L’Homme et la Machine
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"L’Homme et la Machine"

Entretien avec Fabrizio « Malfeitor Fabban » Giannese (chant, basse, claviers, programmation & samples)
Interview, traduction et édition par Mastema

 
Aborym est le genre de groupes qu’on aime ou qu’on déteste. Mais quoi qu’on en pense, la formation italienne occupe depuis au moins une dizaine d’années une place essentielle et totalement à part dans la scène black metal. Après des débuts relativement « classiques », le groupe s’est résolument tourné vers l’électronique, sans jamais renier ses racines extrêmes. En résulte un mariage qui en rebute certains, mais qui a le mérite d’être parfaitement maîtrisé et abouti. Aborym pousse sa logique à fond, et Dirty en est la meilleure preuve. Ce disque riche et malsain est vraiment unique en son genre et s’inscrit dans une ère de stabilisation et maturité. Le frontman Malfeitor Fabban a été particulièrement loquace pour évoquer avec nous passé et présent de son groupe, mais aussi et surtout sa vision de l’humanité.

Mastema (Rock ‘n Balls): Avec le recul, quel est ton opinion de Psychogrotesque (2010), un disque qui occupe une place très à part dans la carrière d’Aborym ?

Fabrizio « Malfeitor Fabban » Giannese : J’adore toujours cet album, qui est l’un des plus innovateurs et expérimentaux de notre carrière, et le premier avec Paolo Pieri (note : Hell:I0:Kabbalus) aux guitares. C’est une œuvre bien plus noire et heavy, qui s’éloigne des sensibilités de nos disques précédents comme Generator (2006) ou With No Human Intervention (2003). Je pense que les éléments sombres ont été remplacés par des influences expérimentales metal et électroniques. Cela reste du Aborym mais à un stade ultérieur d’évolution. Nous n’avons jamais aimé nous répéter, et à chaque fois que nos fans s’imaginent pouvoir nous catégoriser, nous prenons plaisir et retirons de la fierté de décevoir leurs attentes… ou pas. Ou de les surprendre, tout dépend de la façon dont tu vois les choses. Certaines personnes apprécient cela plus que d’autres. Personnellement, j’aime vraiment Psychogrotesque... Lorsque j’ai écrit l’histoire – qui a servi de base aux paroles –de Psychogrotesque, j’ambitionnais de créer un album qui ressemble à un film, avec une intrigue, une évolution, des retournements de situation schizophréniques dans des environnements variés. Je voulais me rapprocher d’un cinéma onirique comme celui de Lynch, par exemple. Ça n’a pas été facile car mon but et celui de Hell:I0:Kabbalus était de raconter une histoire via la musique, sans appui de l’image. C’était un sacré défi, mais j’estime qu’on l’a remporté haut la main.

J’ai 33 ans et il est important pour moi d’évoquer des thèmes intéressants, universels, et m’éloigner des merdes habituellement servies aux ados fans de black metal comme Dieu, Satan, la guerre et la mort… L’histoire de Psychogrotesque recèle des thèmes universels, qui nous concernent tous. Elle parle de l’Homme, de ses côtés positifs et négatifs, elle parle de son impuissance totale face au système, à la société. Une société qui ne laisse plus de place à la pensée humaine, qui génère des hordes de psychopathes en série, de narcissiques pathologiques, de coquilles vides, de non-humains ou de « mi-humains », des sociopathes d’origines diverses. Cette histoire parle de la folie, de la vie de ces zombies qui ont été complètement digérés par cette créature qui les a d’abord avalés avant de les recracher sous forme de liquide putride. Le système dans lequel on vit a pour fonction d’assassiner les esprits qui réfléchissent, il les canalise dans un ordre de pensée illogique : le business, l’argent, le succès, l’hédonisme, la recherche de la célébrité et de la visibilité par tous les moyens. Psychogrotesque est l’histoire d’un homme (l’être humain) qui rencontre la folie alors qu’il se retrouve seul dans un hôpital psychiatrique (le monde). Il devient fou justement parce qu’il se retrouve seul face à lui-même. Il se regarde dans le miroir et voit une mouche, une créature détestable, attirée par la crasse, les détritus, par des choses sales.

Aujourd’hui les gens sont incapables de rester seuls car ils sont incapables de savoir qui ils sont. Et cela même s’ils savent qu’ils seront jugés non pas en fonction de ce qu’ils sont réellement mais de l’image qu’ils projettent. Ils mettent en scène le moindre acte, le moindre comportement, et cela afin d’être accepté par les autres. Ils croient tellement en cette logique qu’au bout du compte, ils se persuadent d’être ce qu’ils ne sont pas et ce qu’ils ne seront jamais, et leur vie entière devient une représentation, une mise en scène. Dans notre société prévaut l’image du « soi ». Les mythes de l’image, de la jeunesse et du succès : une société qui se base sur de faux mythes, en rupture complète avec la vraie nature de l’humanité. J’ai même inclus dans l’histoire de Psychogrotesque une partie du sixième chant des Chants de Maldoror [note : œuvre de Lautréamont parue en 1869], simplement pour insister sur l’idée de non-humains par le vertige, la force kinésique, la violence et « l’animalisation ». J’ai rencontré tant de gens dérangés dans ma vie… Le monde est rempli de « Monsieur Personne ».


« J’ai 33 ans et il est important pour moi d’évoquer des thèmes intéressants, universels, et m’éloigner des merdes habituellement servies aux ados fans de black metal comme Dieu, Satan, la guerre et la mort… » (Malfeitor Fabban)

M : Après Psychogrotesque et son concept très travaillé, Dirty est-il également un album-concept, y a-t-il un point commun entre tous les morceaux ?

