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Date de sortie : 05/06/2012

Style : Metal Industriel

Pays : Etats-Unis


Note : 18/20
Fear Factory
“The Industrialist”

Le nouvel album de Fear Factory, The Industrialist, peut être synthétisé en deux points. D’abord, le groupe sonne plus industriel que jamais. Ensuite, malgré les nombreuses restructurations de personnel, leur formule musicale reste unique et parfaitement rôdée. Les californiens délivrent une prestation totalement maitrisée où il est bien difficile de trouver quelque chose à contester tellement la machine est bien huilée.

L’album porte donc très bien son nom car jamais auparavant les bruits de machines n’ont autant parsemé les morceaux. Cela donne des compos très touffues comme « Recharger », « New Messiah » ou « Depraved Mind Murder » ponctués de sons électroniques bidouillés (qui donnent parfois l’impression d’être au milieu d’un combat de sabre-laser ou sur le quai de chargement du Falcon Millenium). Mais ces petites touches indus futuristes sont brèves et marginales et n’infligent aux morceaux rien de cheap ni rien d'une BO de jeu vidéo. « God Eater » sonne indus dans sa totalité du fait que c’est plus lent, plus bruitiste, chaotique et saccadé et qu’il y a des passages où on n’entend que du chant et du synthé. L’encrage industriel lourd est clairement marqué au début de « Virus of Faith » car on a l’impression de se trouver à proximité d’un puits de forage. Cet aspect est poussé à son paroxysme dans « Human Augmentation ». Il s’agit là de 9 minutes de samples et bruits de machines, du Fear Factory sans chant et sans guitares, de la musique industrielle à l’état pur comme il doit en exister pas mal hors de la sphère metal. D’ailleurs, l’artwork de l’album illustre bien ce penchant. Comme sur les 4 derniers, on retrouve à nouveau le double F du groupe mais ici, le logo est reforgé pour donner une sorte de produit mécanique usiné et futuriste alors qu’il avait encore un côté organique sur la pochette de Mechanize.

L’autre point que l’on peut détailler est la qualité des 8 chansons proposées sur cet album. Je considère en effet qu’il n’y a que 8 chansons stricto sensu (on a évoqué « Human Augmentation » ci-dessus et « Religion Is Flawed Because Man Is Flawed », aussi un instrumental, n’est qu’une sorte de prolongation à la plage 8). Pour marquer des points dès le premier morceau Fear Factory commence en grande pompe avec une intro grandiloquente, presque dans le rayon Dimmu Borgir. Ce n’est que passager car au son de la guitare et de la batterie « double kick » et hyper triggée qui suivent, on sait alors que c’est du Fear Factory sans aucun doute possible. Petite parenthèse sur la batterie. De prime abord, elle m’a paru très mécanique, carrément synthétique. Analyse auditive confirmée puisqu’il s’avère qu’elle a été programmée par le groupe avec l’aide de John Sankey (pas un intrus, il a joué avec Divine Heresy). Pas de crainte, ce ne sont pas des beats technoïdes mais on s’y tromperait presque tellement ce que l’on peut faire avec les programmes actuels est proche de la réalité. Ce système a permit au groupe de fonctionner en duo puisque Gene Hoglan présent derrière les fûts depuis 2009 et Byron Stroud à la basse depuis 2003 ne font officiellement plus partie du line-up. Je pense que la machine Hoglan (si si, ce mec n’est pas humain, y a qu’à le voir jouer en concert ou apprécier ses innombrables participations) aurait été préférable à la machine numérique mais le doigté du producteur de toujours, Rhys Fulber, permet à FF de ne pas butter sur ce point. Mieux, d’un manque, ils font une force puisque du coup, ça sonne encore plus indus, plus compact et fabriqué.

