Ieperfest 2015

Ypres (Belgique)

Photos live © Vanessa Coquelle - www.orgysteria.com

La dernière fois que j'ai daigné me rendre à Ypres pour son festival (pas tant que ça ) "hardcore", ce n'était pas en août, mais en février, lors de l'édition "winterfest". J'en garde un bon souvenir, puisque les événements organisés par Genet ne laissent aucune place à l'improvisation: groupes, son, lieu, bouffe, tout y est toujours bien fait et bien pensé. Lorsque j'ai appris qu'Anaal Nathrakh et Pentagram étaient à l'affiche du 3e jour du festival version été, il était hors de question de rester cul posé sur ma chaise de bureau.

La route vers Ypres en ce dimanche 16 août fut donc longue et gorgée d'impatience, tant l'envie de (re)voir le duo (quintet en live) anglais et la bande à Bobby était grande. Une fois arrivé sur place, je suis d'abord surpris par le manque de monde. L'affluence est "correcte", mais mes souvenirs me font dire que le festival est loin d'afficher complet. J'ai d'ailleurs ouï dire que le vendredi a même connu pire. Soit, passons aux groupes.

Juste le temps d'aller prendre les tickets boisson/bouffe avant d'aller jeter une oreille à la musique des Belgo-Allemands de Nasty. Bon, le hardcore beatdown n'est pas mon truc. Je reconnais au groupe son efficacité et la tchatche du chanteur, mais pour le reste, c'est l'ennui total. Les riffs (ou plutôt le riff) se succèdent, le pit est relativement mouvementé, mais je m'attendais à voir plus de dents par terre étant donné le côté bête et méchant entièrement assumé de Nasty.

Ensuite, direction le chapiteau pour découvrir les Flamands d'Evil Invaders. Après tout, du Thrash old school ne fait jamais de mal. Autant se mettre tout devant d'ailleurs. Ce qui suivit fut en tout cas "ze" baffe dans la gueule! Evil Invaders, ce n'est pas du Thrash respectueux du passé, mais "le" Thrash respectueux du passé. Le quatuor ne se contente pas de jouer juste; chaque note suinte la passion, l'énergie est présente. Les deux guitaristes et le bassiste courent dans tous les sens, y compris pendant des solos. Le chanteur monte dans les aigus avec une aisance que je pensais coincée dans les eighties (à l'image de son marcel Savatage-Gutter Ballet de toute beauté). Le côté "bête de scène" est donc présent et il est évident qu'Evil Invaders a un énorme potentiel, déjà en grande partie exploité. Les membres du groupe sont jeunes, certes, mais ils donnèrent pendant 40 minutes une leçon de Thrash mélodique et dévastateur. On n'est pas loin d'Exciter, des vieux Exodus, du Annihilator des débuts ou encore de l'énergie que Savatage dégageait sur The Hall of The Mountain King. Evil Invaders a un show pro et sauvage en même temps. Cette authenticité fait plaisir à voir et à entendre! La Belgique tient là un magnifique représentant qui va certainement très vite s'imposer comme un acteur essentiel d'une scène Thrash qui avait plus que besoin de sang frais.

Retour ensuite vers la mainstage pour écouter Slapshot, de loin. Pas mon genre, mais je dois reconnaître ceci au groupe: malgré les années, il est toujours "tight", et le public semble ravi de réentendre quelques classiques bien exécutés.

Ensuite, un choix légèrement corsé d'impose: Oathbreaker et Rosetta jouent en même temps. Je choisis l'intimité du deuxième chapiteau (vraiment petit) pour découvrir Rosetta. Le choix s'avéra le bon, puisque la prestation fut fascinante. Son parfait, guitares éthérées, chanteur possédé: Rosetta ne se regarde pas, il/elle se ressent. Le public clairsemé (une petite centaine de curieux) semble d'ailleurs "ailleurs". Les chansons défilent, et la fin du concert arrive bien trop tôt à mon goût.

Brujeria prend ensuite la mainstage d'assaut. Le combo latino-anglo-américain (avec Shane Embury à la guitare) est une bonne blague dont le concept est plus intéressant que le contenu. Passé l'effet de curiosité, l'ennui grandit en moi, d'autant plus que le son est très agressif.

