Jon Oliva's Pain

Biebob (Vosselaar, BE)

A l’occasion de sa première tournée après la mort du guitariste Matt LaPorte (le 21 avril 2011, d’une crise cardiaque causée par une apnée du sommeil), Jon Oliva’s Pain n’a pas fait les choses à moitié, puisqu’il célèbre le quart de siècle de l’énorme Hall of the Mountain King de Savatage, l’ancien groupe de Jon Oliva. Un beau cadeau pour des fans trop heureux d’entendre une poignée des titres de ce disque culte pour la première fois en concert. L’étape belge de la tournée n’a hélas pas lieu au Trix (Anvers), salle impeccable dans laquelle je n’ai jamais assisté à un concert dans de mauvaises conditions, mais au plus intime club Biebob à Vosselaar, autre lieu culte s’il en est du metal en Belgique. Nous ne nous plaindrons pas que la salle ne soit pas comble, tant la température est déjà tropicale en l’état, mais les conditions sonores nous donneront par contre quelques raisons de nous plaindre. Si la batterie et le chant sonnent plutôt correctement et que la basse bénéficie de conditions sonores exceptionnelles (fait rare), les deux guitares resteront faiblardes durant toute la durée du concert, certains soli de Jerry Outlaw étant même quasi inaudibles. Pas de quoi ruiner le show, mais on est loin d'être dans des conditions idéales.

Côté setlist, par contre, nous serons gâtés ce soir, et je ne parle pas seulement de l’interprétation en intégralité de Hall of the Moutain King. JOP met le public dans sa poche sans tarder en décochant d’entrée un « Gutter Ballet » jouissif et rarement joué si tôt dans le set. Et alors que l’intouchable « Edge of Thorns », de l’album du même nom (un des tout meilleurs du combo de Tampa), prend le relais, on se dit que la soirée prend déjà une bien belle tournure. Le groupe, Jon Oliva en tête, prend comme d’habitude manifestement plaisir à se produire en live ; en témoignent les nombreuses feintes balancées par Jon ce soir (« Ceci est certainement un des pires trous à rats dans lesquels on ait mis les pieds sur cette tournée… mais on l’adore ! » lance-t-il à l’issue des deux premiers titres). Mais avec cet homme qu’on aime tant (enfin, je ne sais pas vous, mais moi je l’adore), il y a comme toujours ce mélange entre déconne, ambiance familiale (Jon est sur scène comme dans son divan) et émotion authentique. Ainsi, la plupart des musiciens portent un t-shirt à la mémoire de Matt LaPorte, et Jon ne tarde pas à dédier un morceau à son ancien guitariste (pour rappel son deuxième guitariste mort après son propre frère, voilà qui s’appelle avoir la poisse…), cette fois un titre de Jon Oliva’s Pain bien sûr, « Death Rides a Black Horse », tiré du petit dernier Festival (2010) (« un des titres de JOP que Matt préférait », précise le frontman). Le public aura l’occasion de regretter (encore plus) amèrement la disparition de LaPorte, tant le line-up de ce soir, et surtout au rayon des six-cordes, paraît constitué de seconds couteaux sans grand intérêt. Jerry Outlaw ne manque pas de talent et fait de son mieux pour faire oublier LaPorte en lead, mais c’est peine perdue, il y a bel et bien un fossé entre les deux musiciens. Quant à Joe Diaz, outre un physique peu flatteur et malgré une étrange ressemblance avec Ronnie James Dio, il paraît bien fade par rapport aux guitaristes qui ont accompagné Jon Oliva tout au long de sa carrière (Criss Oliva, Chris Caffery, Alex Skolnick, Al Pitrelli,…). On ne sait pas ce que sont devenus Tom McDyne (guitare) et le playboy de la bande Kevin Rothney (basse, remplacé par Jason Jennings), mais en tout cas ils sont absents de cette tournée…

Ceux qui regrettent que JOP ne joue pas plus de matériel de son propre répertoire en seront ce soir une nouvelle fois pour leurs frais, tant les morceaux de Savatage cannibalisent encore la setlist. Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai, et certainement pas si c’est pour entendre une version vitaminée de « Sirens » sur laquelle Jon assure avec amusement les cris aigus finaux. « Power of the Night » et « Tonight He Grins Again », plus attendus, n’en remplissent pas moins leur rôle (le public est en grande forme), et JOP a même réservé une belle surprise aux fans hardcore en excavant un titre de Doctor Butcher, le side-project de Jon et Chris Caffery (ex-Savatage lui aussi) qui ne publia qu’un seul disque en 1994. Le choix du morceau n’étant selon moi pas le meilleur (les géniaux « The Altar » ou « The Chair » auraient été plus judicieux que « Don’t Talk to Me ») et une large fange du public n’étant visiblement pas familier avec cette musique, le geste vaut pourtant la peine d’être souligné. On refait un petit détour par la discographie de JOP avec « Festival » (« un morceau né d’un cauchemar ; je fais beaucoup de cauchemars, mais comment pourrait-il en être autrement, en m’entourant de mecs pareils ? », blague Jon en pointant Joe Diaz du doigt, confirmant avec humour notre diagnostic), excellent titre sur album mais guère marquant sur les planches. Une remarque qu'on élargira d'ailleurs à la plupart des titres de JOP, ce qui génère encore et toujours une situation assez particulière, avec ces titres de Savatage qui soulèvent l’enthousiasme et ceux de JOP qui ne reçoivent qu’un accueil poli (malgré, je le répète, des équivalents studio de qualité). Mais bon, autant le public que le groupe lui-même semble s’en accommoder, donc… La joyeuse bande clôture sa première partie de set avec le fantastique « Ghost in the Ruins » de Savatage (tiré de Streets, 1991), hélas plombé pas un interminable duel de soli de guitares qui n’arrive pas à la cheville du solo original nettement plus concis mais ô combien plus bandant de Criss Oliva…

