Flying Colors / John Wesley

Poppodium 013 (Tilburg, NL)

Décidément, c’est la saison Flying Colors sur Rock ‘n Balls. Après une « carte blanche » consacrée au premier opus du groupe, puis une chronique « classique » sur le second qui vient de sortir, voici que les Américains sont à nouveau à l’honneur dans nos colonnes, cette fois pour un petit live report. Dix dates de tournée, dont seules sept ont lieu en Europe… Vu comme ça, impossible de refuser ce déplacement (en semaine) chez nos voisins du nord pour voir Flying Colors défendre Second Nature sur les planches. Depuis la dernière fois où nous y avons mis les pieds, il y a quelques années, le 013 a subi quelques modifications, avec notamment l’ajout de deux étages de balcons qui garantissent une excellente visibilité. Grâce à ces aménagements, cette salle très agréable par le passé monte encore d’un cran dans notre estime, et ce n’est pas la qualité sonore, fantastique toute la soirée durant, qui nous fera changer d’avis ! Est-ce pour cette raison qu’inconsciemment et exceptionnellement, nous ne ratons pas une miette de la prestation du groupe d’ouverture ? Non, ne mentons pas, c’est plutôt lié au fait que John Wesley et sa troupe débutent leur set avec pas moins de 40 minutes de retard sur le programme…

Surtout connu pour être le guitariste live de Porcupine Tree depuis douze ans, Wesley possède une discographie personnelle plus que conséquente, l’Américain ayant publié huit disques depuis 1994. C’est accompagné de trois musiciens de talent qu’il accompagne Flying Colors en Europe : le batteur Mark Prator (pas un inconnu non plus, puisqu’il a joué avec Iced Earth par le passé et qu’il a produit et enregistré une belle brochette d’artistes, dont Morbid Angel, Obituary ou Circle II Circle), le bassiste (qui joue aussi sur Chapman stick) Sean Malone (Cynic, Gordian Knot) et le guitariste au look « emocore » Ian Medhurst. Si elle n’occupe qu’un gros tiers de la scène, la bande de Wesley bénéficie par contre d’un temps de jeu très correct ainsi que de conditions sonores enviables, et c’est donc avec un certain plaisir que l’on découvre les compos de rock mélodique signées de Wesley, et notamment celles de Disconnect, dernier opus en date que le groupe défend ce soir. De bons musiciens – surtout les leads de guitare, logiquement mis à l’honneur – mais aussi un bon chanteur (Wesley se débrouille vraiment bien) : la découverte est agréable et le public, très compact, ne s’y trompe pas en réservant au groupe un accueil chaleureux. Pour ma part, c’est surtout sur la durée que le bât blesse. Certes, la musique du combo est loin d’être désagréable et sur le plan des six-cordes, on est servis (sans esbroufe, Wesley privilégiant nettement la mélodie), mais après quatre ou cinq morceaux, on a envie de passer à autre chose. Cet avis est toutefois subjectif, puisque je ne suis pas un amateur du genre pratiqué par l’Américain. Le groupe aura, quant à lui, passé un bon moment, quittant la scène sous des applaudissements nourris.

Il faudra ensuite une bonne demi-heure d’attente pour qu’enfin Flying Colors n’investisse le 013. Notre patience sera néanmoins bien vite récompensée, puisque c’est avec un son impeccable que le combo déroule d’entrée de jeu « Open Up Your Eyes », le premier titre ultra-progressif de Second Nature. Le supergroupe n’est guère friand des tours de chauffe, et c’est donc une prestation bouillante qui nous est servie par des musiciens qui ont visiblement hâte d’en découdre. Nos regards se portent déjà sur Mike Portnoy, ne tenant pas en place derrière son kit, haranguant la foule entre deux signatures rythmiques improbables et prenant visiblement un pied d’enfer. Au bout de ce morceau de bravoure de plus de dix minutes, nous sommes déjà conquis, et l’infatigable Portnoy de déclarer au micro sa joie d’être de retour dans cette salle où fut capté le DVD Live in Europe : « C’était il y a deux ans. Vous semblez avoir rajeuni de deux ans, et moi j’ai l’impression d’avoir vieilli de dix ans pendant ce laps de temps ! ». Le bougre devrait être gêné de balancer ça, lui qui vient de se démener comme un beau diable !

Casey McPherson introduit à la guitare le titre suivant, « Bombs Away », avec son riff à la Deep Purple qui passe très bien le test de la scène, même si on reste convaincu que Flying Colors est capable de mieux. Le groupe revient au top avec un enchaînement tiré de son premier opus éponyme qui ne peut que mettre tout le monde d’accord. La ballade « Kayla » est chantée avec beaucoup de finesse par McPherson (épaulé de temps en temps par Neal Morse, juché derrière ses claviers à l’arrière de la scène), tandis que l’irrésistible « Shoulda Coulda Woulda » fait un sacré effet dans un registre bien différent, du rock lourd et moderne, accrocheur à souhait. Sur le finale, Portnoy nous régale avec des improvisations énormes, qui nous rappellent pour la centième fois que ce musicien hyperkinétique est un monstre absolu derrière un kit de batterie. L’ex-Dream Theater sait aussi assurer le show, au point que Corvus m’avouera après le concert avoir passé la moitié du temps à ne regarder que ce « frontman derrière une batterie » (sic). La répartition des rôles au sein de Flying Colors ne manque pas de faire sourire, puisque Portnoy, McPherson et Neal Morse prennent tour à tour le micro, LaRue et Steve Morse jouant les guerriers de l’ombre. Si au départ, on peut regretter l’absence d’un vrai (et unique) leader, on s’habitue assez vite à cette organisation ressemblant davantage à un groupe de potes qu’autre chose.

