Une légende disparaît du papier
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"Une légende disparaît du papier"

Entretien avec Sven Letourneur (Rédacteur en chef)
Interview et édition par Sponge

 
Quelle triste nouvelle que d'apprendre la disparition d'un magazine mythique tel que le Hard Rock Mag' ! Personnellement, je lisais déjà le mensuel français quand j'étais ado, et à l'époque je rêvais d'y devenir chroniqueur, d'y écrire mes propres papiers. Ce rêve allait devenir réalité bien plus tard, et j'allais passer six belles années au sein de la rédaction, aux côtés d'autres chroniqueurs, mais aussi de Sven Letourneur, rédacteur en chef du mag' depuis 2005. Depuis quelques années, le HRM avait subi quelques dommages et rencontré des obstacles, mais chacun avait pu y mettre un peu du sien pour garder le bateau à flots, jusqu'à ce que le pire arrive en ce mois d'octobre 2015. Quelles sont les raisons de l'arrêt de la publication du magazine, et quel a été son parcours ces dernières années, ce sont les quelques questions que j'ai posées à Sven pour rendre une dernière fois hommage à cette excellente revue métallique qui laissera à jamais des traces dans nos mémoires et dans nos conduits auditifs !

Sponge (Rock'N'Balls) : Hello Sven ! On vient d'apprendre une triste nouvelle par le biais de Facebook : le Hard Rock Mag' va disparaître... Le numéro 53 était le dernier à paraître en version papier, et vous proposez aux lecteurs de télécharger gratuitement le 54. Qu'est-ce qui vous a amené à cette décision ?

Sven Letourneur : Quelle décision ? Celle d’arrêter la parution ou de proposer le 54 en téléchargement gratuit ? :-) Pour ce qui est du DL gratuit, étant donné que nous n’avions pas prévu de nous arrêter lorsque nous avons commencé à travailler sur ce numéro, il nous a paru plus juste de mettre à disposition ce qui avait déjà été fait, que ce soit pour les groupes qui ont pris le temps de répondre aux interviews, pour les labels qui pour la plupart nous soutiennent depuis longtemps, pour tous les collaborateurs du magazine qui ont passé des heures à travailler sur ces articles mais aussi et surtout pour les lecteurs qui nous suivent depuis des années et avec qui nous voulions partager cet ultime numéro. Maintenant, en ce qui concerne l’arrêt de la parution, eh bien c’est lié à plusieurs facteurs que l’on ne contrôle pas forcément. D’une part, les budgets publicitaires de la plupart des labels sont en baisse depuis maintenant pas mal de temps. Il s’agit malheureusement d’une rentrée dont tout magazine a besoin pour supporter ses coûts de production car le papier et sa mise en kiosque coûtent très cher. Sans compter le coût que représente également le CD sampler pour lequel nous ne demandions pas de participation financière aux groupes qui figuraient dessus. Ensuite, ce qui a été déterminant pour cet arrêt imprévu vient des chiffres de vente anormalement bas du dernier numéro sorti en kiosque cet été, le 53. Les chiffres ont été nettement inférieurs à ce à quoi nous nous attendions notamment en comparaison avec les mois et années précédents et cela nous a placés dans une situation vraiment délicate.

S : Le HRM était un magazine mythique. Personnellement, je le lisais déjà étant ado, et je rêvais d'y participer, mon rêve s'étant réalisé puisque je suis devenu moi-même chroniqueur chez vous pendant de longues années, raison pour laquelle cette disparition me touche encore plus. Que signifie cet arrêt soudain du magazine pour toi ?

Sven : Personnellement, cela fait maintenant plus de 10 ans que j’ai commencé à travailler au sein de ce titre, c’est donc une part non négligeable de mon passif et ce magazine a rythmé ma vie quotidienne - aussi bien diurne que nocturne - depuis janvier 2005. HRM c’était presque du 7j/7. Cela représente donc un changement majeur dans mon quotidien, mais étant donné que la presse se porte relativement mal depuis maintenant un bon moment, je savais qu’un jour ou l’autre cela arriverait, même si je ne pensais vraiment pas que ce serait cette année.

S : Le magazine comptait de nombreux collaborateurs, qu'ils soient rédacteurs ou autres. Quelles sont leurs réactions par rapport à cette nouvelle ?

