Cradle of Filth / Behemoth / In Solitude / Inquisition / Svarttjen

Atelier (Luxembourg, LUX)

C’est à l’Atelier de Luxembourg-ville que la tournée européenne réunissant Cradle Of Filth, Behemoth, In Solitude, Inquisition et Svarttjern faisait escale ce mercredi 19 février 2014. Peu accoutumée à accueillir du metal extrême, du black metal en particulier, c’était l’occasion d’assister à une affiche fort intéressante dans cette salle réputée. Précisons que la réputation de la salle Grand-Ducale vient davantage du prestige de la programmation pop, rock, metal que de la qualité du son ou du prix de la bière (3€ la 25cl de Diekirch, gloups). Deux autres éléments jouent en faveur de cette salle : la situation géographique au croisement des routes de tournées européennes et une manne financière plus grande qu’ailleurs qui permet d’accueillir des grands groupes de renom dans une salle de taille moyenne (capacité de 1200 personnes). Perso, j’y apprécie en particulier la proximité entre le bar et la scène (au fond à droite) ; regarder Serj Tankian à moins de 10m tout en étant accoudé au bar est quand même très sympa.

Pour tous les metalleux du Luxembourg belge et des trois frontières (Grand-Duché / Lorraine / Sarre allemande), c’était donc une belle occasion de voir du black metal, musique underground s’il en est, dans de relativement bonnes conditions. Car oui, n’en déplaisent à certains, Cradle Of Filth reste résolument méconnu face aux groupes ayant foulé les planches du Den Atelier. Mais je dois bien avouer que ceux qui m’ont attiré en premier lieu à ce concert étaient Svattjern et Inquisition.

Oui mais voilà, le monde est crasse et ne tourne jamais comme on l’espère. Avec 5 groupes à l’affiche et un co-headlining (les 2 têtes d’affiche exigeant sans doute des conditions identiques et optimales, ce qui requiert un plus long sound-check), on avait presque droit à un mini-festival (les 3 tour bus devant la salle en attestaient). Bref, Svarttjern ouvrait les hostilités à 17h55 ! Un mercredi. Fuck off ! Impossible d’être aussi tôt accoudé au bar pour apprécier le True Norwegian Black Metal de Svarttjern ni le black thrash des colombiens d’Inquisition. Déception. J’ai donc acquis les exemplaires de leurs derniers méfaits pour me rabattre sur des chroniques. Restez connectés à Rock’n’Balls…

Arrivé au début du set des suédois de In Solitude, j’espérais que découvrir un groupe totalement inconnu à mes oreilles allait compenser la frustration de ne pas avoir vu les 2 premiers support acts. Las, nouvelle déception. Leur espèce de heavy metal teinté de doom rock m’a laissé totalement de marbre. En live, rien ne se semblait dégager de leur musique. Pire, le groupe entier manquait de présence scénique et le chanteur ne semble pas avoir l’étoffe d’un frontman. Sans parler du manque de cohérence avec le reste de l’affiche.

Je vais sans doute m’attirer les foudres de beaucoup mais si j’avais fait le déplacement ce soir-là, ce n’était certainement pas pour les polonais de Behemoth. Sur disque, je n’ai jamais accroché à leur black death. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Leur prestation scénique a été irréprochable, tout l’inverse des précédents en fait. Gros son, présence scénique impériale (l’impressionnante carrure de "Conan le barbare" du bassiste Orion en impose vachement), accessoires sataniques modestes mais sympas, lights fulgurants, bref un show très pro. Au vu de l’engouement général du public pour les polonais, je pense qu’on peut parler de franc succès. La personnalité et le charisme de Nergal n’y sont sans doute pas étrangers. C’est quelqu’un qui a l’air fort sympathique et son parcours, son combat, force l’admiration. Les fans le lui rendent bien. D’un strict point de vue personnel, je suis content de les avoir vus sur scène mais cela ne m’a pas permis de trouver les clés de compréhension de leur musique ni de l’apprécier. Je n’ai jamais trop accroché au black death (sauf Dissection, si tant est que l’on puisse les qualifier ainsi) et Behemoth n’est actuellement pas en mesure de me faire changer d’avis. Dommage.

