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Date de sortie : 07/01/2014

Style : Grindcore / Death Metal

Pays : Etats-Unis


Note : 16/20
Nausea
“Condemned to the System”

On ne parle pas assez de grindcore sur Rock n’ Balls.com. Voici une chronique qui devrait compenser cette lacune de la meilleure des façons. Et pour cause, Nausea renvoit directement à deux piliers du genre, des fondateurs en fait, à savoir Napalm Death et Terrorizer.

Une précision préalable s’impose. Plusieurs groupes portent le patronyme de Nausea. L’un d’eux est le groupe anarcho-punk New-Yorkais qui a été actif de 1985 à 1992 et qui a notamment compté en son sein la chanteuse Amy Miret (l’ex-femme de Roger d’Agnostic Front) et le batteur Roy Mayorga (ex-Soulfly, Stone Sour, etc.). Inspiré par Discharge, Crass et Amebix, ce groupe fut un précurseur du crust made in US. Jello Biafra a d’ailleurs contribué à le réhabiliter via des rééditions sur son label Alternative Tentacles. Pour rappel, le crust, c’est du punk brut, sale, bruitiste mâtiné de fortes influences thrash. C’est donc amusant de constater qu’à la même époque (en 1987) de l’autre côté des Etats-Unis, à Los Angeles, un autre groupe prenait le même nom pour jouer du grindcore, soit la déclinaison la plus extrême du punk et du crust.

Le groupe qui nous occupe ici, n’est pas le Nausea de New York mais bien le Nausea de Los Angeles. On parlait de Terrorizer comme influence pour Nausea, en fait, on pourrait presque dire que l’inverse est vrai aussi. A l’origine, Terrorizer a été créé (aussi en 1987 !) par Pete Sandoval (ex-Morbid Angel), Jesse Pintado (ex-Napalm Death, RIP), Alfred "Garvey" Estrada (ex-Nausea) et Oscar Garcia au chant et à l’autre guitare. Ce dernier avait aussi fondé Nausea avec Eric Castro (batterie). Pour leur grand come-back, ils ont été rejoints par Alejandro Corredor à la basse (et au mix/mastering) et par Leon del Müerte (Impaled, Murder Construct) à l’autre guitare. Un vrai gang de latinos à l’instar de Burjeria ou Asesino avec lesquels ils partagent aussi une certaine esthétique de la brutalité.

Les liens avec Terrorizer sont encore plus forts puisqu’en réalité, le premier album de Terrorizer, le cultissime World Downfall, contient 4 morceaux initialement écrits par Oscar Garcia pour Nausea (« Need to Live », « Condemned System », « World Downfall » et « Corporation Pull-in »). Il suffit de regarder la tracklist du split Terrorizer / Nausea sorti en 1988 pour voir à qui attribuer quel morceau…

Tout cela pour dire que Nausea, ce ne sont pas des petits bleus débarqués de nulle part. Ils pratiquent un style de musique qu’ils ont contribué à inventer. Mais leur carrière n’a rien d’exemplaire comme celle de Napalm Death. C’est assez chaotique. Ils ont splitté en 1994, se sont reformé en 2001 et c’est seulement en 2014 que l’on a enfin droit au 2ème album de leur discographie. Ils ne sont pas très productifs ces gars-là… J’aurais même tendance à dire que ce sont des gros fainéants. Ou des musiciens peu inspirés, au choix. Et pour cause, leur "nouvel" album Condemned to the System comprend 2 morceaux (« Does God Need Help? » et « Absence of War ») issus de leur démo Control datant de 2002. Trois titres (« Freedom of Religion », « World Left in Confinement » et « Condemn Big Business ») se trouvaient déjà sur la démo Who Would Surrender? de 2003. Deux autres encore (« Cries of Pain » et « Fuck the World ») viennent de la demo Images of Abuse de 2006. Si l’on ajoute à ce petit calcul le morceau « Corporation Pull-In » extrait du World Downfall de Terrorizer (mais qui était au départ une compo de Nausea si vous avez bien suivi), il ne reste que trois vrais nouvelles compositions ! Un peu maigre pour les aficionados qui avaient acquis toutes les démos et splits. Comme il y a fort à parier que de tels fans se comptent sur les doigts d’une main, tout rassembler en un seul disque a du sens. D’autant plus que la qualité est au rendez-vous.

