Lydia Lunch's Putan Club / Soumonces / Clarkys Bacon

Magasin 4 (Bruxelles, BE)

Mon dieu que ce fut éprouvant! Vraiment, ce vendredi 26 avril fut une soirée « qui vide ». Cela dit, le portefeuille est reparti plein, car l'entrée n'était que de 10 euros, ce qui est très honnête pour une figure culte comme Lydia Lunch. Il n'y eut que 3 groupes, mais le viol auditif ne fut parfois pas loin.

Surtout pendant Clarkys Bacon ; le duo allemand propose une sorte d'impro messhugesque beaucoup plus violente et chaotique. Le guitariste-« chanteur » (ce n'est ni du chant, ni du cri, c'est juste du bruit) en costume d'Elvis gesticule, lance un riff, l'abandonne, retourne le chercher car le batteur semble avoir compris l'idée. L'improvisation est reine, le duo sait jouer et parfois, la magie est présente. Mais pas assez souvent à mon goût. Lorsque les dernières notes giclent dans nos gueules, je suis soulagé.

Changement d'ambiance avec Soumonces. Le trio (du moins sur scène) propose une musique ambiante qui se construit, couches par couches, et se déconstruit sur le même mode opératoire. Les pédales d'effet et les instruments loufoques sont légion. Du petit accordéon au look Fisher Price aux boules d'argent en collier (ça me fait penser à une vidéo de Tera Patrick d'ailleurs, elle s'en était enfilée 8), Soumonces est assez improbable. Le groupe ne fait pas de chansons ; il propose une longue piste vivante, parfois envoûtante, parfois clairement barbante. Leur album Vuvuzela Sunday est décrit comme une suite de situations choisies se concevant comme des sessions de musique pragmatique hyper-extatique en contexte.

Cette description me fait penser à ceci :

« Mais tu dis (mais tu dis)
Que le bonheur est irréductible
Et je dis (et il dit)
Que ton espoir n'est pas si désespéré
À condition d'analyser
Que l'absolu ne doit pas être annihilé
Par l'illusoire précarité de nos amours
Et qu'il ne faut pas cautionner l'irréalité
Sous les aspérités absentes et désenchantées
De nos pensées iconoclastes et désoxydées
Par nos désirs excommuniés de la fatalité
Destituée…
Et vice versa
Et vice versa

C'eut pu être un excellent moment. Malheureusement, tel Sœur Anne, je n'ai rien vu venir ; visuellement (vuvuzelement), pousuivez votre chemin, il n'y a RIEN à voir. Là où un Mongolito propose des projections accompagnant la musique, Soumonces propose le vide. Le néant. Le rien. De la musique ambiante sans support visuel, ça tourne en rond. A un moment, on ne sait plus où regarder. Sincèrement, je pense que mon opinion eut été totalement différente avec une identité visuelle. Le groupe a des idées, sait construire des ambiances, mais jongle encore maladroitement entre le génial et le ridicule. Cela dit, certains dans la salle semblent avoir adoré la prestation.. Comme dit le proverbe : « les opinions, c'est comme les trous de cul, chacun a le sien » (ce proverbe ne fonctionne qu'en faisant abstraction de la différence de genre entre le mot opinion et trou de cul, qu'on se le dise).

Si Lydia Lunch était prévue à 22h40, elle ne monte sur scène que trente minutes plus tard. Ces trente minutes furent longues, très longues. Ce léger énervement fait vite place à la curiosité lorsque son groupe monte sur scène. Pas d'ampli, pas de batterie. La scène du magasin 4 est VIDE. Sur la droite, vous trouverez un étrange individu dessinant au charbon, au sable et autres substance solides émiettées au gré de la musique. Ses dessins sont projetés et prennent vie devant le public. Bonne idée, je n'avais jamais rien vu de pareil. Au milieu, vous trouverez une bassiste proche de la trentaine au look goth prononcé. Belle basse vintage d'ailleurs ! Sur la gauche enfin, le guitariste. Telecaster et pod line 6 directement dans les enceintes. Le son est bon, bien grésillant comme toujours avec les Telecaster. Lydia Lunch, elle, se balade, parle au public, chante, hurle, reprend sa respiration. C'est difficile à décrire. Et je pense que la meilleure des bios ne serait pas suffisante pour catégoriser cette artiste. Lydia Lunch, osons la qualifier de performeuse. Quoi qu'elle fasse, il se dégage une aura unique. Malgré son âge avancé, elle suinte encore le sexe, et joue d'ailleurs là-dessus dans ses interventions entre les morceaux. Vraiment, c'est étonnant comme elle a su vieillir tout en gardant ce côté 80's outrageant sans que cela ne paraisse vulgaire. Ceux qui la suivent depuis longtemps semblent contents du concert qui aura duré une grosse heure. De mon côté, la prestation fut suffisamment étonnante pour me donner envie de creuser dans sa discographie (qui est très aléatoire qualitativement).

Le bilan de la soirée est donc plutôt positif. Et même si Clarkys Bacon et Soumonces ne furent pas des moments de transcendance, je dois dire que ces deux groupes d'ouverture furent chacun étonnants dans leur genre. Je garde donc un goût de « bizarre » au fond de la gorge, un goût qui sied si bien au Magasin 4.



Chroniqué par : CORVUS
 
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