Metal Méan 2013

Méan (BE)

Samedi 17 août 2013, les conditions atmosphériques sont favorables : le soleil se montre entre les nuages, la température est clémente. Les conditions techniques et les contingences matérielles semblent optimales : le sol est sec, la bière est au frais, les biroutes cuisent, les t-shirts noirs sont repassés, les vestes à patches sont froissées, le chapiteau (noir au-dessus de la scène, blanc au-dessus du public) est monté, les baffles sont branchés, les métalleux de Wallonie et environs sont présents en nombre. Le Métal Méan Festival peut envoyer les décibels.

C’est aussi à cause de ces conditions favorables (météo clémente, bières fraiches vidées et viande grillée en d’autres lieux) que je loupe les sets des premiers groupes de la journée. C’est mal, je sais. Il faut soutenir les petits groupes. J’aurais en particulier aimé découvrir les belges d’Exuviated et Saille. Partie remise. Quoiqu’il en soit, j’arrive sur la ligne de front pile au début de l’assaut des australiens (relocalisés en Europe) de Deströyer 666. Il est juste de parler de front tellement le mosh-pit ressemble à une aire de combat. Leur black thrash brutal au son rude, un peu crado, offre un déchainement efficace aux quelques énervés qui s’en donnent à cœur joie. C’est sympa mais un peu redondant sur la longueur, le son trop cra devenant un peu pénible (la question est : est-ce voulu ou non ?). Dans ce registre d’agressivité sans répit, j’ai nettement préféré la performance d’Urgehal il y a 2 ans (l’occasion d’un petit rappel in memoriam du chanteur/guitariste Trond Bråthen alias Trondr Nefas disparu de causes naturelles en mai 2012).

En fait de festival métal, on assiste littéralement cette année à un concours de vitesse. Je ne peux dire si les Degial, Year Of The Goat, Tribulation et autres Decrepit Birth (dont le chanteur rasta fait inévitablement penser à Chris Barnes) étaient dans la course mais il est évident que Deströyer 666, Anaal Nathrakh, Marduk et Dying Fetus se disputent la pôle-position dans ce championnat de vitesse. Au Métal Méan Grand Prix, les anglais d’Anaal Nathrakh se montrent rapides. Très rapides. Ils jouent vite et fort. Trop fort même. Cet ennui technique leur coutera la victoire car cela plombe un petit peu le show en écrasant les subtilités de leur black grind metal. Malgré cela, il faut dire que Dave « V.I.T.R.I.O.L. » Hunt au chant et son comparse Mick « Irrumator » Kenney à la guitare font figure de personnages décalés dans la scène black. Pas de corpses paints, de symboles sataniques et autres accessoires de théâtre, ils se la jouent sympas et conviviaux. Toute leur rage passe dans la musique. Et là, putain, c’est hyper violent. Mais que ça fait du bien d’entendre Dave Hunt expliquer avec bonhomie que « The Lucifer Effect » (tiré de In the Constellation of the Black Widow) traite de l’abus de pouvoir qui découle inévitablement de son exercice par les hommes. Et de préciser plus tard (avec quelques gestes pour les non-anglophones) d’où les hommes sont tous sortis : « Between Shit and Piss We Are Born » (tiré d’Eschaton). Enragé et engagé, leur propos est digne d’un Napalm Death dont le guitariste live arbore d’ailleurs un t-shirt. Au milieu des fans de vitesse se défoulant, saluons la nana en rouge qui se fait « exflitrer » du mosh pit par la sécurité car trop violente. Merde, pour une fois qu’une fille est plus dangereuse en pogo qu’un gros barbu, laissez-la faire bordel !

