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Date de sortie : 13/01/2017

Style : Metal Progressif

Pays : Suède


Note : 15/20
Pain of Salvation
“In the Passing Light of Day”

Petit flash-back : lorsque Pain of Salvation publie Remedy Lane en 2002, il est LA nouvelle référence du metal progressif. Ses quatre opus publiés à ce jour suivent un crescendo qualitatif qui paraît irrésistible. Les Suédois ont tout pour eux : originalité, mélodies, technique, accroche, chant exceptionnel et maîtrise déroutante. Mais le public découvre alors qu’il y a un revers à cette médaille. En effet, tel un enfant surdoué, ce groupe est brillant mais s’ennuie vite, à l’image de son imprévisible chanteur (et multi-instrumentiste) Daniel Gildenlöw. Soudain mal à l’aise avec l’étiquette « prog », il plonge alors brutalement dans une longue période d’expérimentations en tout genre, entre ambition boursouflée et prétention intello (BE, 2004), métissages et dénaturations (Scarsick¸2007), et passéisme ’70 (les deux volets Road Salt, 2010 et 2011). Comme souvent, cette période de remise en question permanente a été marquée par des publications de qualité variable et par le départ du line-up originel, laissant Gildenlöw seul aux commandes, ce qui constitue d’ailleurs un problème à part entière.

Surprise, en l’an de grâce 2017, PoS semble être enfin sorti de sa longue période de doute, prenant conscience que, finalement, les labels « metal » et « progressif » font bel et bien partie de sa nature profonde. Je vous vois venir : oui, on aurait pu déjà le leur dire il y a quinze ans, épargnant ainsi à tout le monde ce long passage à vide. Mais vous savez ce qu’on dit, il faut laisser à un artiste la liberté d’expérimenter et de trouver par lui-même sa « voie ». Dans le cas de Daniel Gildenlöw, ce travail prend même une tournure psychologique fascinante, puisque la genèse et le concept de In the Passing Light of Day sont intimement liés à ce que le frontman a vécu en début d’année. L’homme a en effet passé neuf semaines à l’hôpital, cloué au lit et souffrant d’une fasciite nécrosante (une infection bactérienne « mangeuse de chair », qui avait également accablé le guitariste Jeff Hanneman de Slayer peu avant sa mort) qui a bien failli lui coûter la vie. On ne s’étonnera donc pas que cette période de douleur, de peur, de faiblesse physique et de frustration ait amplement nourri le concept de cet album, mais aussi son orientation stylistique nettement plus dure. A cet égard, « On a Tuesday », qui ouvre l’opus, est le titre le plus musclé du groupe depuis très longtemps. Complexe et virevoltant, il comporte des mélodies vocales originales, entre brusques changements de registre et mélodies accessibles décochées dans un virage. Musicalement, cette compo souffle le chaud et le froid, entre éruptions plombées et mélodies susurrées, avant un finale crépusculaire et mélancolique du plus bel effet. Il n’aura fallu que dix minutes pour comprendre que Gildenlöw avait beaucoup de choses à exprimer, et ce n’est là que l’apéritif…