Malfeitor Fabban : Ce n’est pas un concept en tant que tel, non. Certains morceaux font partie d’un même ensemble, mais Dirty ne forme pas un concept. Nous vivons à une époque où les gens se rendent compte que l’environnement a énormément changé ces dernières années. Les gens, et en particulier la jeune génération, ne sont pas heureux. La plupart d’entre eux sont en colère et déçus par le système, la société actuelle, la politique, les médias, etc. Je dirais que la raison pour laquelle nous avons inventé le mythe de la religion et de Dieu, c’est pour essayer d’accepter le fait que nous sommes mortels et que nous avons tous un paquet de problèmes à affronter chaque putain de jour qui passe. L’alcool, la drogue, le sexe, et on pourrait même citer la culture elle-même, sont des distractions qui nous permettent de ne plus penser à nos problèmes. Ma grande source d’inspiration, ce qui me pousse à écrire des paroles comme celles-ci, c’est la vie quotidienne, les désillusions des gens et une étude détaillée, quotidienne, des gens que je rencontre… qui forment une espèce de pot-pourri de la société moderne. Tout ce qui nous entoure n’est qu’un immense réservoir de merde et de pisse, et cette putain de planète est en train de tomber en miettes. C’est ainsi que je vois les choses…

« Helter Skelter Youth » est tout à fait basé sur ce que je viens de dire, mais également, de façon plus lâche, sur ce que nous faisions en 1992 [note : année où le groupe s’est formé] : se retrouver dans des bagarres, se réveiller défoncés et ivres dans de drôles de lits sordides, l’addiction aux drogues, la biture,… D’une certaine manière, j’ai été inspiré par le mouvement Weather Underground des années ’70 [note : organisation terroriste américaine de gauche radicale active de la fin des années ’60 à 1977, et responsable de plusieurs attentats (sans victime)]. A l’époque, les Etats-Unis étaient secoués par une vaste contestation sociale, souvent assez violente. Le besoin de rébellion contre l’ennemi commun, c’est-à-dire l’empire américain et la politique qu’il menait, a uni des forces divergentes et disparates, allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite [note : ceci est exact, mais ne concernait en réalité qu’exclusivement ou presque des formations d’extrême-gauche, antiracistes et/ou anti-impérialistes]. Des mouvements comme le Weather Underground ou les Black Panthers se sont battus ensemble et ils ont réalisé certaines choses… Je pense que dans certains cas, la violence, cette explosion collective, ont fonctionné et ont produit des résultats [note : mais quel est le rapport avec les bagarres, l’alcool et les drogues dont le groupe a fait l’expérience au début de son existence ?!].

« Raped by Daddy » est un morceau créé sur le thème de Fire Walk With Me du Twin Peaks de David Lynch, et les paroles sont extraites de certains dialogues délirants du film. C’est un morceau traitant du viol répété d’une jeune femme, qui est abusée par ses propres peurs et phobies. Les paroles intègrent, de façon sarcastique, la violence sexuelle et les viols perpétrés par les fameux prêtres pédophiles. Dans cet album, il y a beaucoup de références au sexe et à la sexualité de la génération actuelle… Je pense que le sexe est une des sources principales des problèmes psychologiques des gens, quelque chose qui mène régulièrement à des actes de violence, parfois même au meurtre et à la mort. Le sexe n’est souvent plus une question d’amour mais de « possession », d’instabilité mentale, de frustration…


« Dans notre société prévaut l’image du « soi ». Les mythes de l’image, de la jeunesse et du succès : une société qui se base sur de faux mythes, en rupture complète avec la vraie nature de l’humanité. » (Malfeitor Fabban)

M : Je connais bien Aborym et je dois avouer avoir ressenti une certaine maturité sur Dirty en termes de mélange de metal extrême et de sons électroniques/industriels. C’est comme si le mariage des deux styles avait atteint un niveau de perfection, une association idéale.

Malfeitor Fabban : Merci ! Dirty ne peut être comparé à d’autres albums ou d’autres groupes. Je pense que nous avons atteint un palier important en créant quelque chose de réellement inattendu et de cool, quelque chose qui élargira notre audience et notre base de fans. Parfois quand on se sent inspirés on peut achever un morceau entier en seulement quelques jours, parfois on gaspille une semaine entière à composer un seul riff, sans résultat probant. Au début, ce sont surtout l’inspiration et l’instinct qui jouent, ensuite on commence à construire le reste en ajoutant la batterie, les synthés, les effets, les samples, etc. jusqu’à-ce que tout sonne exactement comme on l’avait imaginé. Dirty a été composé à partir de synthés, en enregistrant des choses directement sur ordinateur, via des fichiers MIDI, etc., et nous avons travaillé ainsi afin d’obtenir l’album d’Aborym le plus bizarre, le plus cool et le plus puissant possible, quelque chose de réellement heavy, fou et innovateur, une œuvre inattendue et choquante. Nous voulions vraiment avoir un son plus froid et moderne, mais en même temps proposer des mélodies et des arrangements étranges, de nouvelles idées et une nouvelle manière de combiner différents styles de musique.

Aborym

M : Le soin apporté au traitement et à l’intégration des sons électroniques est impressionnant. Peux-tu nous en dire davantage sur cet aspect particulier de votre musique ? Comment travaillez-vous les sons électroniques ? Travaillez-vous d’abord sur les riffs pour ensuite intégrer tous les sons additionnels ? Ou font-ils partie de l’équation dès le départ ?

Malfeitor Fabban : Tout d’abord, dans la phase de pré-production des morceaux, nous avons créé toutes les structures dans notre home studio directement sur ordinateur, composé les parties de batterie digitale et étudié les différentes étapes et les structures pour la batterie électronique. Quand tout cela fut défini, nous sommes entrés en studio et Bård [note : Bård Eithun, alias Faust] a enregistré la batterie. Ensuite on s’est occupé de l’édition et de corrections et avons ajouté les structures de batterie électronique, les samples, etc. On a beaucoup travaillé avec des synthés, des séquenceurs et des logiciels comme Cubase ainsi qu’avec différents VST [note : Virtual Studio Technology, des plug-ins audio]. La plupart des morceaux de Dirty ont été composés directement sur ordinateur, via des fichiers MIDI, simplement parce que nous voulions nous assurer que les sons soient « carrés », très froids, avec une nette prédominance des sons industriels. Nous avons travaillé de cette façon pour que l’album tende bien plus vers l’électro et l’industriel.

