Mayhem / Merrimack / Saille

Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

Mayhem qui sort un album, ça n’arrive pas tous les jours. Mais Mayhem qui fait des concerts, ça n’est pas si courant non plus ! Alors, inutile de dire qu’en tant qu’amateur du combo norvégien, il n’est pas question de rater la cinquième date de cette mini-tournée européenne, d’autant que celle-ci a lieu dans une salle pas vraiment habituée à accueillir ce genre de musique : l’Ancienne Belgique, à Bruxelles. A ce sujet, je me permettrai de rebondir sur l’édito de Corvus du mois d’avril pour adresser un carton jaune – c’est de circonstance – aux organisateurs dont la connaissance de la scène black metal semble bien maigre. Pourquoi, en effet, avoir choisi comme groupes d’ouverture Merrimack (France) et Saille (Belgique) ? Ce n’est pas la musique de ces groupes que je critique ici… d’autant moins que, comme d’habitude, j’ai raté leur performance ! Mais pourquoi avoir choisi ces deux formations qui, nonobstant une attractivité commerciale nulle (on parle de BM, ce n’est donc pas un argument), n’ont aucune actualité et ne peuvent donc prétendre s’inscrire dans une logique promotionnelle ? A l’inverse, cette date était une opportunité en or pour promouvoir les vétérans Enthroned, qui viennent de sortir un nouvel opus très recommandable. Ce groupe, comme d’autres, n’a jamais été beaucoup soutenu dans son propre pays (je ne parle pas du public mais bien des structures d’organisation), et ce n’est pas aujourd’hui que cela va changer, apparemment…

Passons au sujet qui ne fâche pas : la venue de Mayhem dans la capitale belge. Il faut bien constater d’emblée que celle-ci n’a pas soulevé les masses, au vu de la salle à peine remplie à 70% et dont les balcons ont été fermés. Cela fait certes déjà pas mal de monde rassemblé pour un groupe extrême, mais avouons que, visuellement, cela fait un peu maigrelet… Sur le plan sonore, aussi, gageons que le concert n’aura pas enthousiasmé tout le monde. Guitares « plein pot » manquant de définition, batterie aux cymbales pratiquement inaudibles, chant assez cru et basse qui ne fait qu’en rajouter au sinistre bordel sonore. C’est sûr, les esthètes du son et autres frileux ont dû ressentir comme un malaise. Mais – et c’est là-dessus que je mets fin aux ronchonnements dans cette chronique – cette imperfection est indissociable de Mayhem, et il est curieux de constater qu’un certain nombre de spectateurs ne parviennent à accepter cet état de fait. Les Norvégiens n’ont jamais été les chantres de la production millimétrée, des performances scéniques interchangeables et du « bon moment » passé ensemble dans des communions musicales comme en propose Yannick Noah. Mayhem, c’est sale, c’est même franchement dégueulasse, et ses membres s’en fichent de savoir s’ils ont un son clair ou même s’ils rendent les gens heureux. Voici, par conséquent, un énième paradoxe de notre époque : venir assister à une performance d’un groupe dont l’existence ne repose que sur une négation complète des « codes » musicaux et une volonté jamais remise en question de déranger, de salir, et s’offusquer de détails esthétiques qui ne sont pas à son goût… Pour ma part, le contrat était très clair avant même la première seconde de musique jouée ce soir : Mayhem ne sera pas parfait.

