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Date de sortie : 09/09/2016

Style : Metal bombastique

Pays : Canada


Note : 11/20
Devin Townsend Project
“Transcendence”

2007 fut une année de rupture dans le parcours artistique de Devin Townsend, un vrai tournant. Carbonisé, le Canadien prend alors la lourde décision de mettre à mort son projet le plus extrême, Strapping Young Lad, afin de préserver sa santé. Au début on pensait, comme Townsend lui-même, que la mise à mort de SYL était un sacrifice nécessaire, réalisé juste à temps pour éviter des dommages définitifs. Jusqu’en 2009 il semblait en effet que le génie de notre homme était resté intact, entre un délire personnel hilarant (Ziltoid the Omniscient, 2007) et des débuts frais et prometteurs d’un nouveau « projet » (Ki et Addicted, tous deux publiés en 2009). Aujourd’hui, nous réalisons notre erreur de jugement : ces bons albums n’étaient pas l’introduction à une seconde partie de carrière tonitruante, mais en réalité les derniers soubresauts d’un talent exceptionnel avant un énorme passage à vide. On a évidemment le droit de contester ce point de vue. Après tout, le Canadien a acquis ces dernières années un statut flatteur, dont le corollaire non moins agréable est un succès commercial qui, cruelle ironie, lui avait longtemps échappé pendant sa période faste, artistiquement parlant. J’assume pourtant mon point de vue : en 2007, quelque chose s’est bel et bien brisé. Devin a-t-il réagi trop tard ? S’est-il brûlé les ailes ? La folie et le surmenage faisaient-ils partie des ingrédients de base de son génie tant acclamé ? A moins de le connaître intimement, on ne peut que se perdre en conjectures. Mais une chose est sûre : depuis Addicted, le Canadien me semble être tombé dans un pastiche permanent de lui-même, alignant compos surproduites et contenu extrêmement superficiel dans un rythme effréné de publications. Les quelques parenthèses expérimentales n’ont, quant à elles, pas permis de regagner espoir, à l’image du très ennuyeux projet Casualties of Cool, qui a publié son premier essai en 2014.

Dans ce contexte désolant, Transcendence avait su titiller notre curiosité, pour une raison simple : Devin Townsend avait annoncé avoir modifié son processus de composition, en conviant ses fidèles musiciens à participer à la fête pour la première fois. On pouvait légitimement penser que cet exercice collégial permettrait à la musique de prendre enfin une tournure plus surprenante – toujours ça de pris ! C’est bel et bien le cas… sur quatre morceaux plus intéressants. Point barre. L’entame de l’album est particulièrement catastrophique : une intro instrumentale bombastique dans un style entendu mille fois ces dernières années (« Truth »), suivie d’un titre empruntant les chemins balisés avec reverb, chœurs grandiloquents et mélodies vocales naïves et téléphonées, le tout passé à la moulinette d’une superproduction qui privilégie la débauche d’effets éthérés à la mise en valeur d’une compo. En bref : lourd et oubliable. Même constat concernant trois titres en fin de parcours : cathédrale sonore, TOC de production, chœurs dans tous les sens, mélodies vocales « lumineuses » d’une niaiserie absolue (et redondantes, de surcroît), kitsch et écœurement. On ne retient rien de cette « soupe » protéiforme dans laquelle tout se dilue, autant les moments forts que les performances et le talent individuel des acteurs. Paradoxalement, Townsend a développé son univers bien à lui tout en sautant pieds joints dans les poncifs de production actuels : superficialité, pompe et lourdeur.

Entre les deux, comme je l’ai écrit plus haut, une poignée de morceaux qui ne se contentent pas de dérouler les figures imposées. Le Canadien simplifie enfin son propos sur « Stars », dont l’énergie positive et l’accroche efficace font même penser à ses œuvres de jeunesse. Idem sur « Failure », simple et frontal, qui permet à notre homme de nous rappeler son exceptionnel timbre vocal (notez le court passage en voix de tête !), tout comme son génie guitaristique via un joli solo. Alors qu’on craignait que la fameuse « écriture collégiale » n’était qu’un effet d’annonce, on découvre une inclination nettement plus progressive sur deux morceaux, « Secret Sciences » et « Higher ». Sur le premier, la fidèle Anneke van Giersbergen se fait entendre, le temps de se dire que, décidément, elle est souvent bien trop discrète sur les disques de Townsend malgré les nombreuses collaborations. Sur le second, qui figure dans le haut du panier de cet album, les quelques parties plus démonstratives étonnent positivement, même si on regrette la sempiternelle surcharge sonore, obsession dont le génie chauve a un mal fou à se débarrasser…

Les changements annoncés et espérés tiennent donc davantage à la nuance qu’au bouleversement, vous l’aurez compris. Le constat exprimé en début de chronique n’a donc pas évolué d’un iota. Le problème de Townsend est peut-être qu'il a perdu son ego, il n'assume plus du tout son génie tant vanté par les fans et les médias. Comment expliquer autrement qu'il privilégie tant la forme au fond, qu'il cache son art derrière des superproductions et des effets sonores dans tous les sens, qu'il oublie les soli de guitare et la performance vocale pour leur préférer une philosophie chorale qui fait primer le collectif (multiplication d'invités et de collaborateurs, tant sur le plan artistique que technique) sur l'individuel ? Tout cela serait pardonnable si le Canadien avait, ce faisant, trouvé une formule magique, une nouvelle identité. Rien de tout cela, puisqu’il s'est complètement perdu dans le processus. Devin Townsend n'a plus faim. N'a plus envie de convaincre, de démontrer, de se remettre en question, ou d'évoluer. Il a accepté les règles d'une certaine redite auto-imposée, a consenti à se soumettre à de supposées « attentes » en matière de son et de style. Bref, il lui est arrivé le pire qui pouvait lui arriver : il a atteint un stade où il n'a plus rien à prouver. Et ça, ma bonne dame, c’est foutrement tragique.


Tracklist :

1. Truth

2. Stormbending

3. Failure

4. Secret Sciences

5. Higher

6. Stars

7. Transcendence

8. Offer Your Light

9. From the Heart

10. Transdermal Celebration (reprise de Ween)



À ÉCOUTER EN PRIORITÉ : "Failure", "Stars"

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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