Vreid / Keep of Kalessin

Kultur Fabrik (Esch-sur-Alzette, LU)

Le mercredi 11 novembre dernier, la tournée anniversaire pour les 10 ans du label norvégien Indie Recordings faisait escale à la Kultur Fabrik de Esch-sur-Alzette (LU). Très chouette salle pour un ticket estampillé 100% métal norvégien et 100% Indie Recordings avec à l’affiche : Vredehammer, Vreid et Keep Of Kalessin. Pouvoir apprécier un concert de black metal pointu et exigeant n’est pas quelque chose de courant dans la Grande Région, il ne fallait donc pas rater l’occasion. Du moins c’est ce que je croyais…

J’ai vite compris que je devais être le seul (ou à peu près) à me réjouir pour ce concert. A trois reprises, j’ai compté le nombre de spectateur. Déjà, quand on arrive à compter facilement les gens dans une salle, c’est mauvais signe. Le maximum que j’en ai dénombré était 52 ! Désappointement. Le public luxembourgeois n’est déjà pas le plus fun du monde mais avec une si faible affluence, on entendait les mouches voler. C’est surtout décevant pour les musiciens et l’excellent label Indie Recordings qui a sans doute beaucoup investi dans cette tournée anniversaire avec trois de ses groupes phares (ceux qui ont un album récent à défendre sur scène). Heureusement, cette date semblait être une exception puisque le chanteur de Vredehammer me confiait que le concert de la veille à Paris était sold-out.

Vredehammer est donc le groupe qui a eu la lourde tâche de lancer les hostilités en essayant de chauffer les 2 pelés et 3 chevelus présents dans la salle. Il aura fallu une gentille injonction du chanteur pour que le public s’avance de quelques pas, histoire qu’ils n’aient pas l’impression de jouer devant un trou… Leur musique a fait le reste du travail. Les quelques irréductibles métalleux du soir se sont vite pris au heavy thrash black metal proposé par Vredehammer. A situer quelque part entre Immortal et Bathory, le trio fut assez convaincant. On reparlera d’eux lors de la sortie de leur prochain album prévue en février 2016.

Vreid était clairement le groupe que j’étais venu voir ce soir-là. Et je n’étais visiblement pas le seul à attendre la prestation des 4 gars originaires de Sogndal (en réalité Sture m’a dit que seul Hváll et Strom vivent encore dans ce bled du Sognfjörd en Norvège). Ils ont commencé leur set par « Når Byane Brenn » qui semble tout à fait approprié pour cela avec son intro plutôt symphonique. Ils ont directement enchainé deux autres morceaux (« Sólverv » et « Haust ») issus de Sólverv, leur dernier album en tous points recommandable. Lorsqu’ils ont joué « Wrath of Mine », issu de leur premier album Kraft, je me suis retrouvé 15 ans en arrière à Sogndal (j’y étais précisément il y a 15 ans quasi jour pour jour). Non pas que j’écoutais ce morceau précisément (il est sorti en 2004) mais leur musique a eu le pouvoir de me projeter littéralement dans les paysages des fjords. Assez magique donc. Les quelques passages plus calmes que le groupe a proposé ce soir-là m’ont fait penser à Enslaved car ils ont le même pouvoir subjuguant. J’ai aussi eu une pensée sincère à la mémoire de Valfar, le chanteur de Windir décédé en 2004 (pour rappel tous les membres de Vreid ont joué dans Windir). Sture n’a pas beaucoup communiqué avec le public mais un réel sentiment d’empathie se dégage de ces quatre gars. Enchainer les titres de leurs 7 albums semblait être la meilleure solution pour ne pas se perdre en blabla inutile avec un public calme mais conquis. En fait, j’aurais été tout seul dans la salle, c’eut été pareil. Totalement absorbé par leurs chansons.

