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Date de sortie : 27/01/2015

Style : Grind Death Metal

Pays : Angleterre


Note : 17/20
Napalm Death
“Apex Predator Easy Meat”

Selon mes calculs (et surtout suivant le sticker figurant sur la version de l’album que j’ai achetée), Apex Predator – Easy Meat est le 15ème album des pionniers anglais du grind. Pourtant, dans l’interview que Barney avait accordé à Rock 'n' Balls en 2012, il parlait déjà du précédent album Utilitarian comme du 15ème opus de leur discographie. Etonnant mais révélateur. Napalm Death est en effet arrivé à un stade où il n’y a plus besoin de compter car il n’y a plus rien à prouver. C’est carrément réjouissant car même après 33 ans d’existence, cela signifie qu’ils ne capitalisent pas sur leur passé mais regardent vers l’avant, d'un regard toujours acéré. Capitaliser sur leurs acquis serait même contraire aux idées qu’ils défendent puisque la thématique d’Apex Predator – Easy Meat est centrée sur l’esclavagisme moderne que représente le travail industrialisé.

Rien que le nom de l’album est déjà très fort. Ce titre est plus évocateur qu’Utilitarian. Une longue explication n’est pas nécessaire pour comprendre qui est le super-prédateur en même temps que de la viande fraîche prête à se faire bouffer. C’est le sujet de « Smash a Single Digit » qui dénonce le capitalisme réduisant les travailleurs à un simple chiffre qui ne compte pas et que l’on peut changer lorsqu’il a été épuisé (la mise en dessin de cela dans le clip est assez forte aussi). Les paroles de Mark "Barney" Greenway sont autant de diatribes pour la dignité des malchanceux qui sont inconsidérés par les riches et les puissants. « Metaphorically Screw You » traite de la façon dont les plus pauvres sont méprisés et rejetés. « Dear Slum Landlord... » est la supplication caustique d’un pauvre type servile envers son patron. Dans « Stubborn Stains » Barney est très virulent à l’encontre des dirigeants d’entreprise qui font leurs profits sur le dos de travailleurs considérés comme un produit périssable. Ces paroles font clairement référence au drame du Rana Plaza. Cet immeuble/usine s’est effondré le 24 avril 2013 à Dacca au Bangladesh faisant 1.127 victimes et cet album de Napalm Death est dédié à leur mémoire. Mais attention, Barney ne prêche pas. Il utilise souvent des mots assez crus et un vocabulaire assez élaboré pour décrire la perversité du système et on ne comprend en général qu’à la fin du morceau de quel côté penche son auteur. Ceci dit, on n’a aucun doute sur sa clairvoyance. Il suffit de réfléchir une seconde dit-il dans « One-Eyed », pour se rendre compte que l’abolition de l’esclavage n’a pas fait se lever les gens. Ils sont toujours à genoux mais sont passés des plantations aux ghettos urbains.

Napalm Death ne se limite pas à ces propos libertaires (dans le sens des pensées de Proudhon et Bakounine à l’origine des émancipations sociales de la fin du 19ème siècle). Barney s’en prend par exemple aux OGM (GMO en anglais) dans « Stunt Your Growth ». On peut aussi constater que cette pensée est partagée au sein du groupe puisque Mitch Harris (guitare) a écrit les paroles de « Beyond the Pale » qui appelle à la résistance pour plus d’égalité et Shane Embury (basse) a écrit « Hierarchies », un brûlot contre ce qu’ils appellent les cycles vicieux écocides.

Tout l’intérêt de Napalm Death réside dans le fait que leur propos profondément compatissant est en totale opposition avec leur musique d’une incroyable brutalité. Leur vision humaniste est emplie de rage qui se matérialise par un chaos sonore dominant la majorité de l’album. Ça commence pourtant en mode mineur avec l’inquiétante intro « Apex Predator – Easy Meat » sous forme de litanie. Juste la batterie de Danny Herrera, un fond bruitiste et des vocaux scandés, le but est clairement de nous entrainer dans un environnement post-industriel ravagé et en perdition.