Anaal Natrakh remplit ensuite le chapiteau principal pour jouer son rôle de défouloir nihiliste. Le son n'est pas extraordinaire, mais l'aspect "raw" colle bien aux Anglais. Vitriol est aujourd'hui très bavard, et cela semble d'ailleurs quelque peu irriter Mick Kenney. AN a quand même l'occasion de nous balancer quelques solides morceaux dans les dents, dont les classiques Bellum Omnium Contra Omnes, In The Constellation of a Black Widow ou encore le super classe Between Shit And Piss We are Born. Je regrette l'absence de titre du premier album du groupe, mais c'est là faire le difficile. On sent AN appliqué et de plus en plus habitué aux concerts (rappelons qu'à l'origine, AN était un groupe studio). Même le bassiste de session s'en sort avec les honneurs (il a eu 2 jours pour apprendre le set, chapeau). Et l'humour typiquement anglais de Vitriol fait mouche! Son clin d'œil à l'excellente série anglaise Black Mirror me convainc d'ailleurs que derrière cette déferlante de violence pure se cache des mecs intelligents. Ce n'est pas le meilleur concert que j'ai vu des Anglais, mais c'est toujours largement meilleur que la plupart des groupes extrêmes; Vitriol est un vocaliste absolument incroyable et les compos de Mick Kenney font toujours mouche, y compris celles des albums plus récents.

La suite de l'affiche est moins intéressante à mes oreilles, et je zappe donc sans regret Stick to Your Guns, Less Than Jokes et Birds In a Row (même si je dois préciser que Birds In A Row fait plus que se défendre sur les albums que j'ai écoutés). Satanic Surfers éveille quelque peu ma curiosité en proposant un set énergique.

Le moment tant attendu arrive enfin: Pentagram monte sur scène, le chapiteau est pris d'assaut par la plupart des festivaliers. Voir Bobby Liebling relève du miracle, car le frontman a connu d'énormes problèmes de drogue dans le passé. N'hésitez d'ailleurs pas à regarder l'excellent documentaire "Last Days Here", qui montre la remontée épique de Bobby vers la vie. S'il est marqué physiquement, sa voix n'a pas contre pas morflé. Le mec pue les 70's à 100 mètres! La dernière fois que j'ai pris autant de plaisir à entendre un chanteur de cette génération, c'était Dio. Autant vous dire que j'ai pris un pied total à découvrir Pentagram en live, d'autant plus que les musiciens assurent comme des bêtes et que le son fut tout bonnement parfait. Les classiques se succèdent à une allure folle, avec Be Forewarned en moment fort du concert. Le public a chaleureusement salué la prestation 5 étoiles du quatuor américain, que je ne manquerai pas d'aller revoir lors de leur prochaine venue. Si, comme moi, vous êtes nostalgiques de la meilleure décennie musicale du siècle dernier, allez voir Pentagram, c'est tout bonnement ultime!

Sick of It All clôt ensuite cette belle journée dans la bonne humeur, avec un public fatigué mais conquis. Je ne compte plus les fois où j'ai eu l'occasion de voir le combo américain sur scène, donc l'excitation n'est pas présente en ce qui me concerne. Mais c'est toujours agréable de voir des mecs aussi passionnés sur scène. Lou Koller nargue gentiment le public en lui faisant remarquer que si ce dernier est fatigué après 3 journées de hardcore, ce n'est pas le cas de Sick of it All, qui fait ça depuis… 29 ans! Le temps passe vite, et ne détruit apparemment pas tout.

Il est déjà temps de reprendre la route vers Bruxelles, avec le sentiment que le Ieperfest, ce n'est décidément pas un festival comme les autres, et que le "More Than Music" n'est pas usurpé. Les groupes se sont donnés à fond (avec mention spéciale pour Evil Invaders), le site est bien agencé, les associations de défense des animaux (et de lutte pour la préservation de notre planète), la bouffe impeccable (et vegan), la propreté, le respect entre les festivaliers, la gentillesse des bénévoles font vraiment plaisir, et ça change clairement des grosses machines comme le Graspop où tout semble aseptisé, y compris les prestations mécaniques des gros noms du Metal.



Chroniqué par : CORVUS
 
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