Paradise Lost / Lacuna Coil / Katatonia

Bibelot (Dordrecht, NL)

Bravant un temps franchement répugnant (vent froid et pluie battante nous accompagnent pendant les 90 minutes de trajet), nous nous rendons chez nos voisins néerlandais afin de profiter d’une affiche particulièrement alléchante. Pour fêter son quart de siècle, Paradise Lost s’est en effet lancé dans une tournée best-of en compagnie de deux acolytes de choix : Katatonia (qui joue à cette occasion son album Viva Emptiness à l’envers !) et, choix plus surprenant, Lacuna Coil.

Sise sur une île du même nom entre Breda et Rotterdam, la commune de Dordrecht passe pour être la plus vieille de Hollande (la province !). Difficile de le deviner une fois sur place, tant la petite ville ressemble à beaucoup d’autres du pays, c’est-à-dire neuve, propre, efficace et… sans grand charme. Mais il convient de reconnaître aux Néerlandais un aménagement de l’espace hors pair. Le Bibelot en est un bel exemple. Quelle n’est pas notre surprise en découvrant que la salle, bien loin des quartiers excentrés et mal famés où nos concerts de metal sont souvent relégués, est située dans une espèce de grand centre commercial qui paraît flambant neuf, où l’on trouve également un grand restaurant ouvert, bruyant mais sympathique. En termes de concert, les lieux ne font pas dans la demi-mesure non plus, puisque plusieurs salles de concert distinctes se trouvent l’une à côté de l’autre. Le Bibelot en tant que tel est une superbe salle semblable à beaucoup d’autres aux Pays-Bas : bonne capacité, acoustique impeccable et aménagement de bon nombre de positions surélevées pour le public, dont un avantageux balcon, un must très courant de ce côté-ci de la frontière.

Fidèle à mes habitudes, je rate la première partie (il faut dire que, malgré l’aspect particulier du show, je n’ai jamais été fan de Katatonia) mais arrive juste à temps pour le set des Italiens de Lacuna Coil. Leur présence sur cette affiche peut surprendre, l’aspect enjoué et calibré de leur musique tranchant nettement avec la mélancolie, voire le penchant dépressif des deux autres formations à l’affiche. Ce n’est pourtant pas cela qui ferait sourciller la bande à Cristina Scabbia, ni même la tiédeur du public. Celui-ci a beau être assez conséquent (600-700 personnes, le club affichant presque complet), il ne s’est manifestement pas déplacé en majorité pour les Transalpins. Lacuna Coil n’en livre pas moins un concert placé comme d’habitude sous le sceau du professionnalisme. On pourra certes reprocher au groupe un sentiment de déjà vu et un manque de spontanéité, mais la musique est toujours aussi accrocheuse et bien exécutée par des musiciens sûrs de leur fait. Le groupe répartit bien les cinq titres tirés de son dernier opus Dark Adrenaline (« I Don’t Believe in Tomorrow » et « Kill the Light » en ouverture, « Upsidedown » en milieu de set, et « Intoxicated » et « Trip the Darkness » à la fin) et les agrémente de plusieurs tubes publiés sur leurs autres albums (l’entêtant « Heaven’s a Lie », « Swamped » et « Spellbound » semblent inamovibles). Les Italiens déroulent une set-list sans grande surprise, à l’exception de deux extraits de Karmacode, l’un plutôt bienvenu (« The Game »), l’autre bien trop mou (« Without Fear », chanté en italien). Sans surprise non plus, aucun morceau des deux premiers opus du groupe ne nous est proposé, et même le récent Shallow Life n’est représenté que par son titre le plus emblématique, « Spellbound ». Question chant, pas grand-chose de neuf à signaler non plus : si Cristina est parfaite dans son rôle, Andrea Ferro tire quant à lui la prestation vers le bas par un chant simpliste et aléatoire ainsi qu’une attitude scénique singulièrement molle le faisant ressembler à un macaroni trop cuit. Bref, un concert correct de la part de Lacuna Coil, mais sans plus. Le groupe y gagnerait énormément en retirant son chanteur de l’équation… mais à l’évidence, ce n’est pas près d’arriver.

Même si le public, qui brasse plusieurs générations, a décidé de se la jouer discret ce soir, il se réveille un peu plus avec la tête d’affiche, Paradise Lost. Il faut dire que les Anglais fêtent avec cette tournée leur 25e anniversaire, ce qui mérite bien un peu de ferveur ! La production scénique est minime (l’écran vidéo n’apporte pas grand-chose), mais l’intérêt est ailleurs : ce soir tous les albums sauf un (Believe in Nothing) sont représentés, ce qui est un bien beau cadeau pour les fans. Le mix pas bien équilibré et le chant poussif de Nick Holmes rendent le début du set quelque peu laborieux, mais les choses rentrent heureusement dans l’ordre dès « Remembrance », issu de l’iconique… Icon (1993). Visuellement, un concert de Paradise Lost se distingue par une hétérogénéité assez comique : entre un Holmes élégant et à l’humour tranchant, un Stephen Edmonson (basse) qui ressemble à un père de famille placide et un Aaron « Musclor » Aedy (guitare) qui headbangue littéralement de la première à la dernière minute, on peut dire que le groupe est constitué de personnalités très variées ! Greg Mackintosh, quant à lui, joue à la perfection son rôle d’orfèvre du groupe, ses innombrables mélodies et soli étant retranscrits à la note près. Si on ne peut pas dire qu’il règne une folle ambiance, l’humour à froid de Holmes, dans un bon jour (« Combien de personnes ici ont moins de 35 ans ? Mouais… ça ne fait quand même pas beaucoup de monde… »), entretient une atmosphère bon enfant. Musicalement, la set-list du soir permet de constater à quel point, l’air de rien, les Anglais sont passés par des périodes diverses et variées. On notera en toute objectivité que les titres les plus anciens (par exemple « Rotting Misery », tiré du premier opus du groupe) ont mal vieillis, du moins dans leur interprétation live. Par contre, lorsque « Isolate » (tiré de Symbol of Life) et « One Second » (de l’album du même nom) viennent briser l’ambiance mélancolique par leur rythme plus enjoué, le basculement est des plus agréables. Plus globalement, on sent Nick Holmes logiquement bien moins à l’aise dans le chant rugueux des titres les plus anciens, même si le bougre parvient à faire illusion. C’est un mélange d’anciens morceaux et de titres plus récents que les Britanniques proposent en guise de rappels, clôturant leur set sur « Over the Madness », tiré de Paradise Lost. En 1h30, Paradise Lost aura revisité la plus grande partie de sa discographie et rares seront ceux qui se plaindront de la qualité du concert. Gageons qu’en y ajoutant un set original de Katatonia, les amateurs de metal disons « mélodique » (terme qui permet d’englober les trois formations) auront passé une très bonne soirée. On salue ce très beau package !

Tracklist PARADISE LOST :
1. Mortals Watch the Day
2. So Much Is Lost
3. Remembrance
4. Gothic
5. Enchantment
6. Faith Divides Us - Death Unites Us
7. Tragic Idol
8. Never for the Damned
9. Isolate
10. Say Just Words

Rappels
11. Rotting Misery
12. One Second
13. True Belief
14. Over the Madness

Tracklist LACUNA COIL :
1. I Don't Believe in Tomorrow
2. Kill the Light
3. Fragments of Faith
4. Heaven's a Lie
5. The Game
6. Our Truth
7. Upsidedown
8. Without Fear
9. Swamped
10. Intoxicated
11. Trip the Darkness
12. Spellbound


Chroniqué par : MASTEMA
 
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