Sven : Qu’il s’agisse de tous nos collaborateurs qui participaient à la vie du mag en nous offrant leur temps pour rédiger des articles ou de nos contacts au sein de labels, tout le monde a bien entendu ressenti une certaine tristesse et nous avons reçu énormément de messages de soutien.


« Étant donné que la presse se porte relativement mal depuis maintenant un bon moment, je savais qu’un jour ou l’autre cela arriverait, même si je ne pensais vraiment pas que ce serait cette année. » (Sven Letourneur)

S : Peux-tu nous expliquer comment s'est passée ton arrivée au sein du magazine, et quel a été ton rôle depuis ?

Sven : Au départ j’ai intégré la rédaction précédente de Hard Rock Mag en tant que secrétaire de rédaction à l’époque où Mathieu Millot en était le rédacteur en chef. Au bout de quelques semaines, j’ai commencé à écrire quelques chroniques et à faire mes premières interviews - une de mes toutes premières était d’ailleurs une interview par téléphone avec Chris Barnes pour la promo de 13 de Six Feet Under. Autant te dire que je ne faisais pas le fier derrière mon combiné en attendant que Chris décroche vu le passif du bonhomme et mon manque d’expérience à cette époque... Par la suite, lorsque cette édition s’est arrêtée, sur les conseils de Rose qui était déjà présente depuis un moment en tant que journaliste - et qui d’ailleurs faisait encore partie de la rédaction jusqu’à présent - le nouvel éditeur qui avait repris le magazine m’a proposé de gérer la rédaction en association avec Guillaume. Je devais gérer tout ce qui était « underground » et metal extrême, tandis que Guillaume s’occupait généralement des sorties des majors. Après quelques numéros, je me suis retrouvé seul à la tête du mag, à partir du numéro 8 en septembre 2006 si je me souviens bien. Dès lors, j’avais en charge la mise en place du sommaire dans son ensemble et bien entendu la réalisation d’interviews et la rédaction de chroniques.

Hard Rock Mag'

S : Penses-tu que la crise économique actuelle, qui touche la France et bien d'autres pays, soit la cause principale de la disparition de ce magazine ? Et penses-tu que l'on risque d'en voir d'autres disparaître de la même manière à l'avenir ?

Sven : Je ne pense pas que ce soit la crise économique actuelle qui soit vraiment la cause de cet arrêt, mais plutôt la crise que le marché de la presse subit depuis maintenant presque 10 ans. Très régulièrement, des quotidiens, des hebdos, des mensuels s’arrêtent car le marché est devenu très compliqué. Et effectivement ça ne m’étonnerait pas que d’autres disparitions surviennent encore, même si quoi qu’il en soit les arrêts, disparitions, réapparitions, créations de titres et de magazines ont toujours fait partie du paysage de la presse.

S : L'accès étant plus rapide, facile et gratuit, penses-tu que l'avenir de la presse soit sur Internet, comme certains aiment à le penser ?

Sven : Je ne sais pas trop. Il y a effectivement un certain nombre d’avantages dans le numérique. Cette immédiateté, cette « gratuité » (pas si gratuite que ça étant donné que tu dois payer ton abonnement au net pour y accéder, donc d’une certaine manière tu paies, même si c’est pour une infinité de services), cette interactivité. D’un autre côté, il y a toujours des personnes qui restent attachées à l’objet - le CD/vinyle pour la musique vs. le MP3 et de même le papier vs. le web. Je pense que les deux formats peuvent cohabiter, mais il faut certainement trouver une façon de se renouveler.


« Très régulièrement, des quotidiens, des hebdos, des mensuels s’arrêtent car le marché est devenu très compliqué. Et effectivement ça ne m’étonnerait pas que d’autres disparitions surviennent encore... » (Sven Letourneur)

Hard Rock Mag'

S : Quels sont tes meilleurs souvenirs en tant que rédacteur en chef du HRM ?

