Plus que de la musique
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"Plus que de la musique"

Entretien avec Hunter Hunt-Hendrix (chant, guitares)
Interview, traduction et édition par Prophet
Merci à Stéfanie et Nicolas Tarayre pour leur aide à la traduction

 
En mars 2015 sortait The Ark Work, troisième album de Liturgy. Ce disque marque un tournant dans la carrière du groupe en proposant une musique qui se distingue du reste de leur discographie en abandonnant leur côté Black Metal au profit de nouvelles expérimentations. Comme vous pourrez le lire dans cette interview, Hunter est quelqu’un d’ouvert et n’hésite pas à parler de son univers, de son rapport à la musique et de l’idée qu’on se fait de Liturgy.

Prophet : Pourrais-tu décrire Liturgy en quelques mots pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas?

Hunter Hunt-Hendrix : Liturgy est un groupe fortement épique qui exprime des émotions et expérimente différents styles pour en faire une expérience marquante.

P : Liturgy joue du Transcendental Black Metal … Qu’est-ce qui le différencie du Black Metal traditionnel ?

Hunter : A ce stade, je préfère ne même pas considérer Liturgy comme une sorte de Black Metal ou comme tout autre style particulier de musique. Je remarque de plus en plus que les définitions constituent un réel obstacle pour les gens qui découvrent la musique.

P : Dans cette scène américaine dont Liturgy fait partie, il y a un rejet très marqué de l’identité du Black Metal… Pas de corpse paint, pas de gants de cuir cloutés et aucune référence au satanisme. Pourquoi vouloir autant se distancer de tout cela ? Pourquoi déconstruire les codes de ce style musical ?

Hunter : Notre objectif est de faire de la musique qui soit émotionnellement plaisante, originale et conforme à ma vision des choses. C’est le point de départ.

P : Revenons-en à Liturgy. Vous avez sorti en début d’année The Ark Work, qui est très différent de vos deux premiers albums « Raw Black Metal » en proposant une musique plus expérimentale. Comment avez-vous procédé pour obtenir ce résultat ? Où trouvez-vous votre inspiration ?

Hunter : J’ai trouvé plus pratique de faire des arrangements et d’utiliser un ordinateur comme outil de composition. C’était un gros projet et ça a pris plus de temps que prévu. Jonathan Schenke a enregistré le plus gros de l’album et l’a mixé, ce qui fut une tâche herculéenne. Il a fait du très bon boulot.

P : Comment l’album a-t-il été accueilli par les fans et les médias ?

Hunter : Ce fut très varié. Les gens l’adorent ou le détestent. J’aimerais qu’il existe un moyen d’éradiquer toute référence au Black Metal parce que j’ai la nette impression que la plupart des gens qui appréciaient vraiment la musique ne sont pas particulièrement branchés Black Metal ou ignorent peut-être même ce que c’est. Le groupe et moi-même ne sommes pas reliés à une scène Metal. La plupart des gens que je connais font de la musique électronique, du rock expérimental ou de l’art.

P : Quels thèmes abordes-tu dans tes morceaux ?

Hunter : Les chansons varient en intensité, abordant des thèmes allant de la cosmologie à la psychanalyse mais avec un côté post-net cyber surréaliste. Les paroles de mes chansons sont empreintes d’humour et seules quelques personnes le discernent.

Liturgy

P : Un changement majeur dans The Ark Work est qu’il n’y a plus de cris… Pourquoi ce choix ?

Hunter : La voix permet d’exprimer beaucoup de choses et crier devient assez monotone après quelques albums.


« J’aimerais qu’il existe un moyen d’éradiquer toute référence au Black Metal parce que j’ai la nette impression que la plupart des gens qui appréciaient vraiment la musique ne sont pas particulièrement branchés Black Metal ou ignorent peut-être même ce que c’est. » (Hunter Hunt-Hendrix)

P : Je ne pense pas que The Ark Work soit un album de Black Metal. Es-tu aussi de cet avis ? L’album est-il la phase ultime du Black Metal Transcendental ou en est-il une évolution ?

