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Date de sortie : 30/09/2016

Style : Rock Progressif

Pays : Suède


Note : 12/20
Opeth
“Sorceress”

La pochette de Sorceress, signée du légendaire Travis Smith, est splendide.

J’avais envie de commencer cette chronique sur une note positive, voilà qui est fait. Car, vous l’aurez compris, les louanges ne seront pas légion dans ce qui suit…

La réorientation stylistique décidée par Opeth en 2011 avec Heritage n’a pas fait que des heureux, c’est un doux euphémisme. Je figure hélas parmi la cohorte de déçus. Je suis certes un fan de longue date, mais il serait injuste de croire que c’est la transformation du groupe en tant que telle qui a provoqué un blocage. Car, tous les vieux fans des Suédois le savent, pour apprécier Opeth, il ne faut de toute façon pas être frileux, son parcours comportant, de tout temps, bon nombre d’évolutions et de prises de risque. Son côté insaisissable a toujours fait partie de son charme, comme l’illustre par exemple le succès du projet intimiste Damnation (2003). Dire que certains abandonnent Opeth par refus du changement ne tient donc tout simplement pas debout. Si Mikael Åkerfeldt et ses sbires nous ont perdus, c’est simplement parce que le virage effectué en 2011 pose encore et toujours question, cinq ans plus tard.

Avec Pale Communion (2014), j’avais déjà noté que les trois années de gestation de ce disque avaient permis à Opeth de mieux définir son nouveau style, encore hésitant sur Heritage. Dès « Sorceress » qui ouvre ce disque éponyme, on se rend compte qu’en réalité, la mue n’est pas encore achevée. Certains y verront un désir d’évolution permanente, une liberté artistique louable. Pour ma part, j’y vois plutôt un inconfortable manque de repères, une impression que le groupe ne parvient pas à atteindre le but qu’il s’est fixé, à transformer un concept théorique en réalité, et que chaque album est une nouvelle tentative incomplète. « Sorceress » est un titre étrange, empreint de références évidentes aux ‘70s (LA marque essentielle du changement de cap opéré en 2011), notamment via les claviers lourds et mystérieux, mais sur lequel des rythmiques dures et syncopées font surface. Ou comment Opeth tente de marier ses racines à ses inclinations plus récentes. Même rencontre entre passé et présent sur « Era » qui, pas davantage que « Sorceress », ne laisse d’empreinte forte.

Car le malaise est bien là, et il ne s’est pas atténué depuis Heritage : les chansons suscitent une sensation d’étrangeté et d’indifférence, comme un délire égoïste dans lequel on ne parvient pas à entrer. Chaque titre ou presque pourrait servir d’exemple à ce drôle de feeling. « The Wilde Flowers » est certes aventureux et inclassable, mais le groupe ne partage rien avec son public, on observe ce titre de l’extérieur, avec curiosité mais à distance. « The Seventh Sojourn », titre à 90% instrumental, joue comme souvent avec des influences arabisantes. Intimiste mais mou, original mais fermé, il ne s’y passe pas grand-chose, on ne comprend pas ce que recherche le groupe et on reste totalement insensible à l’ambiance qui est produite. Même rythme décousu, même développement laborieux sur le bien-nommé « Strange Brew », à la fois ambiant et progressif… et aucun des deux, au final. Paradoxe : alors que Åkerfeldt s’améliore en tant que chanteur sur chaque nouvelle sortie de son groupe, les mélodies vocales sont de moins en moins marquantes, ce phénomène étrange culminant sur Sorceress ! Le chant n’est en réalité qu’un symptôme d’une réalité plus bizarre encore : Opeth a objectivement progressé (style plus singulier, intégration de musiciens exceptionnels, etc.), mais souffre aujourd’hui d’un vrai problème de transmission, comme si progrès et repli sur soi avaient été des processus concomitants. Malgré des qualités décuplées, les Suédois ne parviennent plus à partager une émotion ou une atmosphère (« A Fleeting Glance »). Cruel paradoxe si l’on se souvient que Damnation avait brillamment remporté la mise sur ces plans-là malgré (ou grâce à ?) une forme nettement plus dépouillée ! Même sur l’acoustique « Will o the Wisp », où Opeth décide enfin de réduire son propos à l’essentiel, on reste sur une impression mitigée, nos amis de Stockholm n’adoptant pas les références folk ‘70s avec bonheur. Pour un résultat une fois encore imperméable et terriblement peu emballant.

En définitive, les vrais bons moments ne sont ici qu’au nombre de deux. « Chrysalis » parvient enfin à jeter un pont entre hier et aujourd’hui, associant riffs, rythmique soutenue (encore) et inclination progressive (beaux passages solo) à une patine ‘70s et des sons de clavier archétypaux (visez les crédits de l'album, Joakim Svalberg a sorti l'attirail complet), dans une harmonie heureuse. Ce mariage est réussi car il conserve une dynamique fiévreuse et une ambiance mystérieuse, alors que la plupart des autres titres sont opaques, un peu lâches et ennuyeux. Sur un mode plus mineur, signalons « Sorceress 2 », court titre acoustique sur lequel Åkerfeldt use d’une voix de tête tout en nuance. Intéressant, troublant et touchant à la fois, mais évidemment insuffisant pour faire oublier tout le reste.

Sorceress est à la fois le disque le plus abouti de cet Opeth new look, dans son adoption d'une forme nouvelle, qui plus est en réalisant quelques mariages réussis avec des référents du passé, mais aussi le plus insaisissable, hermétique et froid. Plus que jamais, je me suis senti « exclu » de compositions qui, quoique joliment mises en forme et exécutées avec brio par des musiciens de haut vol, consacrent une forme d’élitisme musical égoïste et austère. Les Suédois ont beau s’envelopper de plus en plus d’un voile ‘70s, ils n’ont pas saisi toute la générosité et la symbiose entre artiste et auditeur caractérisant cette décennie musicale en or. Opeth a toujours été un « curieux animal », la différence étant qu’aujourd’hui cette expression n’a plus guère de connotation positive, à mes yeux. Et lorsque je me remémore certains des disques formidables publiés jusqu’en 2005, il m’est difficile de contenir une petite vague à l’âme…


Tracklist :

1. Persephone

2. Sorceress

3. The Wilde Flowers

4. Will o the Wisp

5. Chrysalis

6. Sorceress 2

7. The Seventh Sojourn

8. Strange Brew

9. A Fleeting Glance

10. Era

11. Persephone (Slight Return)



À ÉCOUTER EN PRIORITÉ : "Chrysalis", "Sorceress 2"

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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