Sven : Au cours de ces 10 ans il y en a un paquet. Très certainement quantité de festivals qui ont toujours été l’occasion de retrouver tous les ans des musiciens et des labels qui au fil du temps sont devenus des potes ou des amis. Mais aussi beaucoup de moments en interview ou en journée promo qui ont été marquants, que ce soit lors de plusieurs jours et soirées passés à Paris en compagnie de Scorpions, ma première rencontre avec Lars Ulrich lors d’une inter en face à face dans son hôtel en Italie entre deux tournées pendant qu’il engloutissait sa salade, ma première rencontre pour Deicide à Londres avec Steve Asheim et Glen Benton ou des écoutes en studio à l’étranger qui ont été vraiment remarquables - en particulier Septicflesh ou Rotting Christ en Grèce et Dornenreich en Allemagne. Et puis surtout de très nombreuses rencontres avec des personnes qui sont devenues de vrais amis en dehors du cadre strictement professionnel.

S : Quels sont selon toi les 3 groupes qui ont le plus marqué ta carrière de rédacteur en chef au sein du magazine ?

Sven : Septicflesh qui sont devenus une seconde famille ; Rammstein grâce à des échanges vraiment intéressants avec Richard Kruspe lors de multiples interviews et en dehors ; King Diamond dont j’avoue ne jamais avoir été spécialement fan avant une conversation au téléphone qui a duré deux bonnes heures avec le King en 2007 et qui m’a tellement captivé que je me suis retrouvé à aller acheter en magasin la quasi totalité de ses albums peu de temps après.

S : Toi qui en a été au plus proche pendant longtemps, quel regard portes-tu sur l'industrie du disque actuellement ? Penses-tu que l'on va droit vers une crise majeure pour la musique, comme certains le pensent ?

Sven : Ca semble être devenu assez compliqué pour l’industrie du disque, même si certains parviennent quand même à tirer leur épingle du jeu. Le modèle économique sur lequel reposaient la plupart des maisons de disque a fortement changé, mais certains ont trouvé des solutions et il y a plus ou moins eu un transfert des sources de revenus. Même si l’industrie est à priori en crise, cela n’empêche pas de nombreux groupes de s’en sortir, de parvenir à vivre en partie de leur art. Je ne crois pas que ça ait jamais été facile et évident, même dans les années 80 ou 90, il y a toujours eu des groupes et des labels qui s’en sortaient et d’autres non. Mais il y en a qui semblent avoir commencé à trouver quelques pistes pour s’en sortir mieux que d’autres.

S : Si tu devais aujourd'hui conseiller aux lecteurs du HRM de s'orienter vers un autre magazine, peut-être concurrent, lequel choisirais-tu ? :-)

Sven : Pour être très honnête, je n’ai jamais été un lecteur de presse, qu’elle soit musicale ou autre :-) Je serais donc très mal placé pour conseiller qui que ce soit en ce qui concerne un autre mag à lire. Pendant mes années au sein de HRM, nous avons toujours eu un certain nombre de concurrents, et tous autant qu’ils sont ont toujours proposé un boulot très correct, chacun en se positionnant sur un créneau qui lui était propre - même si forcément ça se recoupait régulièrement lorsqu’une grosse actualité tombait. Pour parler des concurrents « directs », que ce soit Rock Hard ou Metallian, je pense que chacun a ses propres atouts et peut intéresser un lecteur en fonction de ses affinités.

Hard Rock Mag'

« Pendant mes années au sein de HRM, nous avons toujours eu un certain nombre de concurrents, et tous autant qu’ils sont ont toujours proposé un boulot très correct. » (Sven Letourneur)

S : Eh bien merci pour le temps que tu auras consacré à répondre à ces questions Sven. Je tenais personnellement à te féliciter pour le travail que tu as abattu et les efforts consentis pendant toutes ces années pour garder le bateau à flots ! Bonne route à toi, l'ami. As-tu un tout dernier mot pour les lecteurs du Hard Rock Mag' et ceux de Rock'N'Balls ?

Sven : Merci à toi, que ce soit pour ces questions ou pour ta précieuse collaboration au fil des années. J’en profite d’ailleurs pour remercier toutes les personnes qui ont investi un temps non négligeable dans le magazine pendant cette décennie, notamment Véro qui s’occupait des pubs, des partenariats et des photos avec qui nous gérions énormément de choses, et puis surtout les lecteurs qui ont toujours été présents et fidèles.

Hard Rock Mag'


Interviewé par : SPONGE
 
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