C’est Neal Morse qui prend d’ailleurs la parole pour lancer la ballade « The Fury of My Love », autre extrait de Second Nature (tout l’album sera d’ailleurs joué, à l’exception de « Lost Without You ») et un des titres préférés de notre ami prédicateur, selon ses dires. Si ce morceau nous paraissait bien mièvre sur album, il faut admettre qu’en configuration live il prend une autre dimension, sans doute grâce à la performance profonde et nuancée de McPherson. Le quart d’heure gentillet se poursuit avec « A Place in Your World » qui, quant à lui, nous fait exactement la même impression en concert que sur disque : agréable, mais sans plus. Tout le contraire de « Forever in a Daze », sur lequel Dave LaRue et ses slaps monstrueux dominent, tandis que McPherson fait à nouveau des merveilles derrière son micro.

La bonne humeur communicative de ce concert transpire constamment, et notamment sur l’introduction du celtique « One Love Forever ». C’est en effet entouré de Portnoy et Morse derrière le micro que McPherson entame le chant collégial de ce morceau, son batteur en profitant même pour lui faire… un bisou (« mon premier bisou ! », s’exclame le Texan) ! On ne savait pas que la complicité entre musiciens avait atteint de telles proportions… Ce moment drôle nous fait oublier la qualité de ce titre qui, on le confirme au vu de son interprétation live, ne nous convainc pas totalement. Une petite baisse d’intensité qui sera vite oubliée au vu du titre suivant, introduit par l’inénarrable Portnoy. Celui-ci revient sur la recherche d’un chanteur lorsque Flying Colors fut formé, en 2012. Alors que bien des candidats avaient été considérés puis écartés, Portnoy se souvient d’une soirée passée dans sa chambre d’hôtel, en tournée, avec son iPod dans les oreilles : « J’entends tout à coup ce morceau et je me dis : ‘voilà le chanteur qu’il nous faut !’ ». Et Casey McPherson de se lancer dans l’interprétation en solo, à la guitare électroacoustique, de « Colder Months », un titre de son groupe principal Alpha Rev. Il ne nous faut pas longtemps pour comprendre pourquoi Portnoy est tombé sous le charme ! Cela fait en effet des lustres que je n’avais pas ressenti pareils frissons en concert à l’écoute d’une chanson simple, chantée avec une émotion profonde et sincère. Un moment magique qui, je pense, a donné à beaucoup de monde l’envie de se pencher sur le cas Alpha Rev – à raison.

A partir de ce moment-là, on entame une fin de concert dantesque où rien n’est à jeter. C’est d’abord le doux « Peaceful Harbor » qui enchante nos oreilles, avant que le single « The Storm » (tiré du premier album du supergroupe) n’enflamme le 013 avec ses mélodies ultra-accrocheuses, et que ne déboule l’énorme « Cosmic Symphony », qui clôturait Second Nature. Ce long titre confirme tout son potentiel va une interprétation une fois de plus immaculée de musiciens exceptionnels avec à leur tête un chanteur qui nous procure de nouvelles émotions fortes. Fort logiquement, le groupe ne pouvait faire l’impasse sur son single le plus récent, « Mask Machine », et c’est sur ce titre aux multiples facettes, accrocheur et aux relents évidents de Muse que le groupe tire sa révérence… Pas pour longtemps puisque le voici de retour pour un dernier tour de piste placé sous le sceau du progressif, « Infinite Fire » (qui clôturait le premier opus du combo). Une dernière fois, le public peut savourer les harmonies vocales intouchables, les partie instrumentales de haut vol et, de façon générale, cette osmose entre musiciens si rare qu’il serait criminel de ne pas en profiter à fond.

Comme souvent, les absents auront eu tort car, dans le genre auquel il appartient (et qui s’apparente de plus en plus à du rock progressif depuis la sortie de son second opus – c’est le seul bémol à signaler, d’ailleurs), Flying Colors a apporté la preuve par A + B qu’il est un grand groupe. Certains me diront que ce concert n’aura donc servi qu’à confirmer une évidence… certes, mais pareille communion musicale n’en reste pas moins un grand moment à ne pas manquer ! Nous quittons ce 013 qui mérite toutes nos louanges peu avant minuit pour regagner nos pénates, après 1h30 de route. Une durée qui n’affecte guère « Papy » Downey, déjà au pays des rêves à peine un quart d’heure après avoir posé ses fesses sur la banquette arrière… Où est-il passé, le temps des nuits blanches ? Le bougre a récemment fêté ses trente ans, il faut l’excuser…


Setlist :
01. Open Up Your Eyes
02. Bombs Away
03. Kayla
04. Shoulda Coulda Woulda
05. The Fury of My Love
06. A Place in Your World
07. Forever in a Daze
08. One Love Forever
09. Colder Months (reprise d'Alpha Rev)
10. Peaceful Harbor
11. The Storm
12. Cosmic Symphony
13. Mask Machine

Rappel :
14. Infinite Fire


Chroniqué par : MASTEMA
 
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