;






Date de sortie : 11/11/2016

Style : Rock multifacette

Pays : USA


Note : 15/20
Neal Morse
“The Similitude of a Dream”

Il n’est pas étonnant que Neal Morse soit cul et chemise avec son batteur Mike Portnoy depuis tant d’années : les deux hommes partagent en effet la même énergie créatrice dévorante. Même si Morse n’a aucune chance d’égaler le rythme de l’ex-Dream Theater, qui enchaîne tant de projets différents qu’on le suspecte d’avoir été cloné, sa discographie est néanmoins devenue particulièrement foisonnante et complexe. A titre d’exemple, signalons que le line-up qui évolue sur le disque dont il est question dans cette chronique s’est déjà retrouvé aux côtés de Neal Morse dans pas moins de trois groupes différents, Neal Morse, Morse Portnoy George et donc The Neal Morse Band. Ceci à l’exception de l’incroyable guitariste Eric Gillette, petit nouveau dans la « famille » Morse et dont la personnalité musicale est si forte qu’elle justifiait à coup sûr la création d’un nouveau patronyme de groupe pour partir sur de nouvelles bases. Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse : on reconnaîtrait entre mille les disques de Neal Morse. Depuis ses années Spock’s Beard jusqu’à l’excellent The Grand Experiment publié en 2015, l’homme est devenu une référence en matière de rock progressif, et le même constat s’applique à ses acolytes. L’importance du collectif se voit d’ailleurs encore renforcée sur cette dernière livraison, puisque non seulement les musiciens ont-ils à nouveau composé ensemble, mais tous (sauf le bassiste Randy George) ont également vu leur participation au chant augmenter, pour un résultat plus ambitieux et bombastique que jamais.

« Ambitieux », le projet l’est à tous points de vue. D’une richesse inouïe  sur les plans musical et vocal, The Similitude of a Dream se présente comme un double album-concept de près de deux heures, vaguement inspiré du Voyage du pèlerin, conte allégorique écrit par l'Anglais John Bunyan dans la seconde moitié du 17e siècle, et dont les thématiques n’ont pu que parler au born again christian qu’est Neal Morse. Visiblement, il y a eu des discussions plutôt animées entre ce dernier et Portnoy concernant la décision d'étaler cet album sur deux disques au lieu d'un, Portnoy plaidant initialement pour la seconde option. En dépit de la qualité et de la diversité de la musique, ainsi que du talent des acteurs, il faut admettre que le combat du batteur était justifié : digérer deux fois une heure de musique progressive et d’une densité parfois impressionnante n’est pas chose aisée…

Avec The Grand Experiment et l’intégration d’Eric Gillette, nous avions déjà constaté que le gang avait franchi un cap, élargissant davantage ses influences. A cet égard, The Similitude of a Dream pousse le bouchon encore plus loin. Prog (bien sûr), rock, metal, jazz, pop, country (!) : le groupe explore tout cela et plus sur ce disque ébouriffant. C’est bien simple, à ce rythme, on ne s’étonnera pas de le voir se lancer dans des brûlots hardcore ou ska d’ici un an ou deux (je plaisante… ou pas ?). Après une mise en bouche douce et lumineuse, typiquement « Morsienne » (« Long Day »), le quintet déroule son programme dans une intro instrumentale de haut vol (le jeu de Portnoy, en particulier, est phénoménal), véritable kaléidoscope de genres. La suite prouvera définitivement les brusques changements d’humeur de la bande : de la ballade délicate (« The Dream », « Breath of Angels ») aux titres lourds et décalés (excellent tout autant que surprenant « City of Destruction », le metal « Draw the Line », en partie chanté par Portnoy, comme par hasard), du choral (« Makes No Sense ») à la pop ludique (« The Ways of a Fool », à la fragrance 60’s évidente). Et le second disque n’atténue aucunement l’entreprise de diversification : morceaux instrumentaux particulièrement touffus (« The Road Called Home », le démentiel « The Battle ») parfaitement équilibrés par des plages pop tout en rondeurs et en accroche (« Shortcut to Salvation », « Freedom Song » aux accents carrément country), titres plombés (« Confrontation », le classic rock « The Man in the Iron Cage » dont le riff principal pourrait avoir été écrit par Deep Purple !) ou encore pavés épiques (le conclusif « Broken Sky/Long Day (Reprise) », qui rappelle tous les motifs mélodiques de l’album). Et dans le rôle de la compo décalée, il y a « The Mask », largement dominé par le piano de Hubauer avant que Morse n’y greffe dans les dernières encablures une partie chantée originale.

