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Date de sortie : 29/04/2016

Style : Crust Punk

Pays : Royaume-Uni


Note : 15/20
Discharge
“End of Days”

Quand un groupe culte revient après 8 ans d’absence discographique (sans compter les nombreux live, compilations et quelques EP discrets), on l’attend au tournant, ça passe ou ça casse. Dans le cas de Discharge, ça passe plutôt bien car on retrouve le groupe punk mythique comme si on l’avait quitté hier. Discharge revient en grande forme, plus agressif et vindicatif que jamais. Plus inspiré ? On va le voir, ce n’est pas la question avec Discharge et son crust punk. L’album Disensitise (2008) n’avait pas convaincu tout le monde (alors qu’il est pourtant très bon), End of Days semble au contraire faire l’unanimité, pour la simple et bonne raison que c’est le digne successeur du légendaire Hear Nothing See Nothing Say Nothing et ce, 34 ans après la sortie de cet album fondateur.

Même dans le choix de la pochette (le noir et blanc, l’agencement, la statue qui se cache les yeux pour ne rien voir (See Nothing)), on sent une volonté de coller à leur histoire première et au mythique premier album. Juste pour bien situer leur influence, on considère généralement que Discharge a contribué à poser les bases du hardcore mais aussi du grind et du death metal. Parmi les groupes qui se revendiquent de Discharge et qui en ont repris des morceaux on compte Metallica, Slayer, Sepultura, Machine Head et Napalm Death. Que du lourd.

Discharge a connu de nombreux changements de line-up au cours de ses presque 40 ans d’histoire. Les derniers changements en date vont aussi dans le sens d’un retour aux sources avec principalement le retour depuis 2014 de Terry "Tezz" Roberts à la seconde guitare (alors qu’il était à la batterie auparavant). Il retrouve ainsi son frère Tony "Bones" à la lead guitare et le bassiste d’origine Royston "Rainy" Wainwright. A la batterie et au chant, on trouve des nouveaux musiciens avec respectivement Dave Caution et Jeff "JJ" Janiak. Celui-ci remplace Anthony "Rat" Martin qui avait succédé au chanteur historique Kevin "Cal" Morris parti en 2003. Les deux nouveaux ne viennent pas de n’importe où puisqu’ils sont issu de Broken Bones, le groupe que Bones a créé après son départ de Discharge en 1982. La continuité vocale est assurée haut la main par JJ. Dans la plus pure tradition Discharge, il hurle de façon monocorde sans aucune variation. Il aboie littéralement ses paroles, les crache à la face du monde, de la même manière qu’un certain Wattie Buchan (The Exploited).

Les deux guitaristes perpétuent le punk le plus le plus agressif qui soit avec une distorsion extrême. Le riff de « New World Order » est percutant et répété tout au long du morceau sur un rythme binaire. C’est ça la formule qui a fait la réputation du groupe anglais, c’est le fameux D-beat (le "D" pour Discharge et "beat" pour le style de batterie caractéristique développé par Tezz Roberts et dérivé du heavy metal). En d’autres mots, c’est un son de guitare très sec et nerveux, très saturé ainsi qu’un tandem rythmique basse/batterie qui joue à l’unisson et toujours à la même vitesse. Ça joue vite, ça cogne dur, c’est court et direct. Les morceaux s’enchainent sans transition. A tel point qu'on pourrait presque transposer les pistes de batterie d’un titre à l’autre. C’est difficile de chroniquer ce genre d’album car il n’y a pas de pause ou de variations auxquelles se raccrocher. C’est du crust punk, tout ce qu’il y a de plus brut et brutal. Ils n’offrent aucune accalmie pour reprendre son souffle ni aucun espace où se poser. Leur but est de vous prendre à la gorge, de la même manière que la société peut oppresser les gens sans pitié.

Oh, il y a bien les soli dans presque tous les titres mais ils ne sont qu’une maigre inflexion dans le matraquage perpétuel. Ces soli sont parfois bien sentis (« Raped And Pillaged », « End of Days »), parfois plus thrash (« Killing Yourself To Live »), parfois utiles pour casser la linéarité (« Hatebomb »), parfois superflus comme dans « Infected ». Ce morceau est sans doute le plus hardcore du lot. Il fonctionne beaucoup mieux car la batterie est un peu différente et le chant aussi. Hormis cela, les morceaux se suivent et se ressemblent. Ils sont envoyés sans fioritures comme des coups de poing sonores. Musicalement, il n’y a donc aucune prise de risque. Le but est de taper vite et fort et vomir une rage trop longtemps contenue. Les lignes de chant ne sont pas plus inventives que le reste. Là aussi, la révolution n’est pas dans la conception mais dans la virulence d’exécution et surtout les propos véhéments traitant de thèmes anarchistes ou pacifistes mais surtout anti-état, anti-système, anti-capitaliste et anti-guerre.

Discharge est très loin d’avoir eu une carrière facile et une discographie étoffée ou exemplaire. En témoignent les deux albums sortis dans les années 90 (Massacre Divine et Shootin Up The World) qui voyaient un Discharge dans le creux de la vague. Peut-être était-ce l’absence des frères Roberts et de Rainy avec seulement l’ancien chanteur Kevin "Cal" Morris comme membre fondateur aux commandes ? Je crois pour ma part que c’est une question d’époque. Rares sont les groupes qui ont autant collé à leur époque que Discharge. Les années 90 et début 2000 sont une espèce de parenthèse dorée pendant laquelle le monde se dandinait avec insouciance, donnant l’illusion que tout allait bien. Aujourd’hui, on ne peut plus nier que le monde va extrêmement mal et que ça ne fait qu’empirer chaque jour. On a donc plus que jamais besoin de porte-voix pour propager la contestation et la colère contre le système. Discharge remplit parfaitement ce rôle avec End of Days et c’est tout ce qu’on lui demande.

Tracklist :

01. New World Order
02. Raped And Pillaged
03. End Of Days
04. The Broken Law
05. False Flag Entertainment
06. Meet Your Maker
07. Hatebomb
08. It Can't Happen Here
09. Infected
10. Killing Yourself To Live
11. Looking At Pictures Of Genocide
12. Hung Drawn And Quartered
13. Population Control
14. The Terror Alert
15. Accessories By Molotov (Part 2)



À ÉCOUTER EN PRIORITÉ : "End of Days", "Hatebomb", "Infected"

 
Chroniqué par : VANARKH
 
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