Une fois les fondements des morceaux réalisés, Paolo a bossé sur les rythmiques et toutes les autres guitares. Ensuite nous sommes passés aux nombreux arrangements, aux samples, aux lignes de synthé additionnelles, aux boucles, à la batterie et au placement du chant. Ça a été l’enfer, mais ça en valait la peine. A plusieurs moments les guitares jouent en même temps que les synthés, comme de vraies rythmiques additionnelles. Je pense par exemple à « Helter Skelter Youth » ou à « Bleedthrough »… Le mixage de Dirty nous a aussi coûté une partie de notre santé mentale et physique… C’était un des mixages les plus difficiles que j’ai connus au cours de ces quinze dernières années. En outre, en post-production, après le mixage, nous avons encore continué avec notre ingé-son Emiliano Natali alors que toute la partie industrielle/électro de l’album était confiée à Marc Urselli [note : qui a bossé entre autres avec Mike Patton, John Zorn et Lou Reed], au Eastside Sound Studio à New York, et à D. Loop (qui faisait partie de Kebabtraume et est aujourd’hui actif dans Limbo et Kirlian Camera). Nous voulions obtenir le maximum en phase de mixage et de post-production, et c’est ce qu’on a obtenu, même si ce fut un putain de cauchemar… [note : et encore, Fabrizio n’a pas mentionné la bibliothèque de sons créée spécialement pour le groupe par R.G. Narchost !]


« Ma grande source d’inspiration, ce qui me pousse à écrire des paroles comme celles-ci, c’est la vie quotidienne, les désillusions des gens et une étude détaillée, quotidienne, des gens que je rencontre… qui forment une espèce de pot-pourri de la société moderne. » (Malfeitor Fabban)

M : L’album est sorti dans une version avec disque supplémentaire. Ce dernier comporte des reprises (de Iron Maiden, Pink Floyd et Nine Inch Nails), des nouvelles versions de quelques morceaux d’Aborym, ainsi qu’un titre inédit. Que peux-tu nous dire sur ce nouveau morceau très original ?

Malfeitor Fabban : « Need for Limited Loss » est un morceau composé par Alberto Penzin de Camera Obscura Two (ex-Schizo) et auquel ont contribué un grand nombre de nos fans qui nous ont envoyé leurs idées et leurs fichiers audio que nous avons intégré dans un seul morceau. Nous voulions impliquer nos fans et nous l’avons fait par le seul biais envisageable pour nous : la musique. Nous avons soumis la structure de « Need for Limited Loss » à Alberto Penzin et il a immédiatement adhéré à l’idée. Il nous a envoyé les lignes de basse, de batterie et de guitare, et nous avons commencé à y ajouter plein de trucs que nos fans nous avaient envoyé : des samples, de courts arrangements, du chant, des paroles… plein de choses différentes. C’est un mélange absurde et schizophrénique. Je pense que la meilleure manière de remercier notre fan base, c’était exactement cela : l’inviter à écrire un morceau avec nous et Alberto Penzin.

Aborym

M : Et les reprises, comment les avez-vous choisies ?

Malfeitor Fabban : Pink Floyd et Nine Inch Nails sont deux artistes fondamentaux pour moi, deux groupes à qui je suis très redevable. Il était donc logique que nous choisissions ces deux groupes pour leur rendre hommage via des reprises, et nous avons choisi de faire revivre « Comfortably Numb » et « Hurt » en les interprétant de la façon la plus fidèle qui soit. Dans le cas de « Comfortably Numb », nous avons même utilisé des amplis, des micros et des instruments vintage afin d’obtenir un son chaud et expressif qui sent bon les années ’70. Ces deux groupes ont une importance incroyable pour moi, je les porte en moi depuis toujours et ils ont changé ma vie. C’était donc une expérience émotionnelle que de reprendre ces deux joyaux de l’histoire de la musique. Concernant la reprise de Maiden [note : « Hallowed Be Thy Name »], eh bien vu les réactions initiales je dirais que nous avons atteint notre but, qui était de provoquer ces fameux « puristes » et tester leur ouverture d’esprit avec une version inattendue et déjantée d’un « classique ». Il ne fallait pas s’attendre à autre chose d’une reprise de Maiden par Aborym (rires). Nous avons interprété le titre trois ou quatre fois plus rapidement, à notre façon, en y imprimant notre style. Certains nous ont détesté pour ça, d’autres ont salué notre courage, mais comme d’habitude l’essentiel était de faire ce qu’on voulait, comme on le voulait.

M : On trouve également sur Dirty bien plus de chant clair et il est évident qu’il ajoute une touche « industrielle » parfaitement cohérente avec votre musique. Te sentais-tu prêt à incorporer davantage de ce type de chant, cette fois ?

Malfeitor Fabban : Je me sens bien derrière le micro et j’ai eu la possibilité de beaucoup chanter et répéter dans mon home studio. J’aime vraiment chanter. J’aimerais introduire davantage de chant clair dans notre musique, ce qui n’empêche d’y appliquer de la distorsion. Cela dépend de la façon dont sonnerons les futurs morceaux, mais je pense que le chant clair occupera une place très importante dans ce groupe et dans notre son. Ce qui compte, c’est que tout ce que je fasse me plaise. J’ai passé beaucoup de temps sur le chant clair de cet album, afin de travailler le placement et ajuster ma voix aux paroles, en respectant bien sûr mon goût personnel en la matière. A vrai dire, tout sort assez spontanément et enregistrer le chant en studio a été une expérience très agréable. Lorsque j’écoute Dirty, je suis conscient d’être dans le meilleur groupe au monde et cela me donne une maîtrise et un sentiment d’invincibilité. Je suis moins impliqué dans la performance instrumentale que par le passé, ce qui me libère énormément. C’est un sentiment fantastique. Globalement on aime le sentiment de nouveauté, dans ce groupe. Je pense que les fans ont parfois du mal à saisir l’excitation qu’un musicien peut ressentir lorsqu’il a la chance d’expérimenter de nouvelles choses. A mon sens, c’est une approche musicale très saine. J’ai atteint un stade dans la vie où je refuse de réaliser le même album à chaque fois, avec les mêmes caractéristiques, les mêmes éléments, le même type de chant, etc.


