une réussite indiscutable, un retour en grâce d'un duo qui, enfin, a réussi à affirmer son revirement artistique par des compos inspirées et excitantes, sans grosses fautes de goût. Certes, Darkthrone navigue toujours sur une frontière dangereuse : quand il adopte une tendance rock crade et, en fait, assez formatée (comprenant même des « refrains »), ça fonctionne bien pour la bonne et simple raison qu'il y a une âme. Mais le combo ne peut s'empêcher d'affirmer régulièrement son côté inclassable... et dévie ainsi de son objectif avec certains titres lassants ou manquant de direction. Ce côté libre fait évidemment partie intégrante du charme de Darkthrone depuis ses débuts, alors disons simplement que l'équilibre entre les différentes velléités du duo n'est pas parfait sur ce disque, qui reste cependant largement supérieur à ses plus proches prédécesseurs. Une fin de récréation que nous accueillons avec un grand soulagement.


Tracklist :

1. Tundra Leech

2. Burial Bliss

3. Boreal Fiends

4. Inbred Vermin

5. Arctic Thunder

6. Throw Me Through the Marshes

7. Deep Lake Trespass

8. The Wyoming Distance



À ÉCOUTER EN PRIORITÉ : "Tundra Leech", "Boreal Fiends"

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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