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Date de sortie : 23/10/2015

Style : Metal Industriel / New Wave

Pays : Royaume-Uni


Note : 18/20
Killing Joke
“Pylon”

Killing Joke est un groupe exceptionnel à bien des égards. En plus d’une longévité est assez rare (il a été fondé en 1979), sa capacité à traverser les époques est d’autant plus remarquable que le groupe anglais a réussi autant à épouser les tendances qu’à les créer. Du post-punk des années 80 –mais je préfère parler de new wave gothico-industrielle, ils sont passés sans vergogne au métal industriel dans les années 90 pour arriver à une symbiose parfaite dans la dernière décennie écoulée. Tout cela ne signifie pas que leur parcours n’a pas été semé d’embûches, de haut et de bas, mais avec leurs 3 derniers albums (Absolute Dissent en 2010, MMXII en 2012 et ce petit dernier nommé Pylon) ils semblent avoir atteint une sorte de complétude musicale où plus rien ne semble pouvoir les affaiblir. On notera que cette trilogie (sans fil conducteur apparent) est le fruit du travail du même line-up qui avait créé les 3 premiers albums du groupe au début des années 80. La boucle paraît bouclée. En même temps, on espère que Jeremy "Jaz" Coleman (chant, clavier), Kevin "Geordie" Walker (guitare), Martin "Youth" Glover (basse) et Big Paul Ferguson (batterie) ne sont pas au bout de leur voyage tant ce 15ème album studio est d’une solidité, d’une maturité et d’une finesse exemplaires.

Ce que j’admire avant tout chez Killing Joke c’est qu’ils ne se sont pas ramollis avec le temps. Cela s'entend de suite avec « Autonomous Zone » qui dévoile d’emblée toute la magie Killing Joke. Il y a cependant un bruit de fond, une sorte de sifflement, qui, s’il fait industriel, gâche un peu ce titre d’ouverture qui me semble être le plus faible de la plaque. Faiblesse largement compensée par un « Dawn of the Hive » dur, binaire, très industriel flirtant vaguement avec le techno metal. Utiliser une structure très répétitive est sans conteste la marque de fabrique Killing Joke. Je trouve ça vraiment excellent car ils sont assez esseulés dans cette approche de la musique. Cela n’empêche jamais la mélodie mais nous épargne des solos pompeux, des breaks de frimeurs et autres transitions inutiles. Le rythme imprimé par Big Paul Fergusson est souvent tribal, chamanique pour une musique presque ritualiste.

« New Cold War » poursuit dans cette veine assez hypnotique car très répétitive et sans structure complexe. Pendant ces 6 minutes (les titres sont longs), on sent une résurgence de la new wave, quoique bien musclée et modernisée. Le très mélodique « Euphoria » est une beauté cristalline. Evoquant la complicité unissant le groupe et son fidèle public, Jaz met dans son chant clair une certaine poésie gothique et romantique qui n’est pas sans rappeler The Cure. « Euphoria » est le parfait mélange entre deux morceaux figurant sur Absolute Dissent : le très électro « European Super State » et le somptueux « The King Raven » (leur émouvant hommage au défunt bassite Paul Raven). Minimaliste pendant les couplets, « New Jerusalem » devient beaucoup plus lourd et presqu’oppressant pendant le refrain. On donnera encore une excellente note à Big Paul (qui fait carrément un solo de batterie) et à Jaz qui excelle en chant clair (il monte même assez haut) mais qui est encore plus marquant quand il pousse dans les graves. Il faut savoir que le chant grave n’est plus la règle dans Killing Joke depuis l’immense album Killing Joke (celui de 2003 avec la pochette de clown) qui avait vu le grand retour de la blague qui tue grâce au soutien Dave Grohl qui y martelait comme un damné. Par cette collaboration, Grohl prouvait une fois de plus qu’il est un chouette gars très ouvert [note : pour rappel, le morceau « Come As You Are » de Nirvana est un plagiat du morceau de Killing Joke « Eighties ». Bien qu’aucun procès n’ait eu lieu et que de nombreuses rumeurs circulent sur la résolution de cette affaire entre les deux groupes, une écoute comparative est assez édifiante et le mythe Kurt Cobain en prend un coup].