Bien entendu, ce n’est pas pour autant que l’on doit défendre l’indéfendable. Nous sommes venus voir Mayhem et espérons donc en avoir pour notre argent. Les Norvégiens vont répondre présent là où on les attend finalement le plus : leur set-list. Pour célébrer dignement ses trente ans de carrière, le groupe va puiser dans chacune de ses réalisations studio, avec quelques belles surprises à la clé ! Le ton est d’ailleurs donné avec l’entraînant « Pagan Fears », un des quatre excellents extraits de De Mysteriis Dom Sathanas joués ce soir, qui ouvre le bal de façon particulièrement féroce. Joué plus rapidement que l’original, il donne l’occasion aux six-cordistes Teloch et Charles Hedger de montrer leur complémentarité, même si, forcément, on n’est pas ce soir dans un étalage de convivialité. Ils sont bien soutenus par un Hellhammer totalement invisible derrière son kit mais martelant impitoyablement ce dernier du début à la fin du concert. Necrobutcher, quant à lui, n’est certes pas un monstre de technique mais se montre résolument impliqué. Attila, enfin, est celui sur lequel reposera entièrement l’aspect visuel du concert, avec son corpse-paint et ses divers accessoires (crâne, corde, croix d’os, cape, etc.) émaillant une performance qui préserve toujours une (grosse) part d’imprévisibilité. L’entrée en matière old-school se poursuit avec un « Deathcrush » bête et méchant ainsi qu’un « Buried by Time and Dust » nettement plus entêtant, presque un « hit » de « True Norwegian Black Metal » ! Pas frileux, Mayhem enchaîne alors, sans grand discours, avec une brochette de titres plus modernes. « To Daimonion » (tiré de l’avant-gardiste Grand Declaration of War), avec son chant presque rappé signé Maniac – sur l’album – est un choix particulièrement audacieux, mais Attila s’en sort bien en se réappropriant les frasques de son prédécesseur. Le même album sera encore représente plus tard par un « A Time to Die » furieux sur lequel Hellhammer déploie une force de frappe qui fait l’effet d’un coup franc de Roberto Carlos reçu en plein dans le bide : intense ! L’EP Wolf’s Lair Abyss (1997), première œuvre du groupe composée par Blasphemer, n’est pas oublié via le très méchant « Symbols of Bloodswords » qui, une fois de plus, ne fait pas de quartier. Dieu qu’une performance de Mayhem est éprouvante ! Expérience « totale » par excellence, cette performance menée pied au plancher a le don de créer un climat d’hostilité par moments assez troublant. Ce n’est qu’avec « My Death », tiré de Chimera (2004), que le rythme se pose enfin, mais ce n’est pas pour autant que l’atmosphère se détend, bien au contraire ! Quel morceau, mes aïeux, et quel finale…

Les Norvégiens poursuivent leur série de titres plus récents en décochant enfin un extrait de leur nouvel opus (pas encore sorti à la date du concert), le single « Psywar ». A mon sens pas le meilleur titre de ce disque difficile d’accès, a fortiori lorsque le son peu détaillé du concert ne rend pas justice aux riffs martiaux et millimétrés à la Thorns. Mayhem se rattrape toutefois bien vite avec le long et très atmosphérique « Illuminate Eliminate », seul morceau de Ordo ad Chao, le précédent effort du groupe, mais qui confirme sa capacité à littéralement glacer le sang, notamment sur cette longue conclusion sentencieuse et apocalyptique, jouée alors que la scène est baignée dans une lumière rouge. Enorme ! Attila et les siens poursuivent alors avec deux titres impitoyables qui, en même temps, représentent le passé et le présent. C’est d’abord le cultissime « De Mysteriis Dom Sathanas » et son riff archétypique qui vient ravir les fans de cet album-phare du mouvement BM, avant le très direct « Whore », tiré lui de Chimera.

On a compris le message : après quelques morceaux plus subtils et audacieux, l’assaut peut reprendre… En réalité, c’est un hommage non seulement à la violence, mais aussi à son passé, que livre Mayhem : les quatre derniers titres représentent tous des albums sortis avant 1995. Si « Freezing Moon » est forcément attendu (mais fait toujours un sacré effet !), que dire des glaviots « Chainsaw Gutsfuck » (Deathcrush) et « Carnage » (tiré de la première démo Pure Fucking Armageddon !) crachés au visage d’un public ravi ? Mayhem persiste et signe en concluant son set sur « Pure Fucking Armageddon », titre certes plus brouillon et primitif que les œuvres ultérieures – parfois très ambitieuses – du combo, mais qui portait déjà en lui une impressionnante inclination nihiliste. Renouant avec la nature crue et sauvage de leurs débuts, les Norvégiens prouvent qu’en dépit de nombreux drames et changements de personnel, le groupe qui jouait en 1984 est bien le même, dans l’esprit, qui celui qui joue devant nous aujourd’hui. Affirmation logique concernant une tournée célébrant, justement, ces trente années tumultueuses ? Certes, mais elle n’allait pas forcément de soi au vu de l’énième changement de line-up (l’arrivée de Teloch en guise de nouveau compositeur du groupe). Ce soir, en dépit de certaines critiques à mon sens illogiques, Mayhem a livré une prestation fidèle à lui-même : non-conventionnelle, sauvage et dérangeante. A titre personnel, c’est précisément ce que j’attendais de lui : merci pour la punition, messieurs !

Setlist:

1. Silvester Anfang
2. Pagan Fears
3. Deathcrush
4. Buried by Time and Dust
5. To Daimonion
6. Symbols of Bloodswords
7. My Death
8. A Time to Die
9. Psywar
10. Illuminate Eliminate
11. De Mysteriis Dom Sathanas
12. Whore
13. Chainsaw Gutsfuck
14. Freezing Moon
15. Carnage
16. Pure Fucking Armageddon


Chroniqué par : MASTEMA
 
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