Transatlantic

Trix (Anvers, BE)
PHOTOS LIVE PAR PASCAL ASHLADAN

A peine plus d’un mois après avoir vu Dream Theater à Deinze, nous mettons cette fois le cap sur Anvers pour y retrouver son ex-batteur Mike Portnoy. Celui-ci est bien entouré puisque, à ses côtés, nous retrouvons Neal Morse (Flying Colors, ex-Spock’s Beard), Roine Stolt (The Flower Kings) et Pete Trewavas (Marillion). Bref, nous allons voir Transatlantic et nous allons passer une soirée d’enfer !

Deux constatations étonnantes, une fois arrivés au Trix : de un, jamais n’avons-nous parus plus jeunes qu’en comparaison du public de ce soir ! De deux, pourtant arrivés tard, nous n’avons aucun mal à nous glisser aux premiers rangs, ce qui nous fait craindre pour Transatlantic un public clairsemé ce soir. Il n’en sera finalement rien puisqu’à l’entame de l’énorme « Into the Blue » (tiré du petit dernier Kaleidoscope), la foule s’est enfin décidée à investir les lieux. Il faut dire que, dans le cas de Transatlantic, même les spectateurs qui accusent une demi-heure de retard peuvent se consoler en se disant qu’ils n’ont finalement raté… qu’un morceau. Mais quel morceau ! Autant « Into the Blue » avait paru quelque peu « convenu » sur album, il prend sur scène une autre dimension. Comment diable nos cocos, détendus et en parfaite maîtrise de leur art, parviennent-ils à ne jamais ennuyer sur des durées aussi obscènes que 25 minutes ? Peut-être est-ce tout simplement lié à ce plaisir communicatif, palpable de la première à la dernière minute, qu’ils prennent à jouer ensemble et devant leur public ! Le noyau dur des quatre virtuoses est, comme d’habitude, agrémenté d’un cinquième membre live. Surprise, il ne s’agit pas cette fois de Daniel Gildenlöw (Pain of Salvation), un habitué des tournées de Transatlantic. Il faudra que le groupe nous le présente officiellement pour qu’on identifie enfin Ted Leonard, le nouveau chanteur-guitariste de… Spock’s Beard. Ce qui ne manque pas de piquant sachant que Morse est un des membres fondateurs de ce groupe dans lequel il a occupé le même rôle que Leonard pendant dix ans ! Ce dernier remplace brillamment Gildenlöw puisque, non content de se charger des claviers, guitares et percussions supplémentaires, il possède un timbre de voix magnifique, comme nous aurons l’occasion de le constater sur la fin de ce premier morceau décidément passionnant, où l’Américain chante superbement les parties interprétées par Gildenlöw sur l’album. Une entame mémorable !

Très en verve et incapable de rester assis derrière son kit pendant plus de deux minutes, Portnoy demande alors au public qui était là au premier concert belge du groupe, en 2001 (le 15 novembre, à l’Ancienne Belgique). A ceux-là, il lance « ça ne nous rajeunit pas ! », avant d’enfoncer le clou en annonçant un morceau du premier album du supergroupe : « je n’arrive pas à croire que cela fait déjà 15 ans qu’il est sorti, comme le temps file ! ». Et le groupe de se lancer dans le « Beatlesque » « My New World », moment de détente (un peu) plus court après l’apéritif costaud qui nous a été servi. C’est ensuite au tour de Neal Morse de prendre la parole pour introduire « Shine » (Kaleidoscope), un titre qu’il explique avoir composé pour un ami en proie à des problèmes de santé, pour lui remonter le moral. Et d’un coup, la magie Morse opère : alors que ce morceau nous avait semblé si sage et peu emballant sur album, le discours du père Morse est tellement empreint d’émotion, loin des discours convenus, qu’il lui donne une autre dimension, plus authentique et personnelle… oserais-je dire sentimentale ?

