Judas Priest / Saxon

Lotto Arena (Antwerpen, BE)

Assister à la tournée « Epitaph » de Judas Priest (même si l’avenir après cette vraie-fausse tournée « d’adieu » est des plus flous), c’est assurément un devoir civique. Les légendaires britanniques pourraient très bien ne pas encore s’arrêter de sitôt, autant ne pas prendre de risques et aller les voir sur les planches tant qu’il en est encore temps. La halte belge du Priest a lieu dans la Lotto Arena, belle grande salle attenante au Sportpaleis d’Anvers. De taille plus réduite, elle bénéficie des mêmes avantages que sa grande sœur, et même si nous sommes installés assez loin de la scène, nous assistons donc à un concert dans les meilleures conditions possibles (après négociation – à l’amiable – de nos places pourtant numérotées avec une camionneuse au look patibulaire). L’apparat et le comportement de la plupart des gens qui nous entourent ne laissent aucune place au doute : nous sommes bien à un concert de heavy metal « à l’ancienne ». Mais que ceux qui craignent le ridicule se rassurent : ils feront bien pire sur scène.

Nous n’arrivons que pour la fin du concert de Saxon, et nous aurons l’occasion de regretter amèrement ce retard, car la prestation de la bande à Biff Byford est diablement plus enthousiasmante que celle qui nous sera proposée par Judas Priest ! Malgré la pléthore de concerts que ces vétérans continuent de jouer année après année, malgré leur âge avancé, ils prennent visiblement beaucoup de plaisir à jouer pour la énième fois le tonitruant « Wheels of Steel », bientôt enchaîné par le tout aussi classique « Denim and Leather ». Le groupe et son public sont en symbiose, l’ambiance est excellente. Biff est en grande forme vocale et ne cesse d’arpenter la scène de long en large. Un « Princess of the Night » largement plébiscité vient alors clore en beauté le meilleur concert de la soirée, et le groupe quitte les planches sous les ovations. Décidément, Saxon est increvable !

Non seulement voulions-nous être présents ce soir pour des raisons « symboliques », mais la proposition de Judas Priest était également particulièrement alléchante, puisque le groupe avait annoncé vouloir illustrer la majeure partie de sa discographie sur scène (les deux opus chantés par Tim Owens faisant évidemment figure d’exception), ce qui promettait l’excavation de quelques raretés. Ce n’est pas encore le cas à l’entame du concert (après l’intro « War Pigs » de qui-vous-savez), qui voit le Priest balancer un « Rapid Fire » suivi d’un « Metal Gods » des familles. De quoi mettre tout le monde d’accord, quoi. Sauf que, justement, la sauce ne prend pas, mais alors pas du tout. Au-delà de la qualité très discutable du son ainsi que du décor de scène minable (quelques chaînes, des draps en satin rouge très moches, une plateforme sur laquelle Rob Halford ne daignera monter qu’une seule fois, des écrans avec des projections qui semblent avoir été conçues en même temps que l’artwork de Jugulator, etc.), c’est surtout la performance des Britanniques qui fait peine à voir. On pourrait broder des dizaines de phrases pour la décrire, mais autant le dire très simplement : Judas Priest a enclenché le pilote automatique. Le groupe déroule son set sans passion, sans rage et sans engagement. Un constat franchement attristant en voyant la « chorégraphie » de « Metal Gods », qui de ridicule devient ce soir carrément pathétique. Las ! La suite du concert sera encore bien moins marquante.