Hunter : Je suis d’accord avec toi. Je n’ai pas l’intention de continuer à utiliser l’expression Transcendental Black Metal. C’est ce qu’est la musique, à moins qu’elle ne soit que ma perception du Transcendental Black Metal.

P : Peux-tu expliquer le sens de la pochette de The Ark Work ?

Hunter : Elle n’a pas de signification. Cette pochette a été décidée après une forte pression exercée par notre label afin de ne pas utiliser le design de ma pochette d’origine qui montre deux silhouettes androgynes réalisées via un ordinateur. Sur nos réseaux sociaux, nous sommes revenus à ce design qui apparaîtra également sur les exemplaires à venir.

P : J’aime comparer Liturgy à de l’art moderne : incompris du grand public, parfois minimaliste et exigeant énormément de réflexion et de concentration pour pouvoir être apprécié. Es-tu d’accord ?

Hunter : Je le suis en partie. Le groupe est indéniablement incompris, notamment parce que j’ai décidé de parler beaucoup de mes projets via des canaux généralement utilisés à des fins promotionnelles, ce qui a pour effet qu’on me perçoit mal et que je me retrouve prisonnier de l’image engendrée par ce malentendu. Mais j’ai toujours eu l’espoir que la musique puisse être appréciée pour ce qu’elle est, sans trop de réflexion, voire aucune. Je pense à ce disque en particulier. Mes parents l’aiment, ma copine l’aime. La musique est engendrée par une tristesse profonde, une douleur intense, un torrent d’émotions, un sincère effort de dépassement de soi. J’aimerais que cet aspect émotionnel soit là pour ceux qui ne connaissent pas les idées à l’origine du groupe et je crois même ces idées capables de masquer la relation émotionnelle dans une certaine mesure. C’est une situation plutôt compliquée parce que les idées aussi ont leur importance.

P : Quelles sont tes influences principales (musique, art, etc) ?

Hunter : Gilles Deleuze, Joseph Beuys, Ryan Trecartin, Henry Miller, New York No Wave, David Lynch, Richard Wagner… Mais le monde dans lequel j’ai toujours évolué est celui de la scène art punk du nord-ouest des Etats-Unis (Arab on Radar, Ex Models, Lightening Bolt, Big A little a Orthrelm etc.). C’est ce qui m’a vraiment initié au monde de la création musicale et me l’a fait partager avec d’autres. Je mentionne rarement ces influences parce qu’elles sont personnelles.

Liturgy

P : Je suis allé vous voir à Bruxelles lors de votre tournée et même si la salle était petite, le public était au rendez-vous. Le show était cool et l’ambiance tantôt pesante, tantôt nébuleuse. Comment s’est passée votre tournée européenne ?

Hunter : La tournée s’est bien passée. Le concert de Bruxelles en a été un bon exemple. Une salle petite et comble. Notre public n’est pas si nombreux – la presse parle pas mal de nous et je pense que notre musique est porteuse de sens, mais le succès commercial n’est pas encore à l’ordre du jour. C’est un peu comparable à The Velvet Underground lorsqu’ils étaient en activité, sans vouloir nous comparer à eux, mais au niveau de l’audace artistique, adorés par certains critiques, détestés par d’autres, connus d’une manière intraduisible en termes de tickets vendus.


« La musique est engendrée par une tristesse profonde, une douleur intense, un torrent d’émotions, un sincère effort de dépassement de soi. » (Hunter Hunt-Hendrix)

P : Qu’as-tu pensé de ton bref séjour à Bruxelles ? As-tu eu le temps de découvrir et d’apprécier la ville ?

Hunter : J’adore Bruxelles. Nous y sommes déjà allés plusieurs fois et ça a toujours été très sympa.

P : Est-ce que le public européen est différent du public américain ?

Hunter : Tous les pays et toutes les villes sont différents. Il est difficile de comparer l’Europe et les Etats-Unis.

P : J’ai vu que vous revenez en Europe en fin d’année. Voilà une bonne nouvelle. Le but est-il de proposer un show différent de la première tournée ou simplement de vous produire dans des villes où vous n’êtes pas encore allés ?

