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Date de sortie : 02/05/2014

Style : Post-Rock/Shoegaze

Pays : Allemagne


Note : 12/20
Lantlôs
“Melting Sun”

J’avais découvert Lantlôs il y a quatre ans avec le remarquable .neon, un disque qui s'est immédiatement imposé comme une des œuvres majeures d’une niche musicale née récemment et en expansion rapide, celle qui mêle black metal et un son onirique et mélancolique (il adopte des noms variés : post-rock, shoegaze, dream pop, rock dépressif,…). En à peine quelques années, beaucoup de groupes ont adopté ce style, d’Amesoeurs à Old Silver Key, en passant par Fen, Heretoir et autres Deafheaven. Sans oublier ceux qu’il faut sans doute considérer comme les fers de lance du style, les Français d’Alcest, dont Neige (chant, guitare) fit partie de Lantlôs en tant que chanteur sur deux opus. En dépit de l’absence de Neige sur Melting Sun, il est d'ailleurs frappant de constater qu’Alcest et Lantlôs suivent, à peu de choses près, la même trajectoire : alors qu’Alcest a complètement abandonné le metal extrême sur son dernier essai Shelter, sorti en début d’année, Lantlôs prend précisément le même virage sur le disque dont il est question ici : un abandon pur et simple des sonorités dures et une plongée décomplexée dans le post rock et le shoegaze. De là à dire que Shelter et Melting Sun annoncent une tendance que l'ensemble de cette niche musicale, que j’évoquais, semble condamnée à prendre, il n’y a désormais qu’un pas…

Melting Sun est donc placé sous le sceau du changement, c’est le moins que l’on puisse dire. Neige parti, c’est le leader Herbst – adoptant désormais son vrai nom Markus Siegenhort – qui reprend le micro, et il a abandonné la formule du duo pour s’entourer cette fois de deux musiciens, Cedric Holler (guitare, chant) et Felix Wylezik (batterie), ce dernier ayant déjà été batteur de session sur Agape, le précédent essai de Lantlôs. Le changement est également criant visuellement : comparez donc les pochettes des trois premières réalisations des Allemands à celle-ci ! Un bain de lumière et de couleurs a succédé à l’obscurité et au mal de vivre : l’état d’esprit de Markus s’est considérablement amélioré, tant mieux pour lui ! Mais qu’en est-il pour nous ?

En toute logique, il faut avouer qu’après avoir adoré .neon, une vraie révélation dans son style, le tournant Melting Sun arrive un peu comme un invité désagréable dans une soirée de rêve ! L’acclimatation n’est guère facile : non seulement la violence et la noirceur sonores ont-elles totalement disparu, mais Markus se révèle de surcroît un vocaliste peu convaincant. Son chant, exclusivement en clair, bénéficie certes d’une recherche mélodique intéressante, mais est bien trop banal et faiblard pour susciter l’adhésion. Neige n’était pas un ténor non plus, mais au moins apportait-il une certaine identité, et il adoptait régulièrement un chant extrême. Ces changements étant, ce n’est pas pour autant que le fonds de commerce de Lantlôs a été redéfini de A à Z. Les qualités d’écriture des Allemands demeurent intactes, on peut même dire qu’elles se sont encore améliorées, bénéficiant sans doute de la grande ouverture d’esprit caractérisant ce disque ainsi que d’une puissance d’évocation bien intacte (« Azure Chimes »). L’ambition du groupe est, on le sait, de façonner un véritable « paysage sonore », désormais chaud et lumineux (« Cherry Quartz ») et non plus mélancolique comme auparavant, traversé de « flux » grâce aux changements de rythme et aux durcissements ponctuels de la base shoegaze, qui ajoutent du relief à la musique. La recette fondamentale repose logiquement sur un travail sonore important, et là encore le groupe reste fidèle à sa réputation, pratiquant le multipistes enveloppant mais aéré avec beaucoup de talent (« Aquamarine Towers »). L’observateur neutre oubliera d’ailleurs régulièrement la qualité discutable d’un chant de toute manière très sporadique, au profit de cette atmosphère générale qui demeure indiscutablement l’objectif numéro un que poursuit ce groupe.

Si Lantlôs parvient toujours à exprimer beaucoup de choses à travers sa musique, on pourra toutefois lui reprocher un vrai manque de rythme. « Jade Fields » en est un bon exemple : quel dommage que ce titre prenne autant de temps à s'installer (les deux premières minutes sont soporifiques), alors que le groupe impose ensuite pleinement son style kaléidoscopique ! Certes, nous n’avons pas affaire ici à du « prêt-à-écouter » mais la mise en place est inutilement longue et même superficielle. Lantlôs n’échappe pas au remplissage, ce dont témoignent encore l’inutile interlude ambiant « Oneironaut » ainsi que le très décevant titre final, « Golden Mind », pensé comme doux et intimiste mais au final franchement ennuyeux. Melting Sun passe donc par trop de hauts et de bas pour parvenir à imprégner en permanence l’auditeur de cette atmosphère rayonnante qui fait son charme dans les meilleurs moments. Et malheureusement, c’est là un réel problème car le succès de ce genre d’albums ne repose que sur l'immersion complète dans de cette atmosphère, justement.

En retirant tous les éléments sombres de sa musique, Lantlôs nous offre avec Melting Sun un disque qui donne la même impression qu’un mojito sans rhum ni menthe : ça n’a pas la même saveur. La réorientation de Markus n’est pas seulement musicale, elle concerne aussi et surtout le public. Nul doute, en effet, que Lantlôs va désormais intéresser un public totalement différent de celui de ses premières œuvres. Et pour autant que cette décision soit artistiquement honnête, pourquoi pas, après tout ? Mais objectivement, il y avait dans les premiers disques de Lantlôs des qualités énormes qui sont aujourd'hui absentes et qui n'ont pas été remplacées par quelque chose d'aussi intéressant, la faute à un équilibre désormais rompu entre poésie et mal-être. Dans ces conditions, difficile de ne pas nourrir de regrets.
 
 

Tracklist :
 
1. Melting Sun I: Azure Chimes
2. Melting Sun II: Cherry Quartz
3. Melting Sun III: Aquamarine Towers
4. Melting Sun IV: Jade Fields
5. Melting Sun V: Oneironaut
6. Melting Sun VI: Golden Mind

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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