Metal Méan Festival 2011

Méan (BE)

Sur l’autel de l’ingratitude, j’ai sacrifié les trois premiers groupes présents à cette 7ème édition du Metal Méan Festival (CATARRHAL, URZAMOTH et PESTIFER). Dommage, les groupes d’ouvertures sont parfois l’occasion de faire des découvertes intéressantes… J’ai donc choisi d’entamer les hostilités avec le show des allemands d’HELRUNAR. Etant assez fan de leur Pagan Black Metal aux longues structures parfois épiques, je ne voulais pas manquer leur prestation dans les verts pâturages wallons. Helrunar a joué des morceaux tirés de leurs trois albums parus à ce jour en privilégiant bien entendu le petit dernier Sól (3 morceaux). A l’image de la qualité des disques dont ils sont issus, les deux titres de l’excellent Baldr ok Iss et celui de l’album Frostnacht ont trouvé plus de pertinence en live car tout simplement meilleurs et plus directs. La musique, exécutée avec soin, avait de quoi transporter vers des contrées sauvages et froides le spectateur qui voulait bien se laisser emmener. Malheureusement, Helrunar a eu du mal à réussir ce pari. Il faut dire que jouer à l’heure de la sieste sous une chaleur écrasante n’a pas aidé le public à s’immerger dans cette musique qui se veut avant tout glaciale (par son côté rappelant parfois Immortal). Le show d’Helrunar ne fut pas hyper dynamique (musiciens très statiques) malgré les efforts déployés par le chanteur Skald Draugir pour entraîner l’assistance (mention très bien à toutes ses phrases en français sans oublier aussi les quelques mots en néerlandais – voilà un gars très intelligent qui a tout pigé à notre petite Belgique !). Bref, une prestation honnête pour un groupe de qualité qu’il faudra revoir en salle, un soir d’hiver.

La même remarque sur les conditions climatiques peut s’appliquer à DARK FORTRESS dont le chanteur a d’ailleurs accueilli son public avec un certain humour : « Hi Méan ! Welcome to this freezing northern winter night ». Intro assez symphonique au synthé, corpse paints et dégaine, la première impression surgissant à la vue du groupe fut flagrante : on dirait un clone de Dimmu Borgir. Heureusement, cette impression d’avoir affaire à un énième ersatz de black sympho disparut très vite au second morceau. Le synthé fut relégué à l’arrière plan et le son se para d’un groove et d’un feeling plutôt rock qu’à ma connaissance on ne trouve pas sur leurs plaques. Ce côté plus brut et moins orchestral a provoqué pas mal de headbanging et rendu le show assez entrainant, le public comme moi-même ayant adhérés assez largement. Comme quoi, à mêmes conditions, résultat différent et bien plus convaincant.

J’attendais les norvégiens d’URGEHAL avec une certaine curiosité. J’avais d’eux l’image d’un groupe rapide, brutal, sans concession. L’un des plus extrêmes qui soit. Eh bien, même si cette image ne fut pas démentie, c’est un peu trop réducteur. Car ce n’est pas que de l’hyper rapide, il y a des passages au tempo plus lent et lourd. Et surtout, le groupe possède un côté crust punk assez évident en live. En effet, ce fut aussi sale et méchant mais sans être prétentieux ou poseur. Par exemple, lorsque quelques pogoteurs ont commencé à faire du crowd surfing et se sont gentiment fait harponner par le service de sécurité (normal, c’est leur boulot d’éviter des accidents), le chanteur Trondr Nefas y a été de sa petite réplique : « Don’t be afraid of the guards if you want to go for stage-diving. Fuck the rules ! Tonight, it’s Satan and Anarchy ! Fuck every-fuckin’-thing ! ». Tout est dit pour l’ambiance anarcho-sataniste. Excellente. Et tellement bien reflétée dans leur musique ! A l’image du titre « Mirror Satan » tiré de l’album Through Thick Fog Till Death, le groupe s’est autant déchaîné à force de blast beats et de fureur qu’à force de sonorités plus heavy (façon Darkthrone) comme avec « The Eternal Eclipse » issu de leur 1er effort Arma Christi. L’alchimie a hyper bien fonctionné et on ne pouvait que se laisser entraîner. Leur impeccable prestation s’est terminée comme elle s’est déroulée : à fond la caisse et superbement avec « Through Thick Fog Till Death » et leur hymne « Satanic Black Metal in Hell » tiré de Goatcraft Torment. Cette première claque de la journée fut puissante et m’a presque donné envie d’aller faire la bise au guitariste clouté Enzifer !

