Black Sababath / Uncle Acid & the Deadbeats

Ziggo Dome (Amsterdam, NL)

Deuxième escapade ce mois-ci au pays des tulipes ! C’est cette fois sur la capitale, Amsterdam, que nous mettons le cap, et pas pour n’importe quelle raison. L’occasion nous a été donnée de voir les grands-pères du metal et, vu leur âge et les récents soucis de santé de Tony Iommi, pas question de passer son tour. Oh bien sûr, ceux qui ont vu Black Sabbath dans les années ’70 ou à l’époque « Dio » me diront que le groupe est aujourd’hui bien loin de son âge d’or, et il est difficile de contredire ceux-là. Mais pour les gens de ma génération, les opportunités de voir les Britanniques en concert n’ont pas été fréquentes depuis quinze ans (et la tournée Reunion), c’est le moins qu’on puisse dire… Il faut alors faire un choix entre voir Black Sabbath comme il est aujourd’hui ou ne pas le voir du tout. Vous connaissez notre choix !

Le tarif exorbitant du parking est rapidement oublié lorsqu’on aborde enfin le Ziggo Dome et ses façades recouvertes de 840.000 LEDs diffusant des images géantes : effet garanti ! L’aménagement de cette salle d’une capacité de 17.000 personnes impressionne également par son ingéniosité. A l’entrée comme à la sortie du concert, aucune cohue, aucune file, les allées étant tellement grandes et bien conçues que la circulation y est très facile. Les gradins sont assez escarpés, assurant une visibilité optimale mais donnant aussi un peu le vertige… Détail amusant : nous ne nous sommes jamais assis dans des sièges aussi confortables pour un concert de metal. Heureusement que nous ne venons pas voir Etienne Daho, car résister au sommeil eut alors été impossible ! Ce détail vous paraîtra sans doute parfaitement futile, mais nos dos meurtris par les heures de concert passés debout se félicitent du confort… Assez tourné autour du pot, passons aux choses sérieuses.

Ainsi que le veut la tradition, nous ratons la première partie du soir, les Anglais de Uncle Acid & the Deadbeats et leur doom psyché, et quelques minutes à peine après s’être assis (ai-je déjà mentionné le confort des sièges ?), le trio de Birmingham investit les planches au son du classique « War Pigs ». Je dis « trio » car, vous le savez sans doute, le batteur Bill Ward n’est pas de la partie, pour des raisons par ailleurs assez vagues (condition physique, brouille financière,…). Il est remplacé sur cette tournée 13 par Tommy Clufetos, le batteur d’Ozzy Osbourne, né un an après Never Say Die! Le détail est cocasse puisque ce soir, Clufetos jouera des titres qui, dans leur vaste majorité, datent d’avant sa naissance ! A commencer par ce « War Pigs », justement, qui fait trembler le Ziggo Dome. Le son est très (trop) fort et les riffs plombés d’Iommi font particulièrement mal. Même si le chant et les instruments sont tous très bien mis en son ce soir, on retiendra surtout la basse de Geezer Butler, car rares sont les concerts où cet instrument est à ce point perceptible dans le mix (il faut dire qu’en l’absence de guitariste rythmique, durant les soli de guitare, ce sont Butler et Clufetos qui assurent seuls derrière, pour notre plus grand plaisir). Musicalement c’est donc, à peu de choses près, l’extase. On ne peut pas en dire autant du chant, la justesse d’Ozzy faisant quelques embardées qui font grincer les dents. Il en sera de même durant « Into the Void », titre de Master of Reality (1971) avec lequel enchaînent les Anglais. Heureusement, les choses vont largement s’améliorer par la suite, Ozzy parvenant à faire illusion en prenant conscience de ses limites, ce qui n’empêche quelques ratés par-ci par-là (« Behind the Wall of Sleep »).