Après « Heading Out to the Highway », alors que nous avons déjà du mal à rentrer dans ce concert (et le groupe aussi, semble-t-il), on a droit à un ventre mou particulièrement long, dont on ne se remettra pas, en vérité. Le fade et évident « Judas Rising » donne le ton, mais des titres plus rares que cet extrait de Angel of Retribution ne nous réveillent pas davantage. « Never Satisfied », par exemple, tiré du tout premier album du groupe, Rocka Rolla, ou « Blood Red Skies » (Ram It Down), « The Sentinel » (Defenders of the Faith), « Beyond the Realms of Death » (Stained Class) et « Starbreaker » (Sin After Sin). Avouez que comme setlist pour le fan pur et dur, il y a pire ! Pourtant, le public ne s’y trompe guère et il est étonnant que constater à quel point l’ambiance n’y est pas ce soir. Dans le pit comme dans les gradins, les réactions sont polies, parfois enthousiastes, mais jamais extatiques. Sur scène, Rob Halford, pas en grande forme mais sauvant les meubles, tente quelques discours convenus, qui ne parviennent pas à soulever les foules. Il faut dire que, même s’il est plus bavard qu’en d’autres occasions, le Metal God semble lui aussi décocher ses harangues sur un mode automatique (y compris lorsqu’il fait chanter le public belge), en se baladant sur scène ou en tournant le dos au public. Au niveau de son interprétation des morceaux, on constate le même comportement, puisqu’il commence parfois à chanter alors qu’il est encore derrière la scène ! De leur côté, Scott Travis (batterie) et Ian Hill (basse) sont, comme à leur habitude, très effacés, tandis que Glenn Tipton (guitare) fait un peu plus d’efforts. Finalement, et le paradoxe est très parlant, c’est le petit nouveau Richie Faulkner (remplaçant de K.K. Downing, guitare) qui nous convainc le plus ce soir. Le bougre a la gnaque, est clairement content d’être là et sa prestation ne souffre d’aucune fausse note, y compris lors des nombreux soli dans lesquels il se lance. En voilà un qui n’est pas (encore) usé par les années de tournées, on dirait…

N’arrangeant rien, la prestation de Judas Priest est assez longue ce soir (en d’autres circonstances, on s’en féliciterait, entendons-nous), et lorsque ce fameux « ventre mou » (qui doit ressembler à celui de Guy Carlier, vu sa durée) prend fin avec une interprétation mollassonne de « The Green Manalishi », il est évidemment trop tard pour pouvoir espérer renverser la vapeur. Rob Halford s’en tire à bon compte sur un « Breaking the Law » largement chanté par le public, ce qui a tout de même l’avantage d’enfin réveiller ce dernier. Rarement « Painkiller » n’aura sonné aussi « petit bras » que ce soir. Les musiciens s’efforcent d’interpréter correctement ce grand classique, mais quel manque de dynamisme et de passion ! Le trio de rappels est plutôt convaincant, même si la moto sortie à l’occasion de « Hell Bent For Leather » semble, elle aussi, n’être qu’un apparat que le groupe revêt comme on revêt son vieux slip kangourou. Enfin, les Britanniques reviennent fouler les planches une dernière fois au son de « Living After Midnight », hymne festif qui ne nous fera hélas pas oublier ce goût amer qu’on garde en bouche. Sur le fond, Judas Priest aura tenu ses promesses grâce à un long set et une sélection de morceaux qui aura réservé quelques surprises. Sur la forme, par contre, on a eu l’impression que le groupe n’y était pas du tout mentalement. Une prestation fainéante et sans âme. Quelque chose s’est bel et bien rompu avec le départ de Downing… N’est-il pas temps d’arrêter les frais ?

 

Setlist :

War Pigs (Black Sabbath)
Battle Hymn

1.Rapid Fire
2.Metal Gods
3.Heading Out to the Highway
4.Judas Rising
5.Starbreaker
6.Victim of Changes
7.Never Satisfied
8.Diamonds & Rust (reprise de Joan Baez)
9.Dawn of Creation / Prophecy
10.Night Crawler
11.Turbo Lover
12.Beyond the Realms of Death
13.The Sentinel
14.Blood Red Skies
15.The Green Manalishi (With the Two Pronged Crown) (reprise de Fleetwood Mac)
16.Breaking the Law
17.Painkiller
 
Rappel 1 :

18.The Hellion / Electric Eye
19.Hell Bent for Leather
20.You've Got Another Thing Comin'

Rappel 2 :

21.Living After Midnight



Chroniqué par : MASTEMA
 
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