Dream Theater / Periphery

Rockhal (Esch-sur-Alzette, LU)

Ah le Luxembourg ! A un jet de pierre de chez nous, et pourtant rarement le mot « frontière » n’a-t-il eu autant de sens. Car au moment de la franchir, c’est bel et bien dans un autre monde que nous pénétrons. C’est cette fois sur le Rockhal que nous mettons le cap, sis dans la délicieuse cité d’Esch-sur-Alzette. Cela ne s’invente pas : la salle est installée dans…l’Avenue du Rock ‘n Roll ! Se rendre à un concert au Luxembourg, c’est comme manger une saucisse Zwan : ça ressemble à une saucisse, ça goûte la saucisse, mais croyez-moi, ce n’est pas de la saucisse. La différence se remarque d’emblée, lorsque nous constatons que le parking du centre commercial voisin de la salle de concert est en accès libre et gratuit pour les metalleux éblouis par un tel génie de l’organisation. Les abords du Rockhal, ensuite. Vous connaissez tous les infâmes baraques à frites-hamburger sur lesquelles vous vous jetez et qui vous flanquent une fois sur deux des coliques tellement la « nourriture » y est grasse. On les retrouve au Luxembourg, sauf que là-bas, on vous sert avec des gants en latex, vous avez des distributeurs de serviettes en papier et, le plus important, on vous y sert de la vraie viande rudement bonne ! Côté nourriture, permettez-moi d’enfoncer le clou en évoquant brièvement les crêpes au Nutella ainsi que les gaufres aux fraises servies à l’intérieur de la salle : aussi inimaginables que délicieuses ! Qualifiez-nous de « précieux » si vous le voulez, mais en attendant, quel plaisir… Et je ne vous parle même pas du billet de 10 € que nous trouvons par terre : en Belgique, quand les gens perdent du pognon, il s’agit dans le meilleur des cas d’une pièce de 10 cents. Au Luxembourg, on passe directement aux billets. Pour mettre fin à cette longue digression farfelue, je tiens à préciser que, musicalement, tout est à l’avenant : salle énorme, bonne visibilité et son énorme durant tout le concert ! Pas étonnant, dans de telles circonstances, qu’après avoir été longtemps boudé par les tourneurs, le Luxembourg constitue de plus en plus une étape obligatoire des tournées européennes de groupes qui ignorent pourtant encore souvent des pays comme la France…

Ce soir, ce sont donc nos amis de Dream Theater que nous sommes venus voir (pour changer, nous ratons à nouveau la première partie ; il s'agissait cette fois de Periphery). Pour votre serviteur, c’est loin d’être la première fois mais pourtant, cette tournée a de quoi exciter la curiosité, s’agissant de la première en compagnie du nouveau batteur Mike Mangini, successeur du légendaire Mike Portnoy. Les Américains débarquent sur une scène assez épurée mais jolie avec une nette envie d’en découdre, le concert de ce soir étant le dernier de la tournée européenne. C’est particulièrement le cas de James LaBrie, qui ne cesse d’arpenter la scène en long et en large pendant tout le concert, et Mike Mangini, le visage barré d’un immense sourire de gosse. Sans surprise pour ceux qui ont été voir les set lists des autres concerts, Dream Theater déroule sur toute la tournée la même sélection de chansons. Un fait anodin pour la majorité des groupes mais inhabituel voire décevant de la part des maîtres du prog metal qui, sous la houlette de Mike Portnoy, nous avaient habitués ces dernières années à une rotation incessante des set lists. Le fait est sans doute lié à l’arrivée récente de Mangini, qui n’a pas encore eu le temps d’ingérer tout le back catalogue du groupe. Pour l’heure on n’en voudra donc pas à Dream Theater (en espérant tout de même qu’il revienne vite à ses bonnes habitudes !), surtout que le choix des morceaux n’est pas inintéressant du tout…

Pas moins de six extraits (sur neuf) du dernier opus, A Dramatic Turn of Events (2011), sont joués ce soir et, disons-le franchement, c’en est un ou deux de trop. Autant avons-nous beaucoup aimé l’album, autant aurions-nous préféré qu’il cannibalise moins le temps de jeu de Dream Theater, surtout que certains titres se révèlent dispensables en live. C’est par exemple le cas de « Build Me Up, Break Me Down » et de la ballade mièvre « Beneath the Surface » (joué dans un mini-set acoustique avec l'agréable et bien plus rare « The Silent Man »), qu’on aurait troqués avec plaisir contre des morceaux plus intéressants. Par contre, saluons les prestations énergiques de « Bridges in the Sky » (balancé d’entrée) et de « On the Backs of Angels », certainement de futurs classiques. Le groupe est évidemment parfaitement en place (avec Dream Theater, c’est un euphémisme), le son est excellent, le public est en forme et James LaBrie prend régulièrement le temps de s’adresser au public. Trois petits écrans en fond de scène nous permettent de ne pas rater une miette de la performance et des quelques animations un peu lourdingues mais fun si on les prend au second degré.