« Je pense que les fans ont parfois du mal à saisir l’excitation qu’un musicien peut ressentir lorsqu’il a la chance d’expérimenter de nouvelles choses. A mon sens, c’est une approche musicale très saine. J’ai atteint un stade dans la vie où je refuse de réaliser le même album à chaque fois […] » (Malfeitor Fabban)

M : Le line-up de Psychogrotesque officie également sur votre dernier opus. Comment juges-tu la santé de l’équipe actuelle, comment travaillez-vous ensemble ?

Malfeitor Fabban : Le line-up est en parfaite santé. Nous collaborons très bien, les choses se déroulent à merveille, chose que je ne peux pas dire à propos des moutures antérieures du line-up. Les problèmes qu’on a connus étaient liés à de longues périodes marquées par les ténèbres, la drogue, les emmerdes, les incompréhensions. Nous étions une bande de marginaux à la cervelle défoncée. Aujourd’hui nous sommes toujours des marginaux mais avec les idées claires, et nous avons aussi appris à jouer de nos instruments.

M : J’imagine que Faust habite toujours en Norvège, donc comment vous organisez-vous sur le plan pratique ?

Malfeitor Fabban : La distance n’est pas un grand problème car nous sommes constamment en contact via internet, par e-mail, par téléphone, WhatsApp, etc. Lorsque vient le temps d’enregistrer un nouvel album, Bård nous rejoint habituellement à Rome.

M : Pourquoi être passés de Season of Mist à Agonia Records pour la publication de cet opus ? Es-tu satisfait de votre collaboration avec la maison de disques française ?

Malfeitor Fabban : J’ai décidé de changer car je pense qu’il est important de relancer l’enthousiasme… Agonia Records est une plus petite structure que Season of Mist mais ils sont très enthousiastes et ils font du très bon boulot pour Aborym. L’époque actuelle est une des pires dans l’histoire de l’industrie musicale, tous ceux qui baignent dedans s’accordent là-dessus, les artistes comme les maisons de disques. Je pense qu’in fine, on arrivera à une situation où personne ne paiera plus pour de la musique enregistrée. Les gens s’attendront à la recevoir gratuitement, cette mentalité étant déjà très répandue aujourd’hui, les gens se contentant de télécharger la musique. La musique enregistrée deviendra une simple publicité pour les concerts. Je le remarque déjà à l’heure actuelle : les concerts d’Aborym ne cessent d’attirer plus de monde. Les ventes d’albums croissent également, mais pas au même rythme !

M : Si tu es d’accord, j’aimerais qu’on revienne brièvement sur vos quatre premiers opus. Commençons par votre premier album, Kali Yuga Bizarre. Il va sans dire qu’Aborym pratiquait un style bien différent, à cette époque…

Malfeitor Fabban : A nos débuts, j’étais plus ou moins obligé de concevoir des sons, et de trouver notre son, sans pouvoir compter sur du matériel de qualité. Je possédais du matériel vraiment très basique lorsque j’ai commencé, et je ne pouvais pas non plus espérer entrer en studio, pousser les amplis et tester diverses techniques, rien de tout cela. Je me retrouvais donc dans une situation où je devais créer des sons en utilisant des méthodes très spartiates, en utilisant des claviers et des logiciels bas de gamme ainsi que des guitares pourries… C’est de cette époque que date ma familiarisation avec les synthés et quelques techniques d’enregistrement… Kali Yuga Bizarre est sans aucun doute notre premier pas dans l’expérimentation et c’est un disque très authentique, sincère et direct. Je suis très heureux que beaucoup de fans le considèrent comme un album culte…

Aborym

« Les problèmes qu’on a connus étaient liés à de longues périodes marquées par les ténèbres, la drogue, les emmerdes, les incompréhensions. Nous étions une bande de marginaux à la cervelle défoncée. Aujourd’hui nous sommes toujours des marginaux mais avec les idées claires, et nous avons aussi appris à jouer de nos instruments. » (Malfeitor Fabban)

M : Vient ensuite Fire Walk With Us, à mon sens le premier disque majeur du groupe. Comment s’est déroulée la collaboration avec Attila (Mayhem) ?

Malfeitor Fabban : C’était une expérience incroyable, mais parfois difficile car ce n’était pas une mince affaire que de le contrôler lorsque nous prenions des drogues dures. Nous avions besoin de quelqu’un qui nous permette non seulement de rester fidèles à nous-mêmes, mais aussi de faire ressortir le meilleur de nous-mêmes. Attila était, dans cette perspective, le meilleur choix. Fire Walk With Us est sans aucun doute l’album le plus sombre d’Aborym. Sans doute est-ce dû au fait qu’il a été conçu lors de la période la plus sombre de notre vie.

M : With No Human Intervention a été l’occasion de votre première expérimentation de mariage entre black metal et musique électronique…

Malfeitor Fabban : J’ai toujours aimé ce disque. J’aime la brutalité qui réside dans le fait de prendre quelque chose qui est très symphonique et de le détruire avec du bruit, de l’électricité, des sons maladifs… et c’est ce qui s’est produit, d’une certaine façon, sur With No Human Intervention. Nous voulions réaliser quelque chose qui comporte davantage de musique électro pure, de bruit, de musique industrielle. En cela, ce disque a tracé une nouvelle voie pour Aborym…

M : Ensuite, le groupe a bien sûr publié Generator, un disque extrêmement riche et ambitieux. Quel regard portes-tu sur cet album ?

Malfeitor Fabban : Pour être franc, il a été très difficile de travailler sur cet opus. Il nous a fallu changer complètement notre façon de travailler, en gardant à l’esprit la composition dans son ensemble au lieu de travailler morceau par morceau, et en faisant bien attention à ce que chaque titre soit cohérent et s’intègre à la mosaïque afin que l’image globale reste bonne. Ce fut un sacré défi, mais ce disque nous a aussi permis de mûrir en tant que musiciens. Generator est vraiment un bon album, mais peut-être nous sommes-nous un peu trop concentrés sur l’agression au détriment de l’atmosphère, et les sons électroniques ont quelque peu été laissés à l’arrière-plan. Je voulais initier une évolution importante pour Aborym après With No Human Intervention, et c’est pour cela que j’ai demandé à Bård G. Eithun, alias « Faust », de nous rejoindre en tant que batteur. Nous nous connaissions depuis bon nombre d’années, il respectait beaucoup le groupe et en a toujours apprécié la musique. Il a accepté notre proposition et fait à présent partie intégrante d’Aborym. La présence de Bård a beaucoup contribué à la croissance du groupe. Nous avons réalisé de grandes choses ensemble, et c’est une personne avec qui il est presque trop facile de bosser. C’est un professionnel, un véritable ami et, ce qui est plus important encore, un grand homme.