Bref, The Similitude of a Dream est plus qu’un « disque de prog », c’est une vaste synthèse de tout un spectre musical prouvant aussi bien la culture musicale des musiciens que leur talent à en restituer les caractéristiques diverses et variées. La virtuosité, familière mais qui parviendra encore à étonner les plus blasés d’entre vous (ce long solo jazzy de Gillette sur « The Slough », époustouflant), ne prend toutefois jamais le pas sur ce disque dont le maître-mot est « mélodie ». Le groupe fait en effet preuve d’une imagination folle dans ses thèmes mélodiques, y compris sur le plan vocal. Certes, tous les chanteurs qui s'expriment ici n’ont pas le timbre de Neal Morse (Portnoy est moyen, et un autre que je ne parviens pas à identifier possède une belle technique mais un timbre peu séduisant), mais l’ambition et le plaisir déployés sur certains titres protéiformes (« Back to the City », « Slave to Your Mind », « Sloth ») annihilent tout effort de sévérité dans cette critique. Et pourtant, force est d’admettre que The Similitude of a Dream ne tutoie pas les sommets de la discographie de Neal Morse. A vrai dire, il se révèle même moins marquant que son prédécesseur The Grand Experiment, en définitive. Ce n’est pas que l’album soit plombé par de mauvaises chansons, loin s'en faut (seuls « So Far Gone » et « I’m Running » n’ont rien de spécial, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont ratés). Il est simplement « trop ». Trop ambitieux, trop dense, trop diversifié. Même les plus grandes qualités de ce disque finissent par lasser au bout de près de deux heures d’écoute exigeante. Cet album échoue là où Snow (le dernier disque de Spock’s Beard sur lequel est apparu Neal Morse, en 2002) avait si brillamment réussi : une ambition incroyable, mais exprimée dans une forme globalement légère et digeste. Mais que cette conclusion ne démotive personne car soyons clair : la dernière (grosse) galette des virtuoses américains reste très largement supérieure au niveau moyen des disques de prog actuels ! La prochaine fois, Neal, écoute davantage ton batteur, il est de bon conseil…


Tracklist :

DISQUE 1

1. Long Day

2. Overture

3. The Dream

4. City of Destruction

5. We Have Got to Go

6. Makes No Sense

7. Draw the Line

8. The Slough

9. Back to the City

10. The Ways of a Fool

11. So Far Gone

12. Breath of Angels


DISQUE 2

1. Slave to Your Mind

2. Shortcut to Salvation

3. The Man in the Iron Cage

4. The Road Called Home

5. Sloth

6. Freedom Song

7. I'm Running

8. The Mask

9. Confrontation

10. The Battle

11. Broken Sky / Long Day (Reprise)



À ÉCOUTER EN PRIORITÉ : "Overture", "City of Destruction", "The Slough", "Freedom Song"

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
RETOUR
+ DE LIVE REPORTS

16-06-2016
  TREMONTI + MAN THE MIGHTY + CROBOT
Theater (Heerlen, NL)

30-05-2016
  KORN / BEYOND THE BLACK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

20-02-2016
  SYMPHONY X / MYRATH / MELTED SPACE
Biebob (Vosselaar, BE)

14-02-2016
  DAGOBA / LIGHTMARE
L'Entrepôt (Arlon, BE)

 

30-12-2015
  MONARCH / BIRUSHANAH / ORNA
Magasin 4 (Bruxelles, BE)

17-11-2015
  SLAYER / ANTHRAX / KVELERTAK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

11-11-2015
  VREID / KEEP OF KALESSIN
Kultur Fabrik (Esch-sur-Alzette, LU)