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Date de sortie : 29/07/2013

Style : Metal Moderne

Pays : Canada


Note : 11/20
James LaBrie
“Impermanent Resonance”

Avec cinq réalisations, on peut dire que la discographie solo de James LaBrie est déjà bien fournie. Elle est même la plus féconde de tous les membres actuels de Dream Theater, à l’exception de Jordan Rudess qui a produit une dizaine d’albums sous son nom depuis le début des années ’90. Avec le passage aux disques publiés sous son propre nom (après deux opus banals sous le patronyme Mullmuzzler), cette carrière solo du chanteur a même pris un sacré coup de jeune via une modernisation de son et de style. Static Impulse (2010), en particulier, avait amorcé un changement important avec l’introduction du chant gueulé du batteur Peter Wildoer (Darkane) et d’influences très modernes et agressives. LaBrie persiste et signe sur ce nouvel opus réalisé avec la même équipe, puisque la répartition du chant est encore plus mise en avant, au point de caractériser la plupart des morceaux. Avec Impermanent Resonance, on peut donc dire sans détour que le Canadien s’éloigne définitivement du metal progressif, pour affirmer son attrait pour le metal très moderne, osons même dire « néo », même si ce terme est trop restrictif (ou trop flou, ça dépend du point de vue) : les guitares sont accordées bas, le chant est tantôt clair tantôt crié, les sons électroniques (assurés par le claviériste Matt Guillory) sont très présents et l’accent est plus que jamais mis sur l’accroche.

Sur le plan de l’accroche, justement, il faut bien admettre que le groupe possède un talent certain. Comme souvent, l’entame de l’album est, en ce sens, exemplaire. Si « Agony » et « Undertow », les deux premiers titres, utilisent la même formule riffs rentre-dedans/mélodies efficaces/refrain, ils atteignent aussi et surtout leur but et frappent là où ça fait mal. Certaines power ballads parviennent elles aussi à rester efficaces (« Slight of Hand ») et signalons encore, en toute fin de parcours, le réussi « I Will Not Break », avec son refrain pour une fois moins évident mais bien pensé et une utilisation des growls de Wildoer en backings discrets, à mon sens la fonction la plus utile que ce type de chant peut avoir au sein de ce groupe.

L'avantage de l'accroche, surtout lorsqu’elle est bien maîtrisée comme c’est le cas ici, c'est que les mélodies sont bien pensées et font souvent mouche. Sur cet album, elle entraîne par contre deux désavantages de taille. D’une part, le guitariste Marco Sfogli, à la fête sur les deux opus précédents du groupe, est cette fois nettement en retrait, ses riffs étant souvent passe-partout et ses soli bien moins nombreux. D’autre part – et c’est là que le bât blesse vraiment –, le gang de James LaBrie a travaillé les refrains et les mélodies au détriment des morceaux en tant que tels. Ces derniers se structurent pour l'essentiel autour d’un refrain qui, s’il est souvent efficace, rend le reste insignifiant ! Ainsi, mis à part une poignée de titres, on enchaîne les morceaux calibrés de la même façon, sans personnalité et sans moments marquants (« Amnesia », « Destined to Burn », etc.). Rien d’atroce, rassurez-vous, mais simplement du metal moderne générique et ennuyeux. J’avais déjà signalé ce problème sur l’effort précédent du groupe, mais l’accentuation sur ce disque-ci de l’efficacité des refrains et des mélodies principales creuse encore l’écart avec les autres sections des chansons. Autre effet pervers logique : lorsque cette fameuse efficacité n’est pas au rendez-vous, on reste avec… pas grand-chose, justement. Au fil de l’écoute, le soufflé retombe inexorablement et les qualités musicales deviennent une denrée rare (« Holding On » et son refrain simpliste, « I Got You » ou encore « Letting Go »). Les ballades ne font, hélas, rien pour changer la donne, tant elles sont parfois mièvres et dépourvues de toute émotion (« Say You’re Still Mine »). L’effet de déjà entendu frappe rapidement, non seulement dans le cadre de ce disque mais, encore une fois, par rapport à Static Impulse. On a l’impression que la bonne volonté et le travail du groupe sur ce nouvel album n’ont fait que renforcer les défauts repérés sur le précédent. Cruel paradoxe !

Pour ne rien arranger, je ne peux m'empêcher de ressentir un certain malaise d’entendre LaBrie, qui a tout de même 50 piges (eh oui !), se la jouer « ultra tendance » sur un disque qui surfe sur le metal très en vue outre-Atlantique, cet hybride entre néo metal, math metal et école suédoise du death mélodique. On pense souvent à In Flames, Soilwork ou... Darkane à l'écoute de cet album, et la présence de Peter Wichers (ex-Soilwork) au poste de producteur ainsi que le mix soigné mais froid de Jens Bogren renforcent encore ce sentiment. Je ne voudrais pas qu'on pense que j'ai un balai coincé là où le soleil ne brille pas, mais il n'y a rien à faire : que LaBrie s'aventure dans ce territoire est dérangeant à mes yeux (pour l’illustrer, écoutez la ballade très moderne qu’est « Back on the Ground » : LaBrie y joue à fond la carte de la modernité à l'aide d'un refrain évident et de petits passages en falsetto, lorgnant vers la pop ; il faut vraiment aimer !).

Objectivement, l'expérience de ce disque n'est pas désagréable, il y a du travail et du talent là-dedans, mais c'est une expérience éphémère car superficielle. On reste irrémédiablement coincés entre deux positions : l'album est trop metal pour espérer décocher des refrains aussi addictifs que dans la (bonne) pop, mais trop superficiel pour pouvoir prétendre être du vrai bon metal. Tout est codé, froid et formel, il manque une âme, un souffle à cette musique. Pour autant, cela n’empêchera pas James LaBrie de trouver son public, voire même de l’agrandir. Tant mieux pour lui, tant pis pour la musique de qualité (?)
 
 
Tracklist :
 
1. Agony
2. Undertow
3. Slight of Hand
4. Back on the Ground
5. I Got You
6. Holding on
7. Lost in the Fire
8. Letting Go
9. Destined to Burn
10. Say You're Still Mine
11. Amnesia
12. I Will Not Break

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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