Ce qui nous intéresse avant tout, ce sont toutefois les titres moins attendus. Et nous sommes servis. Ainsi, dès le deuxième morceau, le groupe excave un « 6:00 » tiré d’Awake qu’on n’avait franchement pas vu venir ! Idem un peu plus tard avec la ballade « Surrounded » (Images and Words), suivie du pêchu « The Root of All Evil » (Octavarium). Et que dire de ce petit détour par le premier opus du groupe, When Dream and Day Unite, avec le temps du single « A Fortune in Lies » ? Belle prestation de James LaBrie dans un registre particulièrement aigu ! Il faut dire que le frontman est très à l’aise ce soir, ne commettant aucune faute de goût et interprétant impeccablement même les parties les plus difficiles. Objectivement, soutenir son chant reste un peu pénible sur tout un concert, mais reconnaissons que le bougre donne tout ce qu’il a. Petit moment de repos pour les autres musiciens doublé d’un « exercice de relations publiques » (l’expression est de notre ex-collègue Downey), Mike Mangini nous gratifie d’un solo de batterie proprement ahurissant. Si l’exercice s’avère souvent ennuyeux à mourir, le batteur nous sort le grand jeu et aura sans doute mis à genoux même les plus réfractaires à son intégration dans le groupe : chapeau !

Et le groupe d’encore nous étonner, plus tard dans la soirée, avec cet enchaînement « War Inside My Head » et « The Test That Stumped Them All » (Six Degrees of Inner Turbulence) qui fait vraiment très mal, suivi d’une magnifique parenthèse solo de John Petrucci, tout en feeling, qui introduit le toujours aussi magnifique « The Spirit Carries On », tiré de l’indispensable Metropolis Pt. 2: Scenes From a Memory. Dream Theater ne nous offre qu’un seul rappel ce soir, le classique « Pull Me Under », qui fait facilement l’unanimité au sein du public. Il faut dire que les Américains ont joué environ 2h15 et l’on se doit de saluer cette durée de show qui devient hélas bien trop rare aujourd’hui (on ne compte plus les têtes d’affiche quittant les planches après 1h30 top chrono). Même si Train of Thought, Systematic Chaos, Black Clouds & Silver Linings et le plus décrié Falling Into Infinity ont été oubliés, le groupe nous a convié à un petit voyage très sympathique à travers sa longue discographie, profitant même de l’occasion pour nous présenter quelques titres plus joués depuis des lustres. Les plus attentifs dans le public auront toutefois remarqué qu’il manquait un petit quelque chose à Dream Theater. Le groupe ne s’est lancé dans aucune jam, n’aura pas fait preuve de folie – à limage d’un Jordan Rudess incroyablement effacé pendant tout le concert. Sans mauvaise foi aucune, je pense que l’absence de Mike Portnoy y est clairement pour quelque chose. Le batteur historique était, on le sait, non seulement le moteur du groupe mais aussi et surtout l’initiateur de bon nombre d’idées et de projets, y compris en configuration live. Ce soir DT a été bon, voire très bon, mais aussi très sage et académique. Espérons qu’il retrouve un peu de sa magie lorsque l’intégration de Mike Mangini sera effective à 100%. Mais entendons-nous : rares seront ceux ayant passé une mauvaise soirée !

 

Setlist :

1. Bridges in the Sky
2. 6:00
3. Build Me Up, Break Me Down
4. Surrounded
5. The Root of All Evil
6. Solo batterie
7. A Fortune in Lies
8. Outcry
9. The Silent Man (acoustique)
10. Beneath the Surface (acoustique)
11. On the Backs of Angels
12. War Inside My Head
13. The Test that Stumped Them All
14. Solo guitare
15. The Spirit Carries On
16. Breaking All Illusions

Rappel:

17. Pull Me Under



Chroniqué par : MASTEMA
 
RETOUR
+ DE LIVE REPORTS

16-06-2016
  TREMONTI + MAN THE MIGHTY + CROBOT
Theater (Heerlen, NL)

30-05-2016
  KORN / BEYOND THE BLACK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

20-02-2016
  SYMPHONY X / MYRATH / MELTED SPACE
Biebob (Vosselaar, BE)

14-02-2016
  DAGOBA / LIGHTMARE
L'Entrepôt (Arlon, BE)

 

30-12-2015
  MONARCH / BIRUSHANAH / ORNA
Magasin 4 (Bruxelles, BE)

17-11-2015
  SLAYER / ANTHRAX / KVELERTAK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

11-11-2015
  VREID / KEEP OF KALESSIN
Kultur Fabrik (Esch-sur-Alzette, LU)