La qualité des titres est homogène et ne laisse pas transparaitre différentes époques de composition. C’est surtout le gros son qui met Nausea à son avantage sur ce Condemned to the System. C’est bien meilleur et plus puissant que la bouillasse de leur premier album Crime Against Humanity en 1991. Dès le premier morceau « Freedom of Religion », les vocaux de Garcia font inévitablement penser à ceux de Mark "Barney" Greenway de Napalm Death. A l’une ou l’autre reprise (« Does God Need Help? » et « And We Suffer »), Nausea insère une voix bien plus hurlée. De la même façon que Napalm Death devrait faire chanter Mitch Harris beaucoup plus souvent, je trouve que Nausea devrait utiliser ces autres vocaux un peu plus souvent car cela apporte de la nuance.

Puisqu’on en parle, les nuances sont très minimes (on est dans le grind bien gras) mais pas absentes. Un solo dans « Hate & Deception », un break hyper entrainant avec un riff bien mis avant « World Left in Confinement » ou un passage plus thrash dans « Fuck the World » aèrent un tantinet la baston générale. La plupart des titres fait entre 2 et 3 minutes de brutalité et de violence. En grattant par-delà cette sauvagerie et l’accordage très très très bas, on déniche toujours des riffs intéressants (« Cries of Pain ») ou des intonations plus death (« Falsely Accused », « And We Suffer ») évoquant les premiers Cannibal Corpse.

Eric Castro cogne dur et vite. Il s’acharne beaucoup trop sur la caisse claire à mon goût. C’est pourquoi je préfère quand la batterie est moins casserole et se fait plus roulante et massive comme dans l’intro de « Fuck the World » et de « Absence of War ». Ce dernier titre est d’ailleurs le meilleur morceau.

Pour expliquer ce que l’on disait au début, le grindcore rejoint le punk et le crust surtout au niveau de l’esthétique (la pochette de Condemned to the System rappelle les collages dadaïstes de Crass) et des idées (féminisme, droits des animaux, anti-racisme, anti-guerre, etc.). Nausea ne déroge pas à la règle. Il y a un vrai propos politique et engagé. Les paroles sont certes difficilement compréhensibles mais les titres des chansons sont savoureux et témoignent à eux seuls du propos radical et contestataire. La religion en prend évidemment pour son grade mais c’est la société de consommation (« World Left in Confinement ») et surtout le monde ultralibéral qui attise la colère de Nausea. "Les grosses entreprises ne voient que le profit et les travailleurs qui se crèvent le cul pour elles ne sont que des numéros" (« Cries of Pain »). Le constat est identique dans « Condemn Big Business » qui dépeint le monde impitoyable des grosses entreprises. C’est d’ailleurs très intéressant de noter qu’en 1988 Oscar Garcia et Terrorizer tenaient déjà un tel discours avec « Corporation Pull-In ». "L’économie de cette nation (les USA) soutien le "big business" qui ne pense qu’à prendre le contrôle et faire du profit, au détriment des consommateurs; les riches sont encore plus riches et les pauvres restent pauvres". Un propos visionnaire et malheureusement encore tellement d’actualité. C’est défouloir et jubilatoire d’entendre ça dans la bouche d’américains.

Avec Condemned to the System, Nausea a tout en main (y compris le soutien d’un label spécialiste du genre) pour rattraper le temps perdu et réclamer le statut légendaire qui leur appartient légitimement.

Tracklist :

1. Freedom of Religion
2. Does God Need Help?
3. World Left in Confinement
4. Cries of Pain
5. Hate & Deception
6. Corporation Pull-In
7. Fuck the World
8. Falsely Accused
9. Condemn Big Business
10. And We Suffer
11. Absence of War

 


 
Chroniqué par : VANARKH
 
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