On touche là au cœur même de ce groupe, à ce qui fait tout son charme : son authenticité. Autant regrettons-nous l’attitude live très formatée et distante de bon nombre de groupes, autant Transatlantic nous rassure sur ce qu’est la musique (et doit le rester) : un plaisir et un partage. Deux termes qu’incarnent les cinq musiciens ce soir, tant ils ont l’air de prendre leur pied. L’intenable Portnoy communique énormément avec ses complices (surtout Morse), n’hésitant pas à amuser la galerie, notamment lorsqu’il annonce le petit duel de guitare entre Morse et Stolt, après un medley génial de cinq morceaux de The Whirlwind. La convivialité est également de mise lors des quelques pains surgissant lors de certaines improvisations, qui passent dans la joie et la bonne humeur. Un rappel utile qu’il s’agit ici d’une célébration de la musique, d’un bon moment passé ensemble, et non d’une démonstration de virtuoses – et pourtant dieu sait que nos amis répondent à ce qualificatif ! Il est aussi amusant de constater la différence de style entre les musiciens. Les baskets aux couleurs de l’Union Jack et la tenue excentrique de Roine Stolt tranchent fortement avec sa carrure de calamar et son attitude discrète et stylée sur scène. Tout le contraire d’un Trewavas énergique, et encore davantage de l’inénarrable Portnoy, qui ne cesse de faire le pitre (jusqu’à la fin du show, où il fera semblant de passer un coup de fil avec le portable confisqué à un fan !). En le voyant s’amuser comme un fou, on en est définitivement convaincus : c’est non seulement son talent incroyable, mais surtout son énergie, sa spontanéité et sa personnalité qui manquent aujourd’hui à ses ex-compères de Dream Theater, comme l’a prouvé leur dernier concert auquel nous avons assisté. Quant à Morse, il confirme qu’il est un grand bonhomme, aussi brillant derrière le micro qu’à la guitare ou aux claviers. On le sent animé par une envie de partage et par une joie d’être là proprement irrésistibles. Comme le souligne Corvus à mes côtés : « encore un peu et on se convertirait comme lui ! ». Et comme pour confirmer ses dires, le groupe se lance dans la splendide ballade « We All Need Some Light », grand moment d’émotion portée par Morse et Stolt qui nous absorbe complètement. Après un nouveau détour par le dernier album (le léger « Black as the Sky »), les musiciens se retirent avec le sourire aux lèvres. Comme nous.

Les rappels ne sont pas piqués des vers : on commence par un mélange entre des sections de « All of the Above », incroyable morceau introductif de SMPTe, et le tout aussi bon « Stranger in Your Soul », seul extrait de Bridge Across Forever que, pour le coup, on aurait bien pris dans son entièreté. Mais ne soyons pas fâchés : les musiciens se partagent le micro, les mélodies sont légères et entraînantes et, bien sûr, un déluge de notes arrose la salle. Cerise sur le gâteau : depuis le début, le son est phé-no-mé-nal. Jamais n’ai-je aussi bien entendu la basse, et j’ai pris un pied énorme en savourant l’apport de Trewavas sur toute la durée d’un concert. Le Britannique a beau être minuscule et avoir la tronche et la coiffure d’Alain Souchon, très rares sont les bassistes qui jouent aussi juste que lui. Chaque note jouée est pertinente, aucune esbroufe n’est à signaler, et le bassiste fait preuve d’une maîtrise mélodique aussi agréable que redoutable.

Les hostilités s’achèvent sur une autre pièce maîtresse, « Kaleidoscope » et sa demi-heure de musique (peut-on encore parler de « rappels », dans ces circonstances ?). Totalement imprégné par la musique, le public ne ressent aucunement la durée des morceaux, et c’est presque avec surprise qu’on se rend compte que le concert touche à sa fin. L’acariâtre et éternel insatisfait Downey en profite pour reprocher au groupe de ne s’être produit qu’un peu plus de deux heures, alors qu’il a joué une heure de plus sur d’autres dates de la tournée. Lorsqu’on voit les yeux mi-clos du même Downey dès le milieu de set, l’on comprend à quel point sa critique est gratuite… Rien ce soir n’est à jeter. D’accord, le groupe a joué moins longtemps que la dernière fois où je les ai vus. D’accord, il n’y a pas eu de moments de folie comme l’échange d’instruments. Et pourtant nous sortons du Trix avec en nous cette chaleur et ce bonheur que Neal Morse et les siens se sont attachés à nous transmettre avec tant de générosité tout au long du show. Preuve bien plus puissante que des mots que cette soirée fut magique et que le groupe a livré une prestation tonifiante !

Setlist :

1. Into the Blue
2. My New World
3. Shine
4. Medley Whirlwind :
  - Overture
  - Rose Colored Glasses
  - Evermore
  - Is It Really Happening?
  - Dancing With Eternal Glory
5. We All Need Some Light
6. Black as the Sky

Rappels :
7. All of the Above
8. Stranger in Your Soul
9. Kaleidoscope


Chroniqué par : MASTEMA
 
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