SYMPHONY X / DGM

Cultuurpodium Boerderij (Zoetermeer, NL)

Alors qu’ils ont encore récemment écumé les routes européennes dans le cadre de la tournée « Power of Metal 2011 » – les associant à Nevermore et Psychotic Waltz, notamment –, les Ricains de Symphony X reviennent déjà nous rendre une petite visite, cette fois en tête d’affiche pour défendre dignement Iconoclast sur les planches. Certes, le groupe se produit le 23 octobre prochain bien plus près de chez nous (au Biebob, à Vosselaar), mais étant donné que je ne pourrai me rendre à cette date et que Zoetermeer n’est qu’à 2h de route, nous décidons de franchir la frontière batave pour une soirée Burger King-concert des familles. Quand je dis « nous », je parle de moi et Downey, un ex-collaborateur estimable de Rock ‘n Balls. Dès la frontière franchie, ce dernier a d’ailleurs l’occasion, comme à son habitude, de démontrer tous ses talents d’agressivité extrême au volant, en pratiquant de superbes appels de phares, dépassements chaloupés, freinages tardifs (volontaires) et autres queues de poisson. Le tout accompagné de grossièretés à l’égard de nos voisons du nord, cela va sans dire. Et notre ami aura encore l’occasion d’en remettre une bonne couche lors du voyage retour, mais c’est une autre histoire…

Sis aux abords d’une petite bourgade néerlandaise juste à côté de La Haye, la « Boerderij » est l’exemple typique de la salle de concert néerlandaise (et flamande) : ça ne paie pas de mine de l’extérieur mais une fois rentré, on découvre des installations impeccables, un double bar judicieusement placé à l’arrière de la salle, et même un balcon. Ca n’a rien de très charmant, certes, mais ça remplit son office à merveille. D’emblée, il nous apparaît que la popularité de Symphony X progresse à vue d’œil sur le Vieux Continent, pourtant terre d’accueil depuis longtemps pour cette formation jusqu’à récemment mal aimée à la maison. SymX fait en effet salle comble (ou pas loin) ce soir, et ça fait toujours plaisir à voir. Nous n’arrivons sur place que pour assister aux deux derniers morceaux de DGM, unique première partie ce soir, la date faisant partie des quelques rares auxquelles ne participent pas les Norvégiens de Pagan’s Mind. Il semblerait toutefois que nous ayons raté un concert assez réussi, au vu des applaudissements nourris que récoltent les Transalpins, qui n’ont pourtant pas de nouvel album à défendre ce soir. Mention spéciale au chanteur Mark Basile, qui nous apparaît particulièrement en forme.

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Vingt petites minutes de préparation plus tard, et voilà que Symphony X déboule sur les planches au son de l’intro d’ « Iconoclast », morceau éponyme du dernier album du combo. Long de plus de dix minutes, ce titre convainc pourtant sans peine tant il est technique, rentre-dedans et accrocheur. Carton rouge, par contre, pour l’ingé-son, car il est bien difficile de profiter pleinement de ce morceau épique tant le son est fort. Les notes aigues de Russell Allen (et le bougre va toutes les chercher !), les cymbales et mêmes certains soli de guitare et de claviers sont à la limite du supportable pour quiconque n’est pas muni de bouchons, mort bourré ou déjà à moitié sourd avant d’entamer les hostilités. C’est très dommage, car la mise en son est par ailleurs impeccable, surtout en ce qui concerne la batterie. Cet obstacle important ne nous empêchera toutefois pas de juger de l’efficacité de « The End of Innoncence », autre exrait de Iconoclast, en live. Les musiciens sont heureux d’être là, ça se voit, et ils ne ménagent pas leurs efforts pour retranscrire à la perfection des titres techniquement exigeants. Comme d’habitude, Michael Romeo frappe par sa décontraction à toute épreuve, y compris en plein milieu de soli vertigineux où il ne regarde qu’à peine son manche de guitare… Quant à Russell Allen, nous l’avions déjà vu en grande forme lors de la tournée « Power of Metal », mais que dire ce soir si ce n’est que l’homme est au sommet ? Un sourire lui barrant le visage, Allen est comme un poisson dans l’eau sur scène, entre prestations à couper le souffle et discours délicieusement complaisants à l’attention du public batave. Niveau prestation, mention particulière à « When All Is Lost », sublime ballade d’Iconoclast interprétée avec une émotion et une intensité à donner la chair de poule. Sans aucun doute le meilleur moment de la soirée.