Tout aussi dommage est l’attitude d’une frange du public présent ce soir-là à l’Atelier. En effet, un bon quart des gens a quitté la salle en même temps que les polonais. Devaient-ils prendre un train ou bien refusent-ils d’entendre ne fut-ce qu’une seconde de Cradle Of Filth ? Si c’est une attitude réactionnaire, c’est de l’idiotie pure et simple. Oui, Cradle Of Filth est sans doute le groupe de black metal le plus commercial (au sens du plus vendeur) de sa génération (avec Dimmu Borgir). Oui, le groupe de Dani Filth est parfois risible (dans son imagerie surtout). Oui, leur musique est théâtrale, parfois grand-guignolesque. Oui, leurs premiers albums étaient nettement meilleurs. Mais est-ce suffisant pour ne même pas rester 5 minutes pour écouter ce qu’ils ont à proposer en 2014 ? Les absents ont eu largement tort car ce soir-là, les anglais ont régné en maître sur le Luxembourg. Première remarque : le line-up semble avoir à nouveau été remanié ! Exit les guitaristes Paul Allender et James McIlroy et welcome… des nouvelles têtes non identifiées (dont un chauve qui ressemble à s’y méprendre à Galder sans son affreuse moustache). Rien de grave, plutôt habituel même. De toute façon, Cradle Of Filth s’incarne avant tout en son chanteur Dani. Arborant un look plus sobre (tout est relatif, hein), les corpses paints sont plus basiques, comme un retour au "vrai" (c’est tout aussi relatif) black metal. Après une entrée en matière avec un « Chthulu Dawn » bien efficace, on apprend que Cradle fête les 20 ans de son premier album The Principle of Evil Made Flesh avec cette tournée européenne. Et d’enchainer avec le titre du même nom. Mais la vraie surprise, c’est d’entendre un set axé à 90% sur le passé et les premières heures de gloire du groupe. Quel plaisir que de réentendre le sublime « Malice Through the Looking Glass », un non moins excellent « Cruelty Brought thee Orchids », le must incontournable « Her Ghost in the Fog » ou encore « Born in a Burial Gown » (tiré de l’EP Bitter Suites to Succubi). La seule entorse à ce set passéiste est « For Your Vulgar Delectation » tiré du dernier album. Ce titre ne dénote pas trop mais j’aurais préféré entendre à la place « A Gothic Romance », « Lustmord and Wargasm » ou « From the Cradle to Enslave ».

Musicalement, les morceaux sont exécutés parfaitement. Les guitaristes mercenaires s’acquittent de leur tâche avec zèle, le batteur Martin Skaroupka caché en fond de scène martèle comme il se doit et les claviers sont à l’honneur. La claviériste Lindsay Schoolcraft était souvent dissimulée derrière le guitariste (la scène de l’Atelier n’est pas grande mais un peu de galanterie bordel !) alors qu’elle avait aussi en charge les chœurs et petites incursions de chant féminin. Elle a d’ailleurs parfaitement assumé ce rôle éminemment important dans la musique de Cradle. Mieux, la différence avec Sarah Jezebel Deva était imperceptible et son interprétation du morceau « Nymphetamine » était quasi identique aux parties originales de Liv Kristin. On peut dire sans conteste que Cradle Of Filth a bénéficié du meilleur son de la soirée. Rien à en redire. Le public (et moi-même) avons même été comblés par une prestation sans faille de Dani Filth. Je gardais de lui et de son groupe un piètre souvenir de leur passage à l’AB en 2005. Le petit chanteur a parfois tendance à faiblir vocalement en fin de concert, surtout pour les parties aigues, encore plus importantes à l’identité du groupe que le chant féminin. Dani a été irréprochable à l’Atelier. Le final « Funeral in Carpathia » a tout simplement été majestueux Si l’on rajoute un écran avec la projection des clips de certains titres ou des images en noir et blanc de cimetières (le visuel gothique des débuts), c’était un concert inattendu pour le fan du Cradle des débuts que je suis mais aussi pour d’autres, restés peut-être à contrecœur. Cette soirée avait commencé sur de la frustration, elle s’est terminée sur une belle surprise, enchanteresse et empreinte de nostalgie. Si seulement cet anniversaire pouvait leur donner l’inspiration pour des nouvelles compos à la Dusk and Her Embrace…



Chroniqué par : VANARKH
 
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