Qu’en est-il alors du duo choc restant ? Burt le blondinet n’a jamais aussi bien chanté. Il excelle dans le registre gueulé mais est surtout phénoménal dans le registré chanté. Sa voix claire, pure et cristalline, est simplement époustouflante dans les refrains de « Recharger » ou « New Messiah ». Le final de celui-ci est du meilleur effet lorsque ce chant clair est doublé d’un chant grave (ils utilisent aussi cet artifice convaincant à la fin de « Depraved Mind Murder »). Bell prouve également sur le refrain de « Dissemble » qu’il a encore des ressources vocales insoupçonnées et inépuisables puisque ce n’est pas vraiment chanté ni hurlé mais quelque part entre les deux (peut-être rock ou nu-metal ?). Dans l’ensemble, quasi chaque morceau possède son refrain chanté plus doux et hautement mémorable (la palme revenant à « Recharger » et « New Messiah »).

Les morceaux s’articulent d’ailleurs quasi tous de la même manière : un couplet en chant hurlé et un refrain en chant clair. C’est à ce sujet qu’on peut parler de mécanique bien rôdée. Ce qui n’empêche le gros Dino d’arranger et compléter avec talent l’ossature de base pour que les chansons puissent se déployer sur plusieurs niveaux. Je pense en particulier aux sons électros dont on a déjà parlé ou aux chœurs et à la mélodie de synthé dans « The Industrialist » et à l’ambiance sympho dans « New Messiah ». Sans parler des riffs purement FF se détachant ici et là (« New Messiah » encore ou « Depraved Mind Murder »). « Recharger » et « Difference Engine » quant à eux rappellent très fort le 1er album (Soul of a New Machine) où le groupe flirtait encore allègrement avec le death metal. Tout cela évite une monotonie qui a parfois plombé le groupe par le passé (Digimortal par exemple). Sur The Industrialist, même si « Depraved Mind Murder » et « Virus of Faith » sont fort semblables, ils s’apprécient vite comme des classiques du groupe. A la rigueur, seul « Dissemble » finit par lasser un petit peu après 7 brûlots impeccables.

Notez que la sortie en version digipack (une technique marketing incontournable à l’heure actuelle et une obligation au Japon) est tout à fait inutile. Le remixe de « Difference Engine » est vraiment différent de l’original et donne dans le bruitisme à la Mike Patton. Assez pénible à écouter. Enfin, la reprise du titre « Landfill » de Pitchshifter (issu de leur premier album nommé Industrial, ben tiens !) n’a que le mérite de rappeler à nos mémoires le pendant anglais de Ministry qui sommeille depuis quelques années.

Si l’on a souvent douté de Fear Factory en raison d’une gestion des ressources humaines assez mouvementée, à chaque fois, que ce soit avec ou sans Dino Cazares, la petite manufacture a réussi à grandir et à toujours rassurer le marché de fans. Mechanize était déjà une bombe, eh bien, mon collègue Kwiss l’ayant chroniqué ne sera certainement pas déçu par le p’tit nouveau. Leur secret de fabrication c’est qu’ils arrivent toujours à créer une dynamique dans les compos qui fait qu’on attend avec impatience certains passages (surtout les refrains chantés et les mélodies). Une success story qui ne doit donc rien au hasard et beaucoup à la présence de Burton Bell; exactement à l’image de leurs textes, à nouveau très dénonciateurs, écrits sans complaisance mais avec intelligence. A l’heure où l’industrie du disque est en perdition, cet opus est une plongée dans un monde bien réel, comparable à une grosse corporation où règne la peur, une aciérie sans avenir dont Fear Factory parvient à extraire avec talent une lame de metal brûlant.

Tracklist :

1. The Industrialist
2. Recharger
3. New Messiah
4. God Eater
5. Depraved Mind Murder
6. Virus of Faith
7. Difference Engine
8. Dissemble
9. Religion Is Flawed Because Man Is Flawed
10. Human Augmentation
11. Blush Response (Difference Engine remix)
12. Landfill (Pitchshifter cover)

 


 
Chroniqué par : VANARKH
 
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