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Date de sortie : 11/09/2012

Style : Rock Progressif

Pays : USA


Note : 17/20
Neal Morse
“Momentum”

Ah elle fait du bien, celle-là ! Neal Morse, je dois l’avouer, est un artiste que j’ai toujours beaucoup apprécié, tant au sein de Spock’s Beard qu’en solo ou dans ses autres projets, dont le fantastique Transatlantic. Du coup, j’ai sans doute été parfois coupable d’une certaine complaisance à son égard, feignant d’ignorer (ou minimisant) ses bondieuseries d’une niaiserie absolue ou, plus généralement, ses réalisations en demi-teinte. Morse représente tellement le prog à lui seul que je ne parvenais pas à lui en vouloir. Mais enfin, avec le recul, j’admets que cela fait un certain nombre d’années que l’homme ne m’a plus vraiment emballé. Morse est le genre d’artiste qui ne se vautrera jamais totalement, il est trop malin et talentueux pour ça. Mais au lieu de se contenter d’une qualité de bon ton, il faut exiger plus de ces gens qui sont capables de merveilles quand ils le veulent. Cette exigence se voit aujourd’hui satisfaite avec la sortie de Momentum, qui porte remarquablement bien son nom et qui est sans doute le meilleur disque de l’Américain depuis ? (2005) au moins.

Entouré de ses fidèles lieutenants Randy George (basse) et Mike Portnoy (batterie), Morse nous livre avec Momentum un festival de musique progressive, retrouvant la gnaque, l’ambition et l’inspiration de ses meilleures heures. Contrairement à nos habitudes, concentrons-nous avant tout sur le titre final de ce disque, « World Without End ». Avec pas moins de 33 minutes au compteur, voilà sans nul doute LE plat de résistance de cet opus. Avec son talent et son expérience, Morse nous fait franchir aisément l’obstacle de la durée par un sens de la composition parfait, mêlant thèmes récurrents (servant de fil rouge), mélodies fortes, parenthèses folles et/ou démonstratives (très joli solo de basse de George dans le dernier quart), passages lyriques et entraînants, respirations et bien sûr un finale héroïque (il est attendu mais, franchement, quelle autre fin donner à une telle pièce ?). Ce pavé de prog pur jus, qui aurait pu servir de base à un titre épique de Transatlantic (c’est flagrant sur certaines parties), est un vrai joyau. La richesse est inouïe, l’interprétation intouchable et, de surcroît, on ne perd jamais le fil grâce à un brassage d’éléments jamais superflus, des contrepoints incessants (la légèreté désuète de « The Mystery «  fait suite à la menace groovy de « Losing Your Soul », par exemple) et un agencement de main de maître. Bref, « bluffant » n’est pas un vain mot tant ce morceau réjouissant est un sommet de musique progressive.

Assez logiquement, les autres titres pâtissent de la qualité de leur monstrueux aîné. C’est qu’il n’est pas aisé d’exister à côté d’un titre d’une demi-heure ! Si la très gentille ballade « Smoke and Mirrors » ne manquera pas de donner de l’urticaire à certains (l'apparition de claviers cheesy et de violons n'aide pas !) et qu’un « Momentum » enlevé et efficace n’en demeure pas moins un peu en retrait, il serait pourtant dommage de passer à côté des autres titres. Morse propose ainsi un surprenant cinquième volet à la suite « Thoughts » de Spock’s Beard (mais il manque les parties trois et quatre, comprendra qui pourra !), où l’on retrouve toute la splendeur du Spock’s Beard de l’époque The Kindness of Strangers (1998) ou Day for Night (1999). Morse y livre une composition vocale surprenante et complexe, et tous les instruments sont à la fête. Excellent moment ! « Weathering Sky », s’il est plus doux, n’en demeure pas moins remarquablement inspiré sur le plan mélodique, tandis que le décalé « Freak », seul titre parlant de religion sur ce disque (et encore, de façon détournée, puisqu’il évoque une espèce de SDF se prenant pour Jésus !), est lui aussi à la fois ambitieux, inspiré et entêtant.

Par le plaisir transmis, par l’ambition et par l’inspiration, Momentum renoue donc avec les meilleures œuvres de Neal Morse (en cela compris celles de Spock’s Beard). Moins niais car moins imprégné de religion, ce disque rassemble la plupart des qualités qui ont fait la renommée de Morse. Ce dernier incarne plus que jamais le rock progressif (davantage encore que son acolyte Mike Portnoy, auquel ce style musical est pourtant plus volontiers associé), tout ce qu’il produit sonnant invariablement comme du prog pur jus. Ce ne sont pas les constructions vocales alambiquées ni les sons de clavier vieillots et kitsch qui me contrediront ! Mais, je l’ai dit, Momentum doit être considéré au-delà de sa forme – irréprochable – car ce qui compte réellement, ce qui fait la différence, c’est le plaisir qu’a éprouvé le groupe à concevoir ce disque et qui est parfaitement transmis à l’auditeur. En sortant d’une certaine routine, en se lançant de nouveaux défis, Neal Morse vient, je pense, de se réconcilier avec tous ses détracteurs (mais étaient-ils vraiment nombreux ?).

 

Tracklist :

1. Momentum
2. Thoughts (Pt. 5)
3. Smoke and Mirrors
4. Weathering Sky
5. Freak
6. World without End
  a/ Introduction
  b/ Never Pass Away
  c/ Losing Your Soul
  d/ The Mystery
  e/ Some Kind of Yesterday
  f/ World Without End


 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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