Après un groupe de ce calibre, Keep Of Kalessin ne pouvait pas faire mieux. J’étais très curieux de voir ce que la bande à Obsidian Claw avait à proposer. Je voulais en particulier voir ce que donne en live leur dernier album Epistemology< /i>. Celui-ci ne fait pas l’unanimité au sein de notre rédaction : Mastema l’a descendu en flèche et moi, je l’aime bien. Et le trio norvégien semble aussi croire en son potentiel. Pour le défendre, ils entament leur show avec 4 titres issus de ce dernier opus. La première impression que j’ai eu – et ce fut assez frappant – c’est d’avoir affaire à du playback ! Comme quoi, ils étaient dans le bon en postulant pour le débile concours Eurovision... Le chant doublé, grave/mi-clair pour Obsidian C. et clair pour le bassiste Wizziac, m’ont parus être faux, artificiels pour être plus précis. Pendant les leads, Obsidian C. a assuré sans artifices mais sans éclat non plus. C’est lorsqu’il a fallu reproduire les chœurs harmonisés de l’album Epistemology que tout cela a senti le chiqué, le pire étant atteint lorsqu’ils ont joué « Dark Divinity ». Les chœurs de Wizziac m’ont vraiment paru bidouillés, comme s’il chantait par-dessus une bande. Si je reprends les mots sentencieux de la chronique c’est que même si j’aime cet album, je suis d’accord avec la description que Mastema en a fait. La seule différence, c’est que moi, je suis tombé dans le panneau de ces mélodies téléphonées dopées à la technologie sonore. Si je trouve que ça fonctionne sur disque, sur scène, ça ne pardonne pas. Ces 4 premiers morceaux manquaient cruellement de cette vibration naturelle, humaine, propre à un concert. La batterie était trop massive et trop rapide. Vyl n’a quasi pas relâché la pression sur sa double pédale rendant ce même effet dominant et mécanique que sur l’album. Cet espèce de déphasage qui marche sur disque manque son objectif sur scène. Keep Of Kalessin nous a fait du grandiloquent au rabais. Je maintiens que les mélodies d’Epistemology se sont bien imprimées dans mon cortex musical. Quand bien même je trouve ça brillant, la restitution en live ne fut pas très convaincante car trop millimétrée, trop identique pour être naturelle.

Heureusement, Keep Of Kalessin s’est rattrapé, d’abord par son attitude scénique ensuite par la seconde partie de son show. Obsidian C. s’est montré loquace et cocasse, s’amusant du peu d’effervescence dans la fosse et du silence du public. Forcément, à 50, on ne va pas gueuler comme à 500 ! En tout cas, il a réussi à casser l’image de type fier et imbu de sa personne que j’en avais et que sa musique peut suggérer. Ouf ! Tout a mieux fonctionné quand ils ont joué des vieux titres dont « Judgement » (issu de Reptilian). Bien efficace, direct et pêchu, ils ont présenté ce morceau comme leur hommage au thrash metal de Exodus, Coroner, Exciter, etc. Terminant avec un morceau issu de Kolossus, ils ont reçu l’approbation de la foule (!). Conclusion : on ne peut pas dire que Keep Of Kalessin a livré un grand moment mais ce fut pour le moins intéressant.

Dans le coin de Luxembourg et du sud de la Belgique, on a la chance d’avoir souvent de bons concerts de metal programmés soit par l’Atelier ou la Rockhal. Mais il s’agit souvent de grosses pointures (style Slipknot, Korn, Slayer ou Five Finger Death Punch). Pour une fois que l’on bénéfice du passage de groupes moins commerciaux mais tout aussi bons, voire meilleurs que les plus gros, j’estime que les fans de metal (au sens large) auraient pu faire le déplacement plus massivement. Espérons que ce ne soit qu’un effet armistice 11 novembre ou que je-sais-quoi d’autre mais pas la réalité de ce qu’est la scène metal underground ou l’état déplorable auquel sont voués des labels de qualité comme Indie Recordings. En ce qui me concerne, je suis ravi d’avoir vu Vreid et suis ressorti littéralement conquis par ce groupe. Ce n’était donc pas une soirée perdue !



Chroniqué par : VANARKH
 
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