Psychogrotesque est un album plus varié, plus expérimental mais aussi très direct. Nous avons utilisé beaucoup de matériel électronique, de synthés et de samples de grande qualité, nous avons opté pour un son de batterie plus naturel et nous nous sommes attardés à chaque détail concernant tant l’écriture que l’enregistrement et le mixage. En fait, il s’agit même de notre album possédant le meilleur son. Cela peut prendre du temps pour saisir Psychogrotesque à fond, mais une fois que vous êtes dedans, ce disque restera logé dans votre cervelle pendant un bon moment.

Aborym

« L’époque actuelle est une des pires dans l’histoire de l’industrie musicale, tous ceux qui baignent dedans s’accordent là-dessus, les artistes comme les maisons de disques. Je pense qu’in fine, on arrivera à une situation où personne ne paiera plus pour de la musique enregistrée. » (Malfeitor Fabban)

M : Vous avez signé un contrat avec une agence de booking, et vous avez joué (et jouerez) plusieurs concerts. Cela fait un bon moment qu’Aborym ne jouait plus live. As-tu apprécié votre retour sur les planches ? Jouerez-vous toujours avec une boîte à rythmes ou Faust pourrait-il faire une apparition au moins lors de quelques shows ?

Malfeitor Fabban : Le concert que nous avons donné au festival Brutal Assault [note : le 10 août 2013] était notre premier depuis plusieurs années, mais également le premier avec le nouveau line-up (Paolo Pieri, moi et nos musiciens de session [note : Lorenzo Zarone à la basse et Giulio Moschini à la guitare]). Et comment qu’on a aimé, c’était génial de jouer à ce festival ! Le public était dingue, surtout les mecs installés près de la scène. J’étais super excité, d’autant plus que l’ensemble du festival était sympa.

Concernant la batterie, nous voulons qu’Aborym sonne très dur, très orienté industriel, particulièrement lors de nos concerts. En plus, Bård est très occupé, il a une famille avec deux enfants, il a ses groupes en Norvège [note : Blood Tsunami et Studfaust] et il fera probablement à nouveau des concerts avec Emperor en 2014 [note : cette information est confirmée, Emperor se produira au Wacken 2014 avec son line-up originel]. Il lui est donc très difficile de libérer du temps pour venir répéter avec nous à Rome. Mais notre décision de jouer avec une boîte à rythmes a été prise principalement afin de sonner plus industriel, ce qui exige une approche mécanique de la batterie. Je pense que le fait que nous ayons publié un disque très inattendu et foncièrement électro/indus a renforcé cette orientation live, lui a donné un sens. Les concerts que nous jouons sont très différents de ceux joués par le passé, car c’est le groupe qui a réalisé l’album qui se produit sur les planches, ce qui nous procure aujourd’hui une vraie unité. Je pense que les gens nous prennent à présent un peu plus au sérieux et qu’ils comprennent que ces concerts sont très importants pour moi et pour Aborym, c’est même peut-être la chose la plus importante que nous ayons faite. Par conséquent, les gens se rendent à nos concerts en ayant conscience que c’est dans ce domaine que nous plaçons une grande partie de notre énergie créatrice…

M : Beaucoup de fans de black metal demeurent très critiques quant au métissage de ce style avec d’autres, particulièrement tout ce qui touche à l’électronique. Que penses-tu de cette hostilité ? La comprends-tu ?

Malfeitor Fabban : Nous avons toujours réinventé notre musique sans se soucier de quoi que ce soit ou de qui que ce soit. Nous envoyons bouler tous les clichés, les règles du marché et toutes les autres conneries qui tuent lentement la musique.


« Nous envoyons bouler tous les clichés, les règles du marché et toutes les autres conneries qui tuent lentement la musique. » (Malfeitor Fabban)

M : Dernière question traditionnelle chez nous : quel est ton top-3 des meilleurs albums de tous les temps ?

Malfeitor Fabban : Il est très difficile de répondre à cette question, mais bon… Je dirais The Wall de Pink Floyd, Broken de Nine Inch Nails et Raw Power des Stooges.

M : Merci beaucoup pour cet entretien, et félicitations pour Dirty, un disque aussi complexe que réussi ! Tu peux laisser ici un dernier message à nos lecteurs… A bientôt !

Malfeitor Fabban : Merci beaucoup, ça représente beaucoup pour moi… J’espère tous vous voir à l’Eindhoven Metal Meeting le 14 décembre prochain ! A bientôt, et merci pour l’interview, mec !








Lire la version française

"Man and Machine"

Discussion with Fabrizio “Malfeitor Fabban” Giannese (vocals, bass, keyboards, programming & samples)
Interview and editing by Mastema

 
Aborym is the kind of band one loves or hates. But whatever you think about them, the Italians have a very special and essential place in the black metal scene for at least the last ten years. After rather “traditional” beginnings, the band fully embraced electronic music, yet without denying its love for extreme metal. The result is a mixture that doesn’t appeal to everyone, but one cannot argue it’s a fully mastered and successful one. Aborym push their art to the limit, and Dirty is the perfect illustration of this logic. This varied and sick record is really a one of a kind thing, proving the band has entered an era of stability and maturity. Frontman Malfeitor Fabban was very loquacious while discussing the past and present of his band with us, but also his vision of humanity.

Mastema (Rock ‘n Balls): How do you look back to Psychogrotesque, which was quite an original record in Aborym’s career?