Ce soir, on l’a dit, Black Sabbath jouera exclusivement des titres de la décennie ’70, ainsi que trois titres de son nouvel album 13. Après un « Under the Sun / Every Day Comes and Goes » (Vol. 4) certes surprenant mais guère marquant, le groupe décoche un « Snowblind » (du même album) qui ne manque pas d’allure et remporte un franc succès auprès du public. Il faut louer la qualité exceptionnelle des projections vidéo. Non seulement la qualité de l’image est-elle cristalline lorsque la caméra filme (équitablement) les quatre musiciens, mais de surcroît les images « d’illustration » sont-elles vraiment soignées. A l’occasion d’un « Fairies Wear Boots », par exemple, les images érotico-horrifiques se marient-elles particulièrement bien à la musique. Du travail de professionnels ! Sur scène aussi, nous avons affaire à des professionnels, le premier d’entre eux étant à n’en pas douter le maître Tony Iommi, grand par le talent comme par la sobriété et la précision. Tous ses riffs, sans exception, font l’effet d’un marteau frappant l’enclume et ses soli sont d’une classe folle. C’est un vrai moment d’émotion que de voir cet homme, qui souffrait encore il y a peu d’un cancer lymphatique, mettre la salle à genoux sans aucune esbroufe, juste en distillant ses riffs comme des bonbons aux enfants gourmands que nous sommes. Cela dit, Geezer Butler nous prouve qu’il n’a, lui non plus, de leçons à recevoir de personne à l’occasion d’un court et sautillant solo de basse avant « N.I.B. », second titre de l’énorme album éponyme du groupe après l’effrayant « Black Sabbath », dont l’ambiance est bien rendue par Ozzy, à l’aise dans ce registre. Quant à Tommy Clufetos, nous aurons souvent l’occasion de nous demander ce qui a bien pu passer par la tête des Britanniques en ne demandant pas à cet homme de jouer sur leur dernier opus. Car celui-ci nous donne une leçon d’énergie (quelle frappe de mule !) et de précision tout au long du concert, et plus particulièrement lors d’un solo pas ennuyeux du tout qui permet à nos « papys » préférés de souffler un peu avant l’interprétation d’un « Rat Salad » tiré de l’indispensable Paranoid (l’album le plus représenté ce soir avec cinq extraits)…

On remarque également avec plaisir que les titres de 13 se fondent parfaitement dans la setlist. Nous avions dit que ces titres respiraient les années ’70 : la performance de ce soir en est la meilleure démonstration. A peine regrettera-t-on la durée un peu excessive de « God is Dead? », alors qu’un « End of the Beginning » se révèle lui aussi terrifiant avec son atmosphère proche d’un « Black Sabbath ». Si l’interprétation d’Ozzy est, dans l’ensemble, plutôt une bonne surprise – il faut dire que je craignais le pire –, avouons que son interaction avec le public est assez décevante. S’il communique volontiers entre les morceaux (avec son atroce accent cockney !), le Madman a tendance à répéter toujours la même chose (on ne compte plus les « I can’t fucking hear you » répétés ce soir). Il a beau balancer son traditionnel seau d’eau sur le public durant « Children of the Grave », pour le charisme, on repassera…

La fin du set ne manque pas d’allure. « Iron Man » vient bien sûr à point nommé pour botter les fesses d’un public rarement extatique dans ce pays, avant un « Dirty Women », seul extrait de Technical Ecstasy (1976) joué ce soir, illustré par des vidéos émoustillantes du meilleur effet. « Children of the Grave » (Master of Reality) enfonce le clou de la plus belle des manières avant que les Anglais ne rejoignent les vestiaires. Le public entier n’a plus qu’un mot à la bouche : « Paranoid ». Et c’est évidemment sur ce classique intemporel que Black Sabbath vient clôturer son set avec panache, devant un public particulièrement bruyant ! Ce soir, Black Sabbath aura visité cinq de ses huit premiers albums. Que le raté Never Say Die!, dernier opus des années ’70 avec Ozzy, dont j’avoue aimer la chanson-titre, ne figure pas dans la setlist, rien d’étonnant à cela. Certains pourraient par contre regretter l’absence des bien plus conseillés Sabbath Bloody Sabbath et Sabotage, mais au vu du show proposé par ces véritables légendes vivantes, il est très difficile de se plaindre. En effet, qui ne se réjouirait pas de voir ce groupe encore si fringuant, plus de quarante ans après ses débuts ?

Tracklist :
1. War Pigs
2. Into the Void
3. Under the Sun / Every Day Comes and Goes
4. Snowblind
5. Age of Reason
6. Black Sabbath
7. Behind the Wall of Sleep
8. Solo basse + N.I.B.
9. End of the Beginning
10. Fairies Wear Boots
11. Solo batterie + Rat Salad
12. Iron Man
13. God Is Dead?
14. Dirty Women
15. Children of the Grave

Rappel :
16. Paranoid

Chroniqué par : MASTEMA
 
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