Iced Earth / Evergrey / Steel Engraved / Dead Shape Figure

Trix (Antwerp, BE)

En ce mardi de décembre pas très froid pour la saison, c’est un beau duo de heavy/power metal qu’accueille le Trix d’Anvers, et nous sommes bien décidés à ne pas rater l’occasion. D’autant plus que les deux formations en question ont à leur actif un dernier opus aussi réussi qu’inespéré. Alors que les Suédois d’Evergrey signaient un beau retour en grâce après le départ d’une majorité de son line-up avec Glorious Collision (2011), que dire du coup de poing asséné par Iced Earth, signant avec Dystopia (2011 également) un de leurs opus majeurs avec un nouveau chanteur d’exception ?

Comme d’habitude, nous ratons un des groupes d’ouverture de la soirée (les thrasheurs finlandais de Dead Shape Figure), mais avons le temps de prendre le pouls du concert de Steel Engraved, venu défendre son petit dernier On High Wings We Fly (publié en septembre dernier). Pour le coup, nous n’avons pas été très inspirés car les Allemands, s’ils font parfois illusion, ne risquent pas de marquer l’assistance au fer rouge. Des riffs banals au chant bien trop marqué par les ténors du genre (Bruce Dickinson en tête), Steel Engraved n’a pas beaucoup d’arguments pour dynamiser un public pourtant beau joueur, et cela malgré les efforts louables de son molosse de chanteur, Marco Schober. Après une petite vingtaine de minutes de sound check et de changement de décor, on passe d’un coup à la division supérieure avec les Suédois d’Evergrey. Le groupe a choisi ce soir de jouer la carte de l’efficacité (vu l’artillerie que va nous déballer Iced Earth, l’idée est bonne), et il ne lui faut pas beaucoup de temps pour gagner à sa cause un public qui ne s’est pourtant pas déplacé pour lui dans sa majorité. « Leave It Behind Us » confirme d’emblée tout le bien qu’on a pensé de Glorious Collision, avant un « The Masterplan » qui est depuis longtemps un morceau-phare des concerts du groupe. Le son est bon, le chant impeccable (et pourtant Tom Englund ne fait appel à presque aucun effet, chose rare) et les musiciens impliqués et heureux d’être là. Alors que seuls Englund et le claviériste Rikard Zander sont des « anciens », on jurerait voir sur scène un line-up chevronné, tant l’unité et le niveau de jeu sont impressionnants. Mieux encore : la complicité entre Englund et son nouveau partenaire six-cordiste Marcus Jidell fait vraiment plaisir à voir. Il faut dire qu’avec le recrutement de ce dernier, Englund a eu le nez fin, car le bougre fait ce soir forte impression, autant par ses soli remarquables que par son attitude scénique. Cela dit, en termes guitaristiques, nous aurons l’occasion de vérifier que le frontman n’a pas grand-chose à envier à son complice…

Après un deuxième extrait de In Search of Truth (« Rulers of the Mind ») destiné aux fans plus anciens, Evergrey convainc les derniers sceptiques avec des titres imparables, dont un trio qui fait particulièrement mal, tiré de ce que je considère être le meilleur opus du groupe à ce jour, Recreation Day (2003) (« Blinded », « As I Lie Here Bleeding » et « Recreation Day »). Englund nous offre également un très beau moment de grâce avec la ballade « Wrong » tirée de Glorious Collision, avant que son groupe ne transforme l’essai grâce au définitif « A Touch of Blessing » (The Inner Circle, 2004). Malgré quelques petits moments de flottement, rapidement oubliés grâce à la bonne humeur des musiciens, Evergrey signe donc un excellent concert, et nous avons hâte de le revoir sur les planches avec un nouvel album sous le bras.