Hunter : Nous faisons quelques festivals et jouons dans des endroits où nous ne sommes jamais allés.

Liturgy

« Notre public n’est pas si nombreux – la presse parle pas mal de nous et je pense que notre musique est porteuse de sens, mais le succès commercial n’est pas encore à l’ordre du jour. » (Hunter Hunt-Hendrix)

P : Comment vois-tu l’avenir de Liturgy ? Quels sont vos projets ?

Hunter : Je ne sais pas. J’ai bien quelques idées mais nous verrons comment ça va évoluer. J’ai depuis très longtemps envie d’utiliser ce style musical de manière à l’intégrer en douceur dans des films et des récits. Un légitime successeur du vingt-et-unième siècle de l’opéra de Wagner, mais avec des vidéos surréalistes et cosmiques. Développer cela est une priorité immédiate.

P : C’est la fin de l’interview, merci pour tes réponses et ton temps. Je te laisse le mot de la fin, aussi improbable soit-il.

Hunter : Je ne sais pas ce quoi dire d’improbable mais je te remercie pour tes questions. Ce fut un plaisir d’y répondre et je suis content que tu aies apprécié le concert.








Lire la version française

"More than music"

Conversation with Hunter Hunt-Hendrix (vocals, guitars)
Interview and editing by Prophet
Thanks to Stéfanie and Nicolas Tarayre for helping me

 
In March 2015 came out The Ark Work, third album of Liturgy. The record marks a turning point in the band’s carreer, proposing a music different from the rest of their discography and that leaves their Black Metal side in favor of new experimentations. As you can read it in this interview, Hunter is a receptive person and doesn’t hesitate over speaking about his univers, his relation with the music as well as the concept around Liturgy.

Prophet: Could you describe Liturgy in a few words for our readers who don’t know you ?

Hunter Hunt-Hendrix: Liturgy is a highly epic, emotive band that experiments with different styles to piece together a climactic experience.

P: Liturgy plays Transcendental Black Metal. What’s the difference musically compared to traditional Black Metal ?

Hunter: At this point I prefer to not even think of Liturgy as any kind of Black Metal, or as any particular kind of music. I’m noticing more and more that the definitions really get in the way of people accessing the music.

P: In this American scene to which Liturgy belong, there is a profound rejection of the identity of Black Metal... No corpse paint, no leather nailed gauntlet... There’s also no mention to satanism. Why do you want to distance yourself so much from all of this? Why do you want to deconstruct the codes of this music style?

Hunter: Ultimately it has to do with making music that is emotionally satisfying and original – and true to my perspective in life. That’s the starting point.

P: Let’s go back to Liturgy. You released in March The Ark Work, which is strongly different from your two first “Raw Black Metal” albums, proposing a more experimental music. How did you work to get this result? How do you find ideas?

Hunter: I got more comfortable with arranging and using a computer as a compositional tool. It was a big project, and took longer than it needed. Jonathan Schenke recorded most of the record and mixed it, which was a herculean task. He did a great job.

P: How has the album been welcomed by the fans and the medias?

Hunter: It’s been very mixed. People love it or hate it. I wish there were a way to remove the reference to Black Metal altogether, because I really feel like most people who would appreciate the music aren’t particularly into Black Metal, or maybe don’t even know what it is. I and the band are not connected to a metal scene – most of the people I know make electronic music or experimental rock, or fine art.

P: Which themes do you bring up in your songs?

Hunter: The songs are variously profound, touching themes from cosmology and psychoanalysis but with a surreal, post-net cyber edge. I have a sense of humor about my lyrics – only a few people ever detect that.

Liturgy

P: An important change on The Ark Work is the fact there are no more screams, why this choice ?

Hunter: There’s a lot you can do with the voice, and screaming gets pretty monochromatic after a few records.


“I wish there were a way to remove the reference to black metal altogether, because I really feel like most people who would appreciate the music aren’t particularly into black metal, or maybe don’t even know what it is.” (Hunter Hunt-Hendrix)

P: In my opinion, The Ark Work is not a Black Metal album. According to you, is it true? Is the album the final phase of Transcendental Black Metal or is it an evolution of it?