Sur papier, j’étais à priori un peu étonné de ne pas voir KEEP OF KALESSIN plus haut sur l’affiche. Le succès critique de l’album Armada et commercial de leurs deux dernières sorties laissait présager une certaine attente du public. Finalement, chacun son boulot, ce sont les organisateurs qui avaient vu juste puisque le parterre était plutôt clairsemé pour le show des Norvégiens de Trondheim. On ne pouvait en tout cas pas leur reprocher un son puissant et nickel. Par opposition à Urgehal dont le son, parfait également, était plus brut et plus sâle, pour Keep Of Kalessin tout sonnait trop clean, limite aseptisé. Sans doute l’effet rendu par l’utilisation de bandes préenregistrées pour la seconde guitare et les claviers. Jamais cela ne m’a autant frappé pour un groupe live. On était presque dans du playback. Comme à l’Eurovision, hé hé ! Si l’utilisation d’une seule guitare a sans doute été privilégiée pour gagner en efficacité, c’est le résultat inverse qui s’est fait sentir. Le rendu des chansons de metal épique extrême était identique aux albums. Bon, ça reste du metal de qualité, rapide et sans doute complexe à restituer en concert, mais disons qu’il a manqué à Keep Of Kalessin une touche de folie et de spontanéité pour convaincre réellement. J’attends en général autre chose d’un concert qu’une exécution clinique des morceaux. Était-ce pour palier à cela qu’ils ont proposé un solo de batterie au milieu du set ? Cet exercice est en tout cas tombé à plat, totalement superflu (et inapproprié en festival où le temps de prestation n’est pas extensible). D’autant que ce n’était même pas exceptionnel. Globalement, j’ai apprécié voir ce groupe mais malgré le grand enthousiasme affiché par le chanteur Thebon, je reste encore sceptique sur la pertinence de leur prestation, comme de nombreux autres spectateurs dont les haussements de sourcils en disaient long…

Ajouté à l’affiche du festival en dernière minute en remplacement suite à la tournée avorté des américains d’Atheist, les belges d’ABORTED ont déboulé avec leur gros death metal sans fioritures. La chose la plus frappante est l’énergie et la furie qu’ils ont déployées sur scène. Leur concert avait un petit quelque chose de hardcore (il ne manquait que des fans sur scènes). Cette fureur, plutôt positive, s’est forcément répercutée dans le public où on a pu assister aux circle pits les plus fous de la journée par des fans complètement déchaînés. Pour une de leur rare prestation en Wallonie, on a eu droit aussi à un nouveau morceau de l’album Global Flatline à paraître en automne. Pas de surprise cependant, ce que j’ai entendu reste dans la même veine des précédents albums : lourd, rapide et bourrin. Aborted étant la plus grosse machine death belge, je les ai sentis très professionnels et bien en place. Mais comme ils ne font pas non plus dans la dentelle, ils ont su aller droit au but et proposer quelque chose d’assez communicatif et convaincant. Et le public ne s’y est pas trompé.