Après Evergrey, nous pensons qu’Iced Earth aura peut-être du mal à faire mieux. Nous sommes bien naïfs… En effet, lorsque les Ricains débarquent sur scène au son de « Dystopia », on a du mal à croire nos oreilles tant le son est…tellurique, surpuissant ! Rarement ai-je entendu un son aussi imposant en concert. Et que dire de l’invraisemblable précision des rythmiques, les guitaristes Jon Schaffer et Troy Seele étant calés à la milliseconde près sur leur frappeur Brent Smedley ? « Unité » est le mot d’ordre ce soir, et Iced Earth ne fait pas les choses à moitié, y compris dans l’habillement « 100% jeans » de rigueur (bandana aux couleurs sudistes en prime pour Schaffer !). Sûr de son dernier album (à raison), le combo floridien en propose ce soir pas moins de six extraits sur dix. Le petit nouveau Stu Block a beau nous confier avant « V » que le groupe s’est couché à 8h du matin la veille, Iced Earth bourre dans le mou sans faiblir (« Burning Times », « V », « Boiling Point », etc.). Le groupe n’hésite pas non plus à piocher avec bonheur dans son passé, à l’instar de Night of the Stormrider (« Pure Evil »), Something Wicked This Way Comes  (« My Own Savior », « Prophecy ») ou The Dark Saga (« I Died For You », « The Hunter »). Les extraits de Framing Armageddon, par contre, se révèlent moins excitants (« Invasion », « Motivation of Man » et « Setian Massacre », joués dans une même foulée, comme sur l’album), à l’instar de ce disque qui figure parmi les moins marquants de la discographie d’Iced Earth. Mais malgré ce petit ventre mou, comment reprocher au groupe de visiter autant d’albums différents ? Les fans ne se plaindront pas, voilà qui ne fait aucun doute…

S’il n’y avait qu’un bémol à cette prestation musclée des Américains, c’est sans doute le son, formidable, mais vraiment très fort et étouffant quelque peu le chant de Block. Rien de dramatique, mais c’est regrettable lorsqu’on considère la performance du jeune vocaliste. Celui-ci confirme ce soir tous les espoirs placés en lui, et de quelle manière ! Sans cesse en mouvement, souriant, complice avec les autres musiciens, charismatique,… Dois-je en rajouter ? Oui ? Dans ce cas, laissez-moi vous dire que Stu Block traverse vocalement toutes les époques du groupe (et elles sont nombreuses à être illustrées ce soir, pour rappel), cris suraigus compris, avec une aisance confondante. Jon Schaffer a eu une chance de cocu en dénichant cette perle rare car, vraiment, toutes les qualités qui nous avaient bluffées sur disque passent largement l’épreuve de la scène. Et le public a décidément des raisons de sourire, puisque Block annonce, en pointant Jon Schaffer du doigt, qu’ « après cette tournée, on va profiter des fêtes, et puis je vais me ramener chez ce mec et on va vous composer un nouvel album ! ». Avec un groupe dans une telle forme (osons parler de seconde jeunesse), voilà une sacrément bonne nouvelle.

Afin de ne pas ruiner l’effet bœuf qu’il a créé ce soir, Iced Earth décide d’achever son public en beauté. En guise de rappels, il nous assène d’abord l’explosif « Boiling Point » (ces rythmiques de Schaffer… incroyables), avant d’enfin s’attaquer au mythique « Melancholy (Holy Martyr) », toujours chaleureusement accueilli. Si nous n’irons pas jusqu’à dire que Block parvient à faire oublier Matt Barlow, le vocaliste s’en sort avec les honneurs sur ce titre difficile. Iced Earth conclut alors via un retour à son premier opus avec « Iced Earth », suivi de « Watching Over Me » tiré de Something Wicked This Way Comes. Le groupe nous a offert une heure et demie de concert sans temps mort et passionnante. Iced Earth paraît aujourd’hui plus fort que jamais, et lorsqu’on compare cette performance survoltée au creux dans lequel se trouvait le groupe il y a à peine quatre ans, le tableau est d’autant plus réjouissant. Nous quittons donc la salle avec beaucoup de bons souvenirs, et nous espérons revoir les deux formations sur les planches le plus rapidement possible. Avant cela, ils passeront sans doute par la case studio mais, après ce soir, qui peut encore douter de leurs qualités ?

 

Setlist Iced Earth :

1. Dystopia
2. Burning Times
3. Pure Evil
4. Wolf 
5. V 
6. My Own Savior 
7. I Died for You
8. Invasion 
9. Motivation of Man
10. Setian Massacre
11. Anthem
12. Prophecy 
13. Dark City
14. Equilibrium 
15. The Hunter

Rappels :
16. Boiling Point
17. Melancholy (Holy Martyr)
18. Iced Earth
19. Watching Over Me

 

Setlist Evergrey :

1. Leave It Behind Us
2. The Masterplan
3. Rulers of the Mind
4. Blinded 
5. As I Lie Here Bleeding
6. Wrong
7. Frozen
8. Recreation Day
9. Broken Wings 
10. A Touch of Blessing



Chroniqué par : MASTEMA
 
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