Revenons à Pylon qui connait une baisse de lourdeur et d’agressivité en milieu de parcours mais jamais de perte d’intensité. « War on Freedom » est plus lent et calme. Ils jouent sur l’opposition entre une ambiance de fin du monde et une harmonie et un refrain très pops. « Big Buzz » est la chanson la plus pop et la plus radiophonique de la plaque. J’y entends des intonations à la Indochine. C’est forcément plus romantique et accessible mais pas mauvais pour autant, cela amène de la variété.

Trente cinq ans après avoir posé les bases de la musique industrielle avec leur premier album, Killing Joke offre avec « Delete » un visage industriel, moderne et surtout bien métal. Le son de la guitare est tranchant et le riff incisif est répété pour créer une séquence hypnotique. L’excellent jeu de batterie de Ferguson accentue la transe comme un automate et rend ce titre ensorcelant. Ensuite, le génial « I Am the Virus » est d’une puissance et d’une consistance que Ministry n’a plus atteinte depuis… Rio Grande Blood ? Quand on compare « Love Like Blood », l’un des premiers singles de Killing Joke tellement typé "années 80", avec l’agressivité du jeu actuel de Geordie Walker, on entend vraiment que Killing Joke ne s’est pas assagi. La sensibilité de la new wave a cédé la place à la colère et la révolte. Cela s’exprime à travers le batteur qui joue de façon mécanique mais aussi très organique, comme une sorte de marche martiale. La hargne se ressent aussi dans le chant de Jaz Coleman. Il chante comme s’il devait galvaniser une foule. Très ponctuellement, il use de son timbre le plus grave et le plus énervé pour accentuer l’agressivité à bon escient. C’est un « Into the Unknown » très fédérateur et plein de colère sourde qui ponctue magnifiquement l’expérience Pylon.

On sait que Jaz Coleman est un musicien très créatif, complexe, qui n’a pas sa langue en poche. Les textes de Pylon sont à nouveau des constats radicaux sur le fonctionnement du monde. Par exemple, je comprends « Autonomous Zone » comme un cri désespéré pour la liberté, une invitation à sortir des cases et du contrôle (moral) perpétuel qui rend les gens malheureux. Je vois « Dawn of the Hive » comme une allégorie sur la technologie destructrice de la vie. « New Cold War » est plus explicite. La nouvelle guerre froide dont nous parle Jaz n’est pas un bloc politique contre un autre mais un monde opposant quelques faucons et la majorité qui doit subir les sanctions prises pour la satisfaction d’une élite. « Delete » ne dit pas autre chose quand il énonce le constat que 85 personnes possèdent la moitié du monde. « New Jerusalem » revient sur la guerre en en Iraq où on compte un quart de million de morts suite à une tromperie. C’est devenu un nid de frelons mais n’oublions pas qu’il a été créé par un Occident lobotomisé qui danse apathiquement sur la mélodie de Goldman Sachs. « I Am The Virus » attise le feu de la révolte dans cette obscurité gagnant l’Occident où les banques centrales veulent l’omnipotence.

Un pylône est une structure verticale qui est utilisée comme support ou un guide pour des instruments de navigation ou de transmission. C’est ça Killing Joke : un support et un guide. Quand on écoute leur album Pandemonium (1994), et en particulier le titre « Millennium », on comprend toute l’influence qu’ils ont pu avoir. Nine Inch Nails, Ministry, Fear Factory et Prong ne seraient pas les mêmes sans le coup de boost qu’a donné Killing Joke à cette époque à la musique indus metal. Avec Pylon, Killing Joke prouve qu’on peut avoir une longue existence sans perdre en pertinence. Mieux, cet album les renforce car il apparait comme un accomplissement sans aucune faute. Son contenu vibrant d’émotions et de passion est capable de satisfaire aussi bien les adeptes de musique offensive et tribale que ceux qui recherchent de la profondeur hypnotique ou même de l’introspection lancinante. Un must-have.

Tracklist :

1. Autonomous Zone
2. Dawn of the Hive
3. New Cold War
4. Euphoria
5. New Jerusalem
6. War on Freedom
7. Big Buzz
8. Delete
9. I Am the Virus
10. Into the Unknown

 


 
Chroniqué par : VANARKH
 
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