Je ne suis pas un inconditionnel des Norvégiens d’ENSLAVED mais j’attendais tout de même impatiemment de les voir sur scène. Impatience largement récompensée car on peut résumer leur prestation en 2 mots : magique et envoutant ! Magique car il planait dans ce chapiteau de Méan une ambiance prenante, oscillant entre la sérénité d’être en présence d’une force rassurante et la violence assénée par des hommes libres jouant au-dessus de la mêlée. Envoutant car leurs morceaux m’ont littéralement transporté : j’étais totalement impliqué dans leur concert tout en laissant mon esprit voguer dans l’espace et le temps (retour pile 11 ans en arrière et mes premiers jours à Bergen au bord des fjords). Sur disque, les aspects progressifs de leurs compos ont tendance à vite m’agacer. Mais en live, ça a fonctionné à merveille. J’avais peur de me trouver face à des longueurs et des temps morts dus aux passages plus calmes et aériens, eh bien, il n’en fut rien. Tous les morceaux, tant les plus récents (2 du dernier album Axioma Ethcia Odini, 2 de Ruun, 1 de Vertebrae) que les plus anciens (les 3 derniers du set), se sont enchainés parfaitement et ont juste coulé de source, les passages calmes se fondant superbement dans les accélérations et inversement. J’ai vraiment été impressionné par l’assurance et la décontraction des musiciens (Grutle et Ivar plaisantant et s’amusant avec le public en s’essayant à quelques mots de français – pour info, on ne dit pas « salute » mais « santé », mon cher Grutle ; « skål » aurait d’ailleurs été d’un meilleur effet). Leur attitude a certainement contribué à la réussite de cette prestation. C’est aussi ça la marque d’un grand groupe. Bref, un Enslaved génial qui a tout simplement triomphé ce soir-là.

Difficile de jouer après un tel succès. Le public a réclamé plus et attendu des rappels d’Enslaved qui ne sont jamais venu sur la colline de Méan. Timing serré s’est-on dit. Il s’avéra qu’Enslaved aurait largement eu le temps de jouer quelques morceaux de plus car KATAKLYSM est monté sur scène avec 30 minutes de retard (le seul à pointer de la journée, chapeau l’orga !). Problème technique ou humain, aucune idée. Toujours est-il que l’attente fut longue pour finalement rien d’exceptionnel. A Méan, fort heureusement, le cataclysme ne fut que sonore. Les canadiens nous ont servis du gros death/thrash lourd et massif entraînant headbangings et pogos à gogo. C’était propre, carré et bien exécuté mais je dois bien avouer qu’à l’instar d’une partie du public, j’ai eu du mal à accrocher. En fait, je dois bien avouer que ça m’est complètement passé au-dessus de la tête. Ils ont des bons titres en répertoire mais pour moi la vraie tête d’affiche en 2011 à Méan a définitivement été Enslaved.

Pour conclure, quelques mots sur le Metal Méan Festival en général. Un minuscule bémol d’abord : de la bière locale, un peu plus de bouffe et un côté plus ecolo seraient les bienvenus. Mais je fais le metalleux bobo, là. Pour le reste, en 7 éditions, ils ont réussi le pari fou de s’imposer comme un festival estimable et renommé dans le registre metal extrême. L’organisation devient de plus en plus pro : programmation pertinente et excellente, timing des shows respecté, aucun souci technique notable, qualité sonore impeccable. Et puis surtout, ce festival possède un côté résolument underground, dans un cadre bucolique et une ambiance conviviale à taille humaine. Le slogan de l’affiche de l’an passé résume bien l’esprit : « no idols, no stars, just decibels and talent ». Aspect non négligeable, le public s’y retrouve aussi et est au rendez-vous en s’internationalisant de plus en plus. A côté de la culture populaire étiquetée Clear Channel ou Live Nation ou des festivals mastodontes, il y a là un bel espace consacré aux groupes hors normes pour s’exprimer (même à 15h, ce ne sont pas des show raccourcis de 30 minutes à peine). Mayhem l’an passé, Enslaved cette année, espérons que le Metal Méan restera dans ce créneau et ne voudra pas jouer la carte de la surenchère. Small is beautiful… Underground is wonderful…

Line up 2011 :

KATAKLYSM
ENSLAVED
ABORTED
KEEP OF KALESSIN
URGEHAL
DARK FORTRESS
HELRUNAR
PESTIFER
URZAMOTH
CATARRHAL


Chroniqué par : VANARKH
 
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