Quand on écrit des morceaux chaotiques et brutaux, il vaut mieux rester bref pour préserver l’intensité. A côté de cette bestialité et cette rapidité (mention spéciale à Danny Herrera qui martèle comme un forcené), ils agrémentent certains morceaux de passages un poil plus groovy qui sont imparables pour briser des nuques. On pointera « Metaphorically Screw You », « Stubborn Stains », « Beyond the Pale » ou encore « Stunt Your Growth » où le passage central déchire carrément. C’est dans ces moments plus thrash voire death que je préfère Napalm Death. Par exemple, le riff du début « Cesspits » me cause vraiment. Ces passages aux excellents riffs accrocheurs sont légions mais trop courts et dominés par le chaos et la brutalité. Et ça me frustre un peu. Ce n’est pas nouveau mais je n’ai jamais compris pourquoi ils n’exploitent pas mieux ces riffs groovy. Ils le faisaient davantage sur Enemies of the Music Business par exemple.

Avec Apex Predator – Easy Meat, ils semblent avoir opté pour la vitesse et le déchainement implacable de leur grind/death. C’est aussi assez technique et difficile à suivre ce qui les rend parfois assommant comme avec « Smash a Single Digit ». Dans « Bloodless Coup » les hurlements de Mitch Harris rendent le truc complètement dingue, barge et tordu. Si c’est moins varié qu’Utilitarian, il y a aussi quelques moments de relative accalmie et des variations de tempo qui font du bien aux oreilles. « How the Years Condemn » met bien en avant la basse de Shane et la batterie de Danny pour apporter une autre forme de tension, plus subtile. Barney développe brièvement une ligne de chant différente dans « Timeless Flogging ». Idem dans « Dear Slum Landlord... » qui est probablement le titre le plus lent du disque. Intéressant. Et puis il y a surtout « Hierarchies » qui est tout simplement terrible. Il y a une vibe punk hardcore dans la musique et puis une surprise comme à chaque album : cette fois c'est un refrain en chœurs masculins et un solo thrash réalisé par John "Bilbo" Cooke, leur guitariste de tournée. Dès qu’ils sortent vraiment de leurs patterns habituels, ça devient vraiment cool.

Comme nous le disait Barney, il ne faut pas essayer d’analyser « scientifiquement » la musique de Napalm Death. Je rajouterais qu’il faut l’expérimenter. Pour les oreilles non-averties, ce sera juste du bruit qui a d’autant moins d’intérêt qu’on ne comprend guère les paroles. Pour les fans, ce ne sera que pur régal d’entendre un tel déchainement intelligent. Dans une récente interview, Barney confiait être étonné (amusé même) parce que Napalm Death n’a jamais autant vendu de disques que maintenant alors que leur musique est plus radicale et extrême que jamais. Il n’y a rien d’étonnant à ça, mec ! Napalm Death est resté sincère, honnête et totalement dévoué. Ils n’ont jamais arrêté et jamais perdu la flamme. Que vous le vouliez ou non, cela s’entend et l’auditeur un peu exigeant ne s’y trompera pas. Napalm Death est loin d’être le groupe le plus facile d’accès. Et ce dernier né peut-être encore moins que les autres. Mais pour qui se donne la peine de vouloir apprécier de l’art exigeant et intransigeant, Napalm Death reste un must.

Tracklist :

1. Apex Predator - Easy Meat
2. Smash a Single Digit
3. Metaphorically Screw You
4. How the Years Condemn
5. Stubborn Stains
6. Timeless Flogging
7. Dear Slum Landlord...
8. Cesspits
9. Bloodless Coup
10. Beyond the Pale
11. Stunt Your Growth
12. Hierarchies
13. One-Eyed
14. Adversarial / Copulating Snakes 
 
Chroniqué par : VANARKH
 
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