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Date de sortie : 30/09/2013

Style : Metal Progressif

Pays : USA


Note : 17/20
Fates Warning
“Darkness in a Different Light”

Ce disque a beau être sorti il y a trois mois presque jour pour jour, je m’en serais voulu de ne pas en parler. Darkness in a Different Light est, en effet, sans doute l’événement le plus marquant de l’année dans le petit monde du metal progressif, et cela avant tout parce qu'il signe le grand retour de Fates Warning, qu’on croyait mis entre parenthèses pour toujours. Moi-même, dans l’interview que m’accorda Nick Van Dyk de Redemption l’an dernier, j’exprimai mes doutes quant à l’avenir de la formation du Connecticut. Il faut dire qu’il y avait de quoi être pessimiste : non seulement FW n’avait-t-il plus publié de disque studio depuis neuf ans (!), mais en outre ses musiciens s’éclataient-ils dans des projets annexes (OSI, Arch/Matheos, Redemption,…). Bref on ne sentait plus le gang de Jim Matheos très préoccupé par son groupe de cœur… Et pourtant, Nick Van Dyk comme les membres de Fates Warning n’ont jamais dévié d’une réponse simple et limpide : Fates Warning reviendrait. Parole tenue.

Double soulagement : de un, le groupe ne rate pas son comeback en publiant un superbe disque qui figurera parmi ses plus grandes réussites, et de deux, on retrouve très vite le son et le style du groupe, comme si on l'avait quitté hier. Une seule différence à noter, mais elle est de taille : le batteur Bobby Jarzombek (Halford, Riot) fait sa première apparition avec le groupe, en lieu et place de Mark Zonder. Sans doute moins versatile que son prédécesseur, Jarzombek apporte par contre un jeu plus direct et efficace qui fonctionne extrêmement bien sur ce disque. Celui-ci possède deux qualités essentielles : fraîcheur et variété. Rares sont les albums où Fates Warning a su allier une telle diversité avec une cohérence inouïe, à tel point que l’on se dit fréquemment que les Américains auraient pu balancer un titre de grindcore que celui-ci aurait trouvé sa place sur ce disque… Au centre des préoccupations du maître à penser Jim Matheos, on retrouve comme d’habitude un assemblage inventif de riffs et de mélodies intelligentes et travaillées, le tout saupoudré d’un zeste de virtuosité (jamais trop !). Ce travail ainsi que, je le répète, la belle diversité qui caractérisent ce disque sont d’autant plus louables que Fates Warning, je vous le rappelle, évolue sans claviériste, chose devenue assez rare dans le petit monde du prog.

Je vous parle tant de diversité que j’en oublie d’argumenter ! Jugez plutôt ce petit florilège de titres : compositions évolutives aux riffs discrets et à la structure intelligente (l’inaugural « One Thousand Fires »), interludes acoustiques (« Falling », chanté avec nuance par Alder), plongées aériennes ou ambiantes (« I Am », « Kneel and Obey »), (power-)ballades (« Firefly », « O Chloroform »), titres calibrés et accrocheurs (« Desire »), envolées prog archétypiques (« Into the Black » et son solo de guitare jouissif) et, bien sûr, morceau épique qui atteint ici les 14 minutes (« And yet It Moves »). Après une jolie introduction acoustique néo-classique, ce dernier se sépare plus ou moins en deux parties : la première est plutôt musclée (Jarzombek est très à l'aise sur ces riffs en béton), tandis que la seconde est nettement plus calme, avec les guitares acoustiques se taillant la part du lion. Tout cela fonctionne merveilleusement bien ensemble et ce titre est par conséquent une grande réussite. Bref, lorsqu’on constate toutes les pistes explorées sur cet opus, on ne peut que féliciter Fates Warning d’avoir laissé libre cours à ses envies, à une époque où même des formations brillantes comme Dream Theater, que pourtant j’adore, ont tendance à entrer dans un jeu de balisage stylistique assez décevant. Le plus fort, c’est que Fates Warning accomplit ceci très naturellement, en gardant comme valeur sûre une composition simple, libre et intelligente à la fois. Le groupe possède vraiment un talent fou pour proposer des titres pas évidents mais qui semblent pourtant couler de source. Curieux mais vrai ! Et comme les chansons sont en outre très bien chantées (Ray Alder est en forme), comment ne pas prendre son pied ?

Pour être complet, sachons reconnaître toutefois que tout ne fonctionne pas. Le minimalisme (« Lighthouse ») ou la tendance ambiante  (« Kneel and Obey ») dans lesquels le groupe s’aventure parfois donnent lieu à des chansons qui ne décollent jamais car elles demeurent dans des tons grisâtres et une dynamique lâche. On ne peut s’empêcher d’y observer une nette influence d’OSI, le projet parallèle de Matheos, qui ne m’a personnellement jamais fait vibrer… Mais ces petits passages mous font partie des risques pris par le groupe sur ce disque. A force d’éviter la démonstration et n’admettre comme philosophie que la subtilité d’écriture et la nuance dans l’exécution, Fates Warning n’a pu éviter quelques compositions manquant de personnalité. Si c’est le prix à payer pour un disque de cette trempe, permettez-moi de pardonner rapidement nos amis. En publiant ce disque certes classique mais soigné et inspiré, Fates Warning signe aisément le meilleur opus de metal progressif de l'année, laissant derrière lui son rival (mais néanmoins ami) Dream Theater, qui a en revanche sorti un disque fort décevant plus tôt cette année. C’est ce qu’on appelle un retour gagnant, je crois…
 
 
 
Tracklist :
 
1. One Thousand Fires
2. Firefly
3. Desire
4. Falling
5. I Am
6. Lighthouse
7. Into the Black
8. Kneel and Obey
9. O Chloroform
10. And yet It Moves

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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