Dans le registre saturé, PoS persiste et signe via l’enchaînement « Full Throttle Tribe » / « Reasons ». Le premier, tout en rythmes syncopés et en contretemps, permet à Gildenlöw de faire montre de son talent vocal pour le moins versatile, qui est à la fois un atout (car c’est original) et une faiblesse (quelques mélodies superbes au milieu de sections ni accessibles ni marquantes). Le second fait basculer le groupe du mauvais côté de cette fine ligne sur laquelle il aime danser. L’argument rythmique est ici plus prédominant que jamais, le groupe épousant parfois des riffs et une scansion vocale proches du neo metal. Passé l’étonnement, impossible de rentrer dans cet exercice formel agaçant. Ce caractère original farouchement défendu, cet iconoclasme quelque peu forcé continue d’affaiblir les Suédois par-delà toutes leurs qualités. On le remarque dès l’entame de l’album en entendant cette production certes personnelle mais franchement pas terrible, qui pénalise surtout la batterie, à la fois puissante et au son étouffé. Des choix sonores qui font penser à ceux opérés sur le diptyque ’70 Road Salt. Le propos développé par le quintet suit trop souvent la même tendance, entre expérimentations ostensibles et talent mal canalisé. C’est ce qui explique l’impression mitigée laissée par « Tongue of God », malgré toutes les armes déployées par le groupe : riffs lourds, mélodies fines et complexes, organicité revendiquée,… Même malaise sur les drôles de bestioles que sont « Angels of Broken Things », titre sans grand relief et sur lequel Gildenlöw laisse libre cours à ses expérimentations sans impliquer son public, et « If This Is the End », partagé entre une première partie « intimiste » où il ne se passe pas grand-chose (si ce n'est de nouveaux susurrements crispants de Gildenlöw), et une seconde nettement plus énergique et ouverte. Le court exercice piano/chant « Silent Gold », quant à lui, est certes joli mais nous fait prendre conscience qu’il y a quelques années, les Suédois parvenaient à y convoquer bien plus d’émotion…

L’assujettissement des ambitions instrumentales et émotionnelles à ce côté forcé, peu authentique voire infatué du groupe, continue donc de donner l’impression qu’il joue pour lui-même et cherche en vain une voie alliant anciennes et nouvelles sensations. Heureusement, quelques compositions permettent tout de même de profiter de l’immense talent de Pain of Salvation, lorsque les étoiles sont enfin alignées. « Meaningless » est ainsi sans doute le meilleur titre du lot, avec sa versatilité extrême, son émotion sincère sur le refrain et son jeu sur les dynamiques et les ambiances. « The Taming of the Beast » est, lui aussi, assez réussi grâce à sa mélodie de claviers simple et efficace. Et enfin, le morceau-titre qui conclut l’album atteint, pour une fois, l’équilibre entre longues plages intimistes et passages plus dynamiques, grâce à des transitions bien plus progressives. De plus, Gildenlöw parvient enfin à faire passer de l'émotion sur les passages calmes, et la mélodie principale, répétée à foison, est charmante. Un morceau original qui n'exigeait peut-être pas d'être étendu sur une telle durée (plus d’un quart d’heure), mais qui a du cachet, une personnalité et une chaleur trop rare sur les autres plages.

Cruelle ironie : alors que ses géniteurs ont enfin tourné le dos aux expérimentations bancales, In the Passing Light of Day provoque, au final, une déception assez semblable. Comme une machine enrayée, le groupe ne parvient pas à renouer avec le cocktail détonant de mélodie, de technique et d'émotion qui caractérisait la première partie de sa carrière. On regrette principalement l'évolution artistique de Daniel Gildenlöw. Tel un Julien Doré du metal, voilà un chanteur qui a sans doute trop de talent et qui donc, pour ne pas s'ennuyer ou pour se donner un genre, ne peut s'empêcher de s'exprimer de façon extrêmement maniérée (changements brutaux de registre, placement complexe, parties parlées, murmurées ou susurrées, usage de tonalités diverses, etc.). Bref l’homme possède une voix fantastique mais il s'en sert désormais à des fins essentiellement techniques et expérimentales qui oblitèrent complètement l'émotion. A sa suite, les musiciens forcent une posture, s'imposent en permanence une approche non conventionnelle qui flirte avec l'artifice. Le résultat, c’est beaucoup de surprises, un côté opaque et imprévisible, mais aussi une perte presque totale du charme et du lyrisme qui faisaient la force des Suédois. Pain of Salvation reste un drôle d'oiseau mais son art me laisse aujourd'hui assez indifférent.


Tracklist :

1. On a Tuesday

2. Tongue of God

3. Meaningless

4. Silent Gold

5. Full Throttle Tribe

6. Reasons

7. Angels of Broken Things

8. The Taming of a Beast

9. If This Is the End

10. The Passing Light of Day



À ÉCOUTER EN PRIORITÉ : "Meaningless", "On a Tuesday"

 
Chroniqué par : MASTEMA
 
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