Je m’attendais à un assaut de brutalité sur l’herbe de Méan, une blitzkrieg venue de Suède, j’en suis pour mes frais. Etonnamment, Marduk sera le groupe le moins véloce de la soirée. C’est vrai que la dernière fois que je les avais vus remonte à 1999 alors que Panzer Division Marduk venait de sortir, album rapide s’il en est. Depuis lors, l’Europe est pacifiée et des albums plus nuancés, mid-tempo, tels que La Grande Danse Macabre, Rom 5:12 ou encore le petit dernier, Serpent Sermon sont sortis. Attention, Marduk ne se la joue pas black atmo ou doom mais ils alternent judicieusement des titres rapides comme « Christraping Black Metal », « The Black » (tiré de leur tout premier album Dark Endless) ou l’imparable « Baptism By Fire » (en rappel) avec des titres plus lents. « Temple Of Decay » (l’un de mes favoris de Serpent Sermon) arrive à capter l’attention (le rythme impeccable de la batterie) et à nous plonger dans de sombres abysses. D’autres passent moins bien et j’en viens à me demander si les activités de Morgan Steinmeyer Håkansson dans Death Wolf (sorte de black ‘n roll à tendance punk (début) ou heavy (après)) ne déteignent pas sur son groupe principal. De son côté, le teigneux Mortuus peine sur certaines ligne de chant et n’a pas des masses envie de communiquer. Est-ce le pénible bruit de fond entre les morceaux qui l’en empêche ? Ces sons (industriels en fait) créent une ambiance glauque et assurent facilement les transitions mais c’est au détriment de l’interaction avec les troupes en présence. Marduk livre une prestation honorable conforme à leur image d’infatigables guerriers de la scène (ça finit par user de tourner autant, non ?). < /p>

La victoire méritée dans la course aux décibels contre la montre revient sans conteste aux américains de Dying Fetus. Preuve qu’ils avaient envie d’en découdre au plus vite, John Gallagher entame le premier morceau sans prévenir alors que tout le monde est encore au bar. Ils étaient en train de faire eux-mêmes leur sound-check, le temps de retirer sa casquette pour dévoiler son crâne luisant et hop, c’est parti à une vitesse v-v’. Cinq minutes en avance sur l’horaire prévu. Jamais vu ça. Du coup, le public rapplique comme un seul homme pour un headbanging géant. J’en profite pour saluer ce public motivé et féliciter l’orga qui est de plus en plus pro. Le timing a été respecté grâce à des roadies et ingé-sons aguerris qui ont permis un changement de matos sur scène très rapide. Méan n’a donc rien à envier aux festivals plus gros disposant de plus de moyens. Pour revenir au show de Dying Fetus, c’est féroce, carré et il n’y a quasi pas de pause entre les titres. Faut pas que ça traine. Un avion à prendre ? Gallagher mais aussi Sean Beasley (basse, vocaux) et Trey Williams (batterie) sont des bêtes, des monstres de technique instrumentale au jeu ultra rapide et précis (heureusement). Pas une erreur, pas un écart, la ligne de conduite est claire : enfoncer un max de tympans et péter un max de cervicales grâce à certains passages bien groovy et si purement death. Les passages plus techniques convainquent moins mais ça change tellement vite qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Leur set est un peu trop court mais vu son intensité, je ne suis pas sûr qu’on aurait tenu le coup. Eux non plus d’ailleurs. Pas de rappel, retour direct chez la masseuse pour amortir les effets de la course. Une tête d’affiche conforme aux attentes qui, du coup, ne m’a pas donné envie de rester pour l’after-party confiée à The Ruins Of Beverast (atmospheric/doom black metal en provenance d’Aix-la-Chapelle dont je n’avais jamais entendu parler avant de voir son nom sur l’affiche du festival).

Mardi 20 août 2013, le Pukkelpop à peine terminé, les médias généralistes font déjà le bilan de l’été des festivals. Werchter, Les Ardentes, Dour, les Francos, BSF, Tomorrowshitland, etc., tous les plus gros sont passés en revue et commentés. Même certaines plus petites manifestations (LaSemo, Ronquières) ont droit à une mention. Mais jamais, ô grand jamais, la presse généraliste n’a un mot pour le Graspop Metal Meeting, pourtant l’un des plus fréquentés, des plus reconnus et appréciés internationalement. Alors, pensez bien que le commun des mortels n’a pas eu droit à l’ombre d’une ligne ou le son d’un mot évoquant le Métal Méan Festival. Soit. Que l’information continue à être tronquée et la masse mal informée ! Le Métal Méan s’en trouvera ainsi d’autant plus légitimé dans son statut de festival le plus underground, le plus extrême et le plus intransigeant en matière de programmation. Cette spécificité musicale du festival confère presque à la confidentialité et du coup, on l’espère, à un statut de référence dans la sphère d’initiés. Son ambiance et son accueil très cool (je n’ai pas dit bon enfant, on parle de metal là !), bucolique et sympathique peuvent aussi contribuer en ce sens. Il faudra peut-être penser à élargir et varier un peu la programmation l’an prochain et/ou essayer d’avoir à nouveau un groupe culte tel que Mayhem il y a 3 ans. De nombreux festivaliers (anciens et nouveaux) s’en trouveraient ravis et transportés comme par magie vers les champs du Condroz…



Chroniqué par : VANARKH
 
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