Dès l’entame du troisième morceau, pourtant, nous nous rendons compte que le concert de ce soir ne sera pas parfait. En cause : la set-list. Les Américains ont en effet décidé ce soir d’interpréter la presque intégralité de leur dernier opus en date (seul « Prometheus (I Am Alive) » est curieusement omis) et autant celui-ci est-il particulièrement convaincant, autant ne convient-il sans doute pas à ce genre d’exercice. Alors que les fans attendaient un concert agrémenté de classiques du combo, ils doivent ici ingurgiter une bonne heure de musique dense et complexe. Un choix d’autant plus regrettable que tous les morceaux d’Iconoclast ne passent pas aussi bien le test de la scène. On constate d’ailleurs que les titres les moins excitants sur album le sont également sur scène (« Bastards of the Machine », « Electric Messiah »). Notre impression générale est visiblement partagée par le public, assez attentiste durant toute cette première partie de set. Ce qui ne démonte pas Russell Allen qui s’investit à fond dans ses prestations. Il prend également un moment pour s’excuser de la longue attente avant la sortie d’Iconoclast, tout en arguant que le groupe préfère prendre son temps pour réaliser le meilleur album possible. Et de conclure par « nous sommes donc désolés…et pas désolés, vous voyez ce que je veux dire ? ».

Après ce plat de résistance un peu malheureux, Russell Allen semble répondre aux attentes du public en lançant un « c’était le nouvel album… maintenant nous allons vous jouer des vieux trucs, d’accord ? » particulièrement bien accueilli. Et le groupe de balancer un « Inferno (Unleash the Fire) » furieux, grand classique de The Odyssey (2002) bruyamment salué par un public sorti de sa torpeur. Le groupe enchaîne sans répit avec l’intouchable « Of Sins and Shadows » avant de se retirer. Etant donné qu’à ce stade, SymX n’a joué qu’une petite heure, Downey et moi-même nous mettons à rêver du seul rappel qui permettrait de sauver cette set-list décevante : « The Odyssey », longue fresque épique de 24 minutes. A entendre les « O-dy-ssey ! » scandés par une majorité du public, nous comprenons que ce fantasme est partagé… Et lorsque le groupe remonte sur scène, Russell Allen va même jusqu’à entretenir le rêve ! En entendant les cris du public, ce dernier déclare en effet : « On va d’abord jouer l’un ou l’autre morceau pour suer un peu, avant de…penser à jouer celui-là ! ». Message étrange car le groupe n’interprétera finalement pas le titre tant espéré… Pourquoi ne pas avoir simplement fait comprendre que le morceau ne serait pas joué ? Surtout qu’en lieu et place, le public a droit à deux extraits archi-attendus de Paradise Lost, « The Serpent’s Kiss » et « Set the World on Fire (The Lies of Lies) », heureusement rehaussés d’un troisième extrait plus surprenant, l’excellent « Eve of Seduction ». Ne crachons pas trop dans la soupe : ces titres sont bien sûr formidables, mais qu’il est dommage que SymX se soit à nouveau concentré quasi-exclusivement sur ses deux derniers opus studio ! Au rayon des surprises, on repassera… Nous restons donc avec un petit goût amer en bouche : groupe au top de sa forme, prestation impeccable et bonne humeur généralisée, mais set-list décevante. Pas de quoi fouetter un chat, mais on attend un peu plus de Symphony X sur ce plan-là, la prochaine fois.

Heureusement, les nombreuses facéties routières de Downey au retour nous permettront de faire monter un peu l’adrénaline, ce soir-là…

Set-list :

Iconoclast
End of Innocence
Dehumanized
Bastards of the Machine
Electric Messiah
When All is Lost
Children of a Faceless God
Heretic
Inferno (Unleash the Fire)
Of Sins and Shadows

Rappels :

Eve of Seduction
The Serpent's Kiss
Set the World on Fire (The Lie of Lies)


Chroniqué par : MASTEMA
 
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