Lorsque Jon Oliva’s Pain revient sur scène, tout le monde connaît le programme du reste de la soirée, ce qui n’empêche pas de profiter pleinement du rare « 24 Hours Ago », premier morceau de Hall of the Mountain King. Mais les vraies raretés sont à venir, et très rapidement même, avec « Beyond the Doors of the Dark », titre lent et menaçant dans sa première partie, mais qui s’accélère lors du refrain. Un excellent titre qui, en outre, passe à merveille en live, ce qui est un beau bonus. Mais franchement, il n’y a tout simplement rien à jeter sur ce disque, et ce ne sont pas « Legions » ni le génial « Strange Wings » (qui devrait se retrouver nettement plus souvent dans les setlists du groupe) qui me contrediront. Le public, qui chante les refrains en chœur, ne s’y trompe pas, même si on constate que l’ambiance dans la foule est bizarrement un peu retombée (peut-être le public préfère-t-il chérir discrètement ces moments rares ?). Si JOP zappe les deux interludes instrumentaux de son disque mythique (« Prelude to Madness » et « Last Dawn), on se régale par contre des deux titres les plus rarement joués : « The Price You Pay », un peu oublié car non considéré comme un « classique », et pourtant quel morceau !, et « White Witch » (« Un des titres de Savatage que Paul O’Neill [producteur/compositeur de Savatage et du Trans-Siberian Orchestra] aime le moins…mais que moi, j’aime le plus ! », lance Jon). Le groupe s’amuse toujours autant sur scène, et Jon ne rate pas une occasion de chambrer ses camarades de jeu (« La seule bière que ces mecs s’enfilent, c’est de la Budweiser [huées du public], ce sont de petites bites ! » ; « ils sont bourrés la plupart du temps, ils ne savent même pas si je les paie ou non ! ») ou de faire le pitre derrière son clavier (lorsqu’un fan lui tend un…paquet de chewing-gums, il se marre et se fend d'un « mon haleine pue donc jusque-là ? »). L’ambiance est clairement à la décontraction, parfois un peu trop sans doute, mais ça fait partie du charme du bonhomme. Mais quand il faut faire parler la poudre, il n’empêche qu’il répond présent, et notamment avec ce « Hall of the Moutain King », sans doute le plus grand classique de Savatage, qui rassemble une dernière fois le public dans une communion du metal traditionnel à son zénith. Carton rouge, par contre, à l’omission du titre final « Devastation », qui rend l’expérience un peu bancale (nous n’aurons pas eu droit à l’entièreté de l’album, ce qui était pourtant le but annoncé de la soirée !). Un désagrément sans doute dû à une question de timing (il n'y aura d'ailleurs pas de rappels ce soir) mais dans ce cas, nous aurions encore franchement préféré faire l’impasse sur l’ultime « Believe », certes toujours aussi beau et émouvant (et dédie à la mémoire de Criss Oliva, Matt LaPorte et « tous ceux qui nous ont quitté »), mais beaucoup plus classique. Sans parler des soli interminables susmentionés, qui ont fait perdre au groupe de précieuses minutes. Allez, la personnalité attachante de Jon nous fera pardonner cet impair, mais il reste évident que malgré le programme particulièrement alléchant, ce ne fut pas le meilleur concert de JOP. Pas grave, il y en aura d’autres, et puis on se sera bien amusés quand même (sauf l’éternel insatisfait Downey qui n’a cessé de se plaindre, même si lui aussi, au fond, a bien aimé le show…). Le set joué ce soir valait assurément à lui seul qu'on ne rate pas ce concert !

 

Setlist :

1. Gutter Ballet (Savatage) 
2. Edge of Thorns(Savatage)
3. Death Rides a Black Horse (JOP)
4. Sirens (Savatage)
5. Don't Talk to Me (Doctor Butcher)
6. Power of the Night (Savatage)
7. Festival (JOP)
8. Tonight He Grins Again (Savatage)
9. Walk Upon the Water (JOP)
10. Ghost in the Ruins (Savatage)

Hall of the Mountain King (Savatage)
11. 24 Hours Ago
12. Beyond the Doors of the Dark
13. Legions
14. Strange Wings
15.The Price You Pay
16. White Witch
17. Hall of the Mountain King

18. Believe (Savatage)



Chroniqué par : MASTEMA
 
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