Fabrizio “Malfeitor Fabban” Giannese: I still love that album, which is one of the most innovative and experimental of our career, and it’s also the first record we did with Paolo Pieri playing guitars. It's much darker and it's much heavier. It moves away from the sensibilities of the previous albums like Generator or With No Human Intervention. I guess the dark elements have been replaced by more metal and electronic experimental elements. It is still recognisably Aborym, but just, you know, a further stage in the evolution and the development of the band. I mean, we've never been interested in repeating ourselves. And every time the fans think they know how to categorise us, we take great pride in disappointing them... or not. Or surprising them, depending on how they look at it. Some people like it, some people don't. Personally I really love Psychogrotesque… When I wrote the story for Psychogrotesque, from which the lyrics for this album have been extrapolated, I had in mind to create a disc that was similar to a film: with a plot, an evolution, a schizophrenic swing of timeframes in different kinds of environment. I wanted an album that was similar to a movie, with film features similar to Lynch's dreamlike cinema, for example. It wasn't easy at all because my goal and Hell:I0:Kabbalus' one, was to tell a story through music, but with no images. It has been sort of a challenge, but I think we fully hit the target.

I'm 33 years old and it's important for me to talk about more interesting things, about universal themes that are not the same old usual crap for black metal kids like God, Satan, war and death... Psychogrothesque is a story that contains universal themes, something that concerns everyone. It talks about Man, his bright and dark sides, it talks about his total sterility in front of the system, in front of society, a society that no longer includes human thinking but that embraces hordes of psychopathic clones, pathological narcissists, empty bodies, non-men or half-men, sociopaths from every cultural background. It talks about madness. It talks about the existence of these zombies, which are completely absorbed by a creature who first swallows them, to spit them out just like a stinky liquid. Our system is designed to murder thinking minds. It's designed to channel them in unities of measurement with no logic at all: business, money, success, hedonism, craving for fame and visibility in any possible way. Psychogrotesque is the story of a man (a human being) who meets madness in a moment where he finds himself alone in a mental hospital (the World). He becomes crazy because he's alone with himself and he has to face himself. He watches himself in the mirror and sees a fly, a horrible creature, attracted by filth, garbage, by dirty things.

People today are not able to be alone, they just can't recognize themselves, although they know that they will be judged not according to what they really are, but for the picture of themselves they will give to the world. They dramatize every single movement, every single behaviour as they have to be accepted by the others. They believe it so much that in the end they convince themselves to be something they are not and that they never will be, turning their lives into a “mise en scene”. In this society prevails the image of the “self”. The myth of image, the myth of youth, the myth of success: a society with false myths that leads to a complete dissociation with the real nature of mankind. I even included a part of the sixth chant of the Chants of Maldoror, just to exacerbate the concept of non-humans through dizziness, kinetic power, violence and “animalization”. I met so many deranged persons in my life. The world is full of Mr. Nobodys.


“I'm 33 years old and it's important for me to talk about more interesting things, about universal themes that are not the same old usual crap for black metal kids like God, Satan, war and death...” (Malfeitor Fabban)

M: After Psychogrotesque and its elaborated concept, does Dirty also have a concept or a lyrical thread between the songs?

Malfeitor Fabban: No, not as a whole. There are groups of songs that kind of belong together but I don’t consider Dirty as a concept-album anyway. We’re living in a time when a lot of people are looking around and seeing that the climate has changed so much over the last years. People, especially the young generation, are not happy. Most of them are angry, disappointed by the system and modern society, the politics, the media... I would say that’s why we invented the myth of religion and God to try to come to terms with the fact that we are mortal and we all have lots of problems to face every fucking day. Alcohol, drugs, sex and one could even argue culture itself, are all things made as a distraction from being reminded about our own problems. My only great inspiration, what actually pushed me to write lyrics like that, is the everyday life, people’s delusions and my daily careful study of the people I meet every day... it’s exactly a melting pot of modern society. Everything that surrounds us is a huge container of shit and piss and this fucking planet is falling apart. I see it like that…

“Helter Skelter Youth” is completely based on that and it is also loosely based on what we did starting in 1992... getting in fights, waking up messed up and drunk in strange dirty beds... drug addiction, alcoholism… I got inspired by the 70’s Weather Underground movement in a way. At the time America was shaken up by a huge social turmoil, which was often quite violent. What happened was that the need for rebellion against a common enemy, the American empire and its politics, united different and disparate forces, from the extreme left to the far right. Movements like the Weather Underground or the Black Panthers fought together and they actually achieved something… I believe that in some cases violence, this collective explosion, worked and some results were brought home.

"Raped by Daddy" is a song created on the theme of "Fire Walk With Me" by David Lynch’s Twin Peaks and the lyrics are a cut-up of some delirious dialogues from the movie. It is basically a song about the repeated rape of a young woman who is raped by her own fears and phobias. Something that concentrates in a sarcastic way sexual violence and rapes of famous paedophile priests. On this record, there are many references to sex and sexuality of the current generation... I believe that sex is one of the main generators of mental disorders in people, something that often leads to violence and even murder and death. Often sex is not love, it is "possession", mental instability, frustration…


“In this society prevails the image of the “self”. The myth of image, the myth of youth, the myth of success: a society with false myths that leads to a complete dissociation with the real nature of mankind.” (Malfeitor Fabban)

M: I’m quite familiar with Aborym, and I must say I feel you guys definitely reached a level of “maturity” on Dirty in terms of mixing extreme metal with electronic/industrial sounds. It’s as if this association had reached a level of perfection, an ideal mix.

Malfeitor Fabban: Thank you! Dirty can't be compared with any other album or any other band. I think we crossed the point of no return, creating something really unexpected and fucking cool, something that will probably enlarge the range of our listeners and fans. Sometimes when we feel inspired we can lay down a whole song in a couple of days, sometimes we can waste a whole week trying to write a single riff without results. It's very much about inspiration and instinct at first, then we start building up the rest, adding drums, synths, effects, samples etc. until everything sounds exactly how we wanted it to. Dirty has been written starting from synths and hard disc recording, midi stuff and so on… and we decided to work like this in order to get the weirdest, coolest, most powerful Aborym album ever, something really heavy, psycho and innovative… a real eye-popping unexpected piece of art. We strongly wanted our sound to be colder and more modern and at the same time full of weird melodies, arrangements, new ideas and a new way to combine different styles of music.

Aborym

M: The amount of work put into the integration of the electronic sounds is impressive. Could you tell us more about the production of this part of the album? How do you usually work all the electronic sounds? Do you first work on a couple of riffs, then think about all the additional sounds? Or are these sounds part of the working process early on?