Hunter: I agree with you – I don’t intend to use the phrase Transcendental Black Metal anymore. That is what the music is, or the music sounds the way that I imagine “Transcendental Black Metal” sounds, but the phrase is needlessly misleading at this point.

P: Can you explain the meaning of the cover of The Ark Work?

Hunter: It doesn’t have a meaning. This cover was swapped in after intense pressure from our label to not use my original cover design, which features two androgynmous CGI figures. On our social media we’ve actually switched back to that design, and future pressings will also feature the original design.

P: I like to compare Liturgy to contempory art: misunderstood by the general public, sometimes minimalist and that demands a lot of reflexion and concentration to be appreciated. Do you agree?

Hunter: I partly agree – the band is definitely –incredibly- misunderstood, in part because I made the decision to talk alot about my intentions and disseminate that information through channels that usually are used for more one-dimensional promotional opportunities. The result is being misunderstood and then getting sort of caged by the image that this misunderstanding produces. But it’s always been my hope that the music could be appreciated on its own without alot of reflection, or without any at all. I mean especially this record. My parents like it, my girlfriend likes it. At its core, the music comes from great sadness and pain, huge torrents of emotion, a sincere effort to transcend. I’d like to think that emotive aspect is there for those who don’t know about the ideas behind the band – and I even suspect that the ideas can obscure the emotional connection to a degree. It’s kind of a complicated situation, because the ideas are important too.

P: What are your main influences (music, art, etc.)?

Hunter: Gilles Deleuze, Joseph Beuys, Ryan Trecartin, Henry Miller, New York No Wave, David Lynch, Richard Wagner… but the world that I’ve always really been a part of is the art punk scene in northeast USA – seeing Arab on Radar, Ex Models, Lightening Bolt, Big A little a Orthrelm etc. was what really initiated me into the world of making music and sharing it with others. I rarely mention those influences because they’re so close to home.

Liturgy

P: I’ve been in Brussels to see Liturgy during your tour and although the concert hall was small, the public was present. The show was nice and the atmosphere sometimes bulky,sometimes nebulous. How was your european tour?

Hunter: The tour was good; the Brussels show was pretty representative. Small, packed venues. Our audience really is not so big – we’ve gotten a lot of major press, and I think our music is pretty significant, but we aren’t all that commercially successful. It’s a little like the Velvet Underground while they were active – not to compare Liturgy to the Velvet Underground, but – artistically daring, adored by some critics, hated by others, famous but in a way that doesn’t translate into ticket sales very well.


“At its core, the music comes from great sadness and pain, huge torrents of emotion, a sincere effort to transcend.” (Hunter Hunt-Hendrix)

P: What did you think about your short visit in Brussels ? Did you have the time to stay and enjoy the city ?

Hunter: I love Brussels. we’ve been to Brussels a few times now and it is always really nice.

P: Is the European public different from the American public ?

Hunter: Every country and city is a bit different. It’s hard to compare Europe versus America.

P: I saw you’re coming back to Europe at the end of the year, it’s such a good news! Is the purpose to propose a different show than the first tour or just going to cities you haven’t been yet ?

Hunter: We’re doing a few festivals and playing some places we’ve never been to.

Liturgy

“Our audience really is not so big – we’ve gotten a lot of major press, and I think our music is pretty significant, but we aren’t all that commercially successful.” (Hunter Hunt-Hendrix)

P: How do you see the future of Liturgy ? What are your next plans ?

Hunter: No clue, really. I have a few ideas, but we’ll see how it unfolds. I’ve been wanting for a very long time to use this musical style in a way that is integrated seamlessly with film and narrative. A legitimate 21st century successor to Wagnerian opera, but with surreal, cosmic video. Developing that is a priority right now.

P: This is the end of the interview, thank you for your answers and your time. I give you the last word, preferably the craziest thing that crosses your mind !

Hunter: I can’t think of anything crazy, but thanks for the questions – it was a pleasure to answer them, and I’m glad you enjoyed the show.





Interviewé par : PROPHET
 
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