Malfeitor Fabban: First of all, in the pre-recording phase of the songs we create all the structures in our home studio on hard disk, we write the digital drum parts and study the various steps and structures of electronic drums. When the pieces are defined we enter the recording studio where Bård records the drums and then we work on the editing, we correct here and there, and implement electronic drums structures, samples and all the rest. We work a lot on synths, sequencers and softwares like Cubase with the help of different VSTs. Many songs from Dirty have been written directly on hard disk, via MIDI files, just to make sure the sounds could come out “squared”, very cold, with strong predominant industrial sounds. We decided to proceed this way so that the disc sounds much more electro and much more projected towards the industrial.

Once the foundation of the songs was set, Paolo worked on the rhythm and on the rest of the guitars. Then we moved on to the many arrangements, samples, the remaining synth lines, loops, drumming and metrics of voice. It was a fucking hell, but it was worth it. In several parts the guitars play along the synths, working as a real additional rhythm. I think about "Helter Skelter Youth" or "Bleedthrough"... Mixing Dirty also took away our mental and physical health... It was one of the most complex mixing I witnessed in the past 15 years. Moreover, in post-production, after the mixing, we carried on with our sound engineer Emiliano Natali, we have entrusted the disc to Marc Urselli of the Eastside Sound Studios in New York and to D. Loop (formerly of Kebabtraume, now in Limbo and Kirlian Camera) for the industrial / electro side. We wanted to do as much as we could in the mixing and post-production process, and we got the best even though it was really fucking hard…


“My only great inspiration, what actually pushed me to write lyrics like that, is the everyday life, people’s delusions and my daily careful study of the people I meet every day... it’s exactly a melting pot of modern society.” (Malfeitor Fabban)

M: The album was released with an extra disc, featuring covers (from Iron Maiden Pink Floyd and Nine Inch Nails), new versions of a couple of Aborym tracks, as well as a new track? Could you tell us more about this very original new track?

Malfeitor Fabban: "Need for Limited Loss" is a song written by Alberto Penzin from Camera Obscura Two (formerly of Schizo) with the intervention of the many fans who have sent us their ideas and audio files that we put into a unique song. We wanted to involve our fans and we did it in the only way we know: through music. We have entrusted Alberto Penzin with the structure for "Need for limited loss" and he immediately liked the idea. He sent us the bass, drums and guitar lines and we started to put together loads of stuff that was sent to us by our fans: samples, small arrangements, vocals, lyrics... anything. An absurd, schizoid cut-up. I think it's the best way to thank our fan-base: to challenge them to write a song with us and with Alberto Penzin.

Aborym

M: What about the covers: how did you choose them?

Malfeitor Fabban: Pink Floyd and Nine Inche Nails are two fundamental bands for me, the two bands whom I owe a lot. Regarding the covers we thought we’d propose two tributes, one to Pink Floyd and one to Nine Inch Nails, and we endeavoured to revive "Comfortaby Numb" and "Hurt" as faithful to the original versions as possible. In the case of "Comfortably Numb" we even used amps, microphones and vintage instrumentation just to get a warm and dramatic sound that smelled like the 70’s. For me, these two bands are of unspeakable importance, these are two groups that I have been carrying inside for ever, and that somehow changed my life. So for me it was very emotional to cover these two jewels in the history of music. Regarding the cover of Maiden, well, given the initial reactions I would say that we have achieved our goal, which was to provoke the famous purists and test their degree of openness when met with an absolutely schizoid and unexpected version of a "classic". A cover of Maiden by Aborym couldn’t be anything else (laughs). We played the song 3 or 4 times faster, in our own way, with our style. Some hated us for this, while others enjoyed the courage, but as always we did something we wanted to do, in our own way.

M: Dirty also has more clean vocals, and I think they add an extra “industrial” flavour to the music. Did you feel ready to add more of this style of singing in your music this time around?

Malfeitor Fabban: I feel very good when I sing and in the past I’ve got the possibility to sing a lot and to do lots of rehearsals in my home-studio. I really like to sing. I would like to incorporate more of those clean vocals, I want to add more distorted clean vocals as well. It depends on how the new songs will sound like, but I think clean vocals have become very important for us and for our sound. What’s important is that everything I do appears interesting to me. I spent lot of time on the clean vocals for this album, carefully structuring all the metrics and trying to match my voice with the lyrics in the best way according to my taste of course. To tell you the truth everything comes out in a very spontaneous way and it was something really cool for me, especially in the studio, while I was recording my voice. When I listen to Dirty I know I have the best fucking band on the planet and this gives me a feeling of invincibility and mastery.  I’m not as implicated in the instrumental performance anymore so I can be free for the first time ever. A great feeling. In general, there’s a sense of newness. I think fans sometimes have trouble understanding that one of the exciting things about being a musician is that you have the opportunity to experiment new ideas. That’s actually a very healthy musical approach, at least to me. I reached a point where I don’t want to do album after album with the same characteristics, the same elements, the same kind of vocals, and so on.


“I think fans sometimes have trouble understanding that one of the exciting things about being a musician is that you have the opportunity to experiment new ideas. That’s actually a very healthy musical approach, at least to me. I reached a point where I don’t want to do album after album with the same characteristics […]” (Malfeitor Fabban)

M: The line-up of Psychogrotesque also performed on the new album. How strong is the team today and how well do you work together?

Malfeitor Fabban: This line-up is in great shape. We work very well together, things work out perfectly, something I cannot say of the past, often turbulent. The problems we encountered were linked to long periods of darkness, drugs, trouble, misunderstandings. We were a band of misfits with our brains turned to shit. Now we are still a band of misfits but with clear ideas and by now we have also learned to play our instruments.

M: As I imagine Faust must still be living in Norway, how do you organize the work around Aborym, in practical terms?

Malfeitor Fabban: Distance is not a big problem for us since we are all the time in touch via internet, e-mails, mobile phone, WhatsApp and so on. When it’s time to record a new album Bård usually joins us in Rome.

M: Why did you switch from Season of Mist to Agonia Records for this release? Are you happy with your collaboration with the French label?

Malfeitor Fabban: I decided to change label because I think it’s important to change, in order to refresh the enthusiasm… I mean, Agonia Records is smaller compared with Season of Mist, but their enthusiasm is very strong and they are doing a fucking great job for Aborym. This is the worst time in history for the music industry. Everyone agrees on it, artists and labels – everyone involved. I believe that, ultimately, recorded music will become something no one will pay for. People will expect to get it for free. Even now a lot of people don't think about buying music, they just download it. Recorded music will become an advertisement for the live shows. I already see it with Aborym’s concerts, where the attendances keep growing. The record sales as well, but not in the same proportion.

M: If you agree I’d like you give us your opinion, with some distance, on the band’s first four albums. Let’s start with your debut, Kali Yuga Bizarre. Aborym definitely played a different style of music, back then…

Malfeitor Fabban: Well in the early times, I was pretty much forced to find ways to create a sound, our sound, without relying on expensive equipment. I had very basic equipment when I started out, but also couldn’t rely on being able to go into studios and crank up amps and try different techniques and all that stuff, so I was kind of in a situation where I had to create sounds using direct methods, very cheap keyboards and softwares and a bunch of crappy guitars… and that’s how I got so familiar with using synthesizers and other recording tricks… Kali Yuga Bizarre is definitely our first step into experimentation and it’s a very genuine album, sincere and in-your face piece of music. I’m very glad lots of people consider it a cult album...


“The problems we encountered were linked to long periods of darkness, drugs, trouble, misunderstandings. We were a band of misfits with our brains turned to shit. Now we are still a band of misfits but with clear ideas and by now we have also learned to play our instruments.” (Malfeitor Fabban)

M: Then we have Fire Walk with Us, in my view the band’s first major record. How was the collaboration with Attila?

Malfeitor Fabban: It was amazing, even hard and sometimes because it was not easy to manage him during the hard drugs times. We needed someone who would not only let us be who we are, but would also be able to get the best out of us. Attila was the perfect choice for that. Fire Walk With Us is definitely the darkest Aborym album… perhaps because it was conceived during the darkest period of our lives.

Aborym

M: With No Human Intervention was your first real experience of blending black metal with electronic music…

Malfeitor Fabban: I’ve always loved that album. I love the brutality of taking something very symphonic and destroying it with noise, with electricity, with fucked up sounds… and it does, in a way, happen with With No Human Intervention. We wanted to do something with pure electonic music, noise, and industrial influences, and in that sense this album represents Aborym’s new path.

M: Then of course Aborym released Generator, a very rich and ambitious album. How do you look back on it?

Malfeitor Fabban: It has been very difficult to create such a work, to be sincere. You have to change radically the way you work, as you have to keep in mind the whole composition instead of a single song, and you have to do it in a way that every piece of this mosaic is coherent with each other so that they can show you the complete image. It has been a great challenge to create such an album, but it also made us grow a lot as musicians. Generator was a really good album, but perhaps a bit too much focused on aggression at the expense of atmosphere, and the electronics were left a bit in the background. I wanted to imprint a strong change for Aborym right after With No Human Intervention so I asked Bård G. Eithun, aka “Faust”, to join us as a drummer. We knew each other since quite a long time and he always showed great respect for us and he always liked Aborym's music. He accepted our offer and now he's part of Aborym. Bård's presence deeply contributed to the growth of this band. We made great things together and working with him as a person is even too easy. He's a professional, a great friend to me and, most importantly, a great man.

Psychogrotesque is more varied, more experimental yet very straightforward. We used a lot of high quality electronics, synths and samples, more natural drums sound and we paid attention to every detail regarding both the song writing and the recording and mixing process; in fact this is the best sounding album of our discography. Psychogrotesque may take a while to be understood completely but once you're into it, it will be stuck in your brain for a long while.

Aborym

“This is the worst time in history for the music industry. Everyone agrees on it, artists and labels – everyone involved. I believe that, ultimately, recorded music will become something no one will pay for.” (Malfeitor Fabban)

M: You’ve signed a contract with a new booking agency and you’ve played and will play more shows in the future. It had been some time since Aborym played live. Was it good to be back on stage? Will you always play with a drum machine or could Faust make it at least on some gigs?

Malfeitor Fabban: The gig at the Brutal Assault festival was our first show after many years and with the new line-up (me and Paolo Pieri + our guest musicians). Fuck yes, it was amazing to play there! The crowd was amazing, especially the motherfuckers near the stage. I felt so fucking excited and the whole festival was cool. Well, we want Aborym to sound very hard and industrial-oriented, especially when we play live shows. And Bård is very busy, he has a family and two children, he also has his bands in Norway and it seems he will play live with Emperor again in 2014, so it’s really difficult to find time to do rehearsals with us in Rome. But our decision was mainly made due to the fact that Aborym must sound more industrial-oriented, so we need a mechanical approach regarding the drumming. I think the fact that we've actually now made a very unexpected and electro/industrial-oriented record has given it more a sense of purpose, a direction. This time it’s very different because it’s the band that actually made the record together which will play live, so we’re more of a unit now. I think people are beginning to take it a bit more seriously now, they understand that this is a very important thing for me and Aborym and that it’s arguably the most important thing we’ve ever done. And so people are coming to the shows now understanding that this is what we’re putting most of our creative energy into…

M: A lot of black metal fans remain quite critical about blending BM with other styles, and especially with everything that is electronic. How do you look upon this hostility, can you understand it?

Malfeitor Fabban: We always reinvented our music, without caring about anything and anyone, sending to hell all the clichés and market rules and all the bullshit that is slowly killing music.


“[We’re] sending to hell all the clichés and market rules and all the bullshit that is slowly killing music.” (Malfeitor Fabban)

M: Last and traditional question here at Rock ‘n Balls: what would be your top-3 albums of all times?

Malfeitor Fabban: It’s very hard to answer this one… Anyway: Pink Floyd’s The Wall, Nine Inch Nails’ Broken and The Stooges’ Raw Power.

M: All right that’s it! Thanks a lot for this interview, and congratulations with Dirty, a great and challenging album! You can leave a last message to our readers right here... Take care and see you soon!

Malfeitor Fabban: Thanks a lot, means the world. I hope to meet you all at the Eindhoven Metal Meeting on December 14th! Catch you there! See ya and thanks for the interview dude